Rugby

Dans ce temple du rugby français, 89 supporters ont mis leur argent pour sauver leur club, et ce geste dépasse largement les 15 000 euros

Par Maxime Aulne
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Au SU Agen, 89 supporters ont transformé un geste de tribune en acte financier concret, avec une portée qui dépasse largement les 15 000 euros réunis.

Dans le rugby français, certains clubs vivent autant par leur histoire que par ceux qui les suivent. Agen fait partie de ces maisons où le maillot, le stade et la mémoire locale pèsent lourdement. L’entrée de l’association Aginnum au capital du SUA s’inscrit dans cette logique : ce n’est pas seulement une ligne comptable, c’est un signal envoyé depuis les tribunes.

Créée en 2021 pour rassembler les amoureux du club lot-et-garonnais, Aginnum a réuni 15 000 euros en trois semaines auprès de 89 donateurs. Cette somme lui permet de devenir potentiellement le neuvième actionnaire du SU Agen, dans le cadre de l’augmentation de capital lancé cet été par le président Jean-François Fonteneau.

Le chiffre peut sembler modeste face aux besoins d’un club professionnel. Mais c’est justement là que l’histoire prend de l’épaisseur : l’enjeu n’est pas seulement le montant, c’est la nature du geste.

89 supporters, 15 000 euros et un message très clair au SU Agen

Aginnum a collecté 15 000 euros auprès de 89 donateurs, avec des participations allant de 2 à 2 500 euros, comme l’a rapporté Midi Olympique. Cette amplitude raconte beaucoup de choses. Tout le monde n’a pas donné la même somme, mais chacun a participé au même mouvement.

Michaël Parker, président de l’association, a résumé l’esprit de l’initiative avec une phrase directe : « Nous souhaitions franchir un cap. C’était important de vraiment montrer au SUA qu’on voulait agir par des actes -et pas seulement des paroles- en apportant notre contribution financière. »

Pour un supporter, le passage est fort. Encourager son équipe, acheter une place, suivre les déplacements ou participer à l’ambiance du stade, c’est déjà s’engager. Mettre de l’argent dans le capital du club ajoute une autre dimension : celle d’une responsabilité collective, même symbolique.

Cas concret : un supporter qui donne 10 ou 20 euros ne change pas, seul, l’équilibre financier du SU Agen. Mais ajouté à 88 autres gestes, son apport devient une partie visible d’un projet commun. Il ne se contente plus de dire que le club compte pour lui ; il a inscrit cette phrase dans les comptes du club.

Pourquoi ce geste pèse plus lourd que son montant

L’opération prend encore plus de relief avec le contexte de l’augmentation de capital. Jean-François Fonteneau avait sollicité plusieurs dizaines de personnes dans le cadre d’une opération réalisée à 1,6 million d’euros. D’après les éléments disponibles, Aginnum a été la seule à répondre présente, pendant que le président agenais lui apportait lui-même 1 585 millions d’euros.

La formule prête au président du SUA donne la mesure du moment : « Les seuls qui ont répondu présent, les seuls, ce sont ceux qui sont ici. » Dans un club comme Agen, cette phrase touche forcément une corde sensible. Elle oppose moins les supporters aux autres acteurs qu’elle ne met en lumière leur fidélité concrète.

Jean-François Fonteneau a également insisté sur la diversité sociale des donateurs : « Je suis fier que les supporters, des gens qui pour certains gagnent le Smic, sont au RSA ou au chômage, ensemble pu donner 10 ou 20 euros. » La phrase est importante, car elle remplace le geste à sa vraie échelle. Pour certains, 10 ou 20 euros ne sont pas un symbole facile. C’est un effort.

C’est pour cela que le geste dépasse les 15 000 euros. Il parle d’attachement, de confiance, de survie affective et de place laissée aux supporters dans un rugby professionnel souvent dominé par les budgets, les partenaires et les décisions lieux d’en haut.

Aginnum veut installer un modèle de supporters-actionnaires

Pour Aginnum, l’entrée au capital du SU Agen ne doit pas rester un coup isolé. Michaël Parker a déjà ouvert la suite : « À chaque fois qu’une augmentation sera faite, on a envie de pouvoir contribuer. » L’objectif affiché est de développer peu à peu un modèle de socios, avec un lien plus structuré entre le club et ceux qui le suivent.

L’association part avec une base déjà solide. Elle comptait 150 adhérents la saison dernière et en affichait déjà 138 avant même le début du nouvel exercice. Jean-François Fonteneau imagine un cap bien plus élevé, avec la possibilité de voir un jour 1 000, 2 000 ou 3 000 adhérents réunis autour d’Aginnum.

Le projet ne se limite pas à la finance. Aginnum veut continuer les déplacements, les actions RSE, les animations en tribunes, la décoration du stade et les tifos. Autrement dit, garder ce qui fait l’identité d’un groupe de supporters, tout en ajoutant une brique plus institutionnelle.

Pour le SU Agen, cette entrée au capital ouvre donc une histoire à suivre de près. Pas parce que 15 000 euros suffisent pour régler tous les défis d’un club professionnel, mais parce que 89 supporters ont montré qu’un attachement populaire pouvait devenir une force organisée. Dans un temple du rugby français, ce genre de geste compte parfois autant que le montant inscrit sur le chèque.





Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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