« Je n’ai jamais rien lâché » : Jalibert raconte le long chemin qui l’a ramené au sommet avec les Bleus
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Matthieu Jalibert n’a pas eu une trajectoire linéaire avec le XV de France : son retour au premier plan raconte surtout huit années de blessures, de concurrence et de rendez-vous qu’il a fini par saisir.
Le parcours international de Matthieu Jalibert tient presque du feuilleton. Une première cape très jeune, une blessure immédiate, puis une longue bataille sportive avec Romain Ntamack, Fabien Galthié et parfois Thomas Ramos dans le décor.
Le titre du héros installé chez les Bleus, Jalibert ne l’a jamais vraiment porté sans interruption. C’est justement ce qui rend son histoire plus intéressante : il a souvent dû convaincre dans l’urgence, sur des fenêtres courtes, avec peu de droit à l’erreur.
Sa phrase résume bien ce fil rouge : « J’ai parfois eu des échecs, j’ai parfois été triste, mais je n’ai jamais rien lâché. » Dans le rugby international, ce genre de déclaration pèse plus lourd quand elle arrive après plusieurs détours.
Une première cape qui lance tout… et casse déjà l’élan
Matthieu Jalibert découvre le XV de France le 3 février 2018 contre l’Irlande. Il a 19 ans, quinze matchs seulement en équipe première, et Jacques Brunel tente un vrai pari en l’installant chez les Bleus.
Le pari tourne court. Après un choc genou contre genou avec Bundee Aki, Jalibert quitte le terrain, touché au genou gauche. Cette première sélection, qui devait poser les bases de son avenir international, l’éloigne au contraire pendant de longs mois.
Le cas est parlant pour n’importe quel jeune joueur : quand une opportunité arrive trop vite, elle peut accélérer une carrière, mais aussi la fragiliser. Jalibert n’a pas seulement dû revenir physiquement. Il a aussi dû revenir dans une hiérarchie qui, pendant son absence, bougeait déjà.
Car entre-temps, Romain Ntamack s’impose. Le Toulousain devient le visage le plus stable du poste d’ouvreur dans le projet de Fabien Galthié. Jalibert, lui, garde son image de talent pur, mais aussi de joueur appelé à briller dans les espaces laissés par les blessures ou les absences de son concurrent.
Ntamack, Ramos, Galthié : une place jamais vraiment garantie
La suite de son histoire en bleu se construit autour de cette tension. Jalibert joue, parfois beaucoup, mais rarement dans le confort d’un numéro 10 installé pour durer. En 2020, à Murrayfield, il entre très tôt après la commotion de Ntamack, mais sa prestation lui tient des critiques.
Il répond aussi par des matchs plus aboutis, notamment lors de la Coupe d’automne des Nations 2020 contre l’Angleterre, puis pendant le Tournoi 2021. Mais chaque fois qu’une porte semble s’ouvrir, un choc, une commotion, une blessure ou un choix de staff relance la concurrence.
Fabien Galthié et son staff ont même testé l’association Ntamack-Jalibert, avec plusieurs meneurs de jeu sur le terrain. L’idée avait du sens : alléger la pression du numéro 10, multiplier les solutions, donner plus de liberté à l’animation offensive. Mais cette formule n’a pas réellement été installée Jalibert au centre du projet.
Le Mondial 2023 aurait pu tout changer. Ntamack se bénit en préparation, Jalibert prend les commandes. Sa campagne est jugée solide, mais sans ce grand moment qui aurait figé une hiérarchie nouvelle. Dans une carrière internationale, c’est parfois cruel : bien jouer ne suffit pas toujours à renverser une perception.
Le coup le plus dur arrive ensuite quand Thomas Ramos est déplacé à l’ouverture, notamment dans des périodes où Jalibert aurait pu espérer reprendre la main. À l’automne 2024, le Bordelais quitte même le rassemblement après une discussion avec Galthié, en évoquant un mal-être et le besoin de faire un break. Ce passage donne une autre profondeur à son récit : il ne s’agit plus seulement de rugby, mais aussi d’usure mentale dans le très haut niveau.
2026, le Tournoi qui change enfin la lecture de son parcours
Le basculement arrive avec le Tournoi des 6 Nations 2026. Romain Ntamack est de nouveau freiné, cette fois par une blessure à un rein, et Jalibert obtient enfin une vraie continuité. Quatre titularisations, une victoire finale, et surtout le sentiment d’avoir montré une version plus complète de lui-même.
Sa progression ne se limite pas au jeu offensif. Le texte évoque un travail spécifique sur les plaquages avec Aurélien Cologni, ainsi qu’une réflexion autour de son positionnement défensif, parfois en second centre ou plus en couverture, pour mieux utiliser sa vitesse et limiter les duels frontaux.
C’est un détail technique, mais il compte. Pour un ouvreur souvent ciblé sur sa défense, modifier son placement peut changer la manière dont un staff le juge. Jalibert n’avait pas seulement besoin d’un match référence. Il avait besoin de rassurer sur les zones qui nourrissaient les doutes.
Sa citation prend alors tout son relief : « Je voulais qu’on voie le vrai Matthieu sur le terrain et m’épanouir pleinement au sein du collectif. » Elle dit beaucoup de son problème avec les Bleus : ne pas seulement porter le maillot, mais réussir à jouer son rugby sans se sentir prisonnier de la comparaison permanente.
La suite ouvre une autre question. L’été suivant, Galthié teste une nouvelle cohabitation : Ntamack en 10, Jalibert à l’arrière. Ce n’est pas un détail neutre à l’approche du Mondial 2027. Si cette formule fonctionne, Jalibert peut sortir du duel direct et devenir une arme différente, un second meneur capable d’attaquer depuis le fond du terrain.
Son odyssée bleue n’est donc pas forcément terminée. Mais elle a déjà changé de ton. Jalibert n’est plus seulement le numéro 10 contrarié, talentueux mais rattrapé par les blessures ou les choix du staff. Il est redevenu une option forte, avec une histoire qui rend son retour plus lisible : celle d’un joueur qui a souvent été repoussé, mais jamais effacé.