Cyclisme

Alaphilippe s’efface au pire moment pour Paul Seixas, le nouveau chouchou du cyclisme français

Par Gilles Marchetti
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Julian Alaphilippe s’apprête à quitter la scène, et ce retrait annoncé tombe au moment où Paul Seixas devient le visage que tout le cyclisme français commence à regarder.

Le cyclisme français aime rarement les transitions douces. Il s’attache à une figure, la porte pendant des années, puis cherche presque aussitôt le coureur capable de reprendre le récit. Avec Julian Alaphilippe, ce récit avait une force simple : panache, attaques, maillot arc-en-ciel, émotions brutes.

La suite pourrait désormais se jouer autour de Paul Seixas. Le jeune coureur de Decathlon-CMA CGM, présenté comme l’un des plus grands espoirs français, concentre déjà une attente très lourde. Et l’effacement annoncé d’Alaphilippe rend cette bascule encore plus visible.

Alaphilippe laisse un vide que Seixas ne pourra pas éviter

Julian Alaphilippe aurait décidé de mettre fin à sa carrière à 34 ans. Double champion du monde en 2020 et 2021, le puncheur ne disputerait pas sa dernière année de contrat chez Tudor. Son Tour de France 2026 serait donc son dernier.

L’indice avait déjà été lâché après la Grande Boucle. Alaphilippe avait alors glissé qu’il ne fallait pas nécessairement s’attendre à le revoir, tout en rappelant qu’il n’y avait rien d’officiel à ce moment-là. Cette fois, l’idée d’un arrêt donne une autre couleur à ses mots.

Le problème, pour Paul Seixas, n’est pas seulement sportif. C’est symbolique. Quand une figure comme Alaphilippe quitte le devant de la scène, le public cherche vite un nouveau point d’accroche. Un coureur à suivre, à défendre, à attendre. Seixas coche déjà beaucoup de cas.

À 19 ans, le coureur de Decathlon-CMA CGM est présenté comme quatrième du dernier Tour de France. Ce résultat, s’il est bien confirmé, change tout dans la perception du grand public. On ne parle plus seulement d’un talent à protéger, mais d’un coureur déjà projeté dans une attente nationale.

Le rôle de grand frère en dit longtemps sur la pression autour de Seixas

Alaphilippe n’a pas parlé de Paul Seixas comme d’un simple espoir parmi d’autres. Dans un entretien accordé à LyonPeople au printemps, il a employé une formule très forte : « Avec mon regard de grand frère, j’ai envie de le protéger. »

Cette phrase dit beaucoup. Elle montre d’abord que Seixas n’est déjà plus seulement évalué sur ses jambes. Il est également observé comme un phénomène médiatique. Alaphilippe évoque même la « tempête médiatique » autour du jeune Français, avec l’envie de ne pas s’y immiscer tout en gardant un œil attentif.

Son discours est équilibré. D’un côté, il appelle à la prudence. De l’autre, il insiste sur le talent, la maturité et le potentiel physique de Seixas. Alaphilippe estime qu’il est prêt, qu’il peut prendre ce que le Tour lui offrira, et que personne ne lui en voudra si tout ne se passe pas parfaitement.

C’est là que la situation devient intéressante. Alaphilippe ne transmet pas obligatoirement un statut. Il ne désigne pas un héritier. Mais ses mots installent Seixas dans une place à part, celle du coureur qu’il faut accompagner avant de l’exposer trop fort.

Le nouveau chouchou français devra apprendre à gagner du temps

Alaphilippe a aussi résumé l’emballement possible autour de Seixas avec une phrase nette : « Je pense que la France n’a pas vu ça depuis longtemps. » Là encore, la formule pèse lourd. Elle transforme un début de carrière prometteur en sujet national.

Pour un supporter français, le scénario est facile à comprendre. Celui qui regardait Alaphilippe attaquer dans les classiques ou faire vibrer le Tour peut désormais se tourner vers Seixas avec la même envie de croire. Pas nécessairement pour réclamer des victoires tout de suite. Plutôt pour retrouver une émotion, une trajectoire, un coureur à suivre étape après étape.

Le risque est évident : aller trop vite. Alaphilippe insiste justement sur le plaisir, la liberté et l’entourage. Son conseil à Seixas est simple : profiter, faire ce qu’il sait faire, ne pas se laisser écraser par le bruit extérieur.

Ce retrait annoncé ne place donc pas seulement Alaphilippe derrière Seixas. Il déplace la lumière. Le cyclisme français perdrait une icône récente, mais il gagne déjà un récit neuf, plus fragile, plus jeune, presque plus dangereux à manière.

Paul Seixas n’a pas à devenir Julian Alaphilippe. C’est même tout l’enjeu. S’il veut durer, il devra accepter l’attente sans se laisser définir par elle. Et le public français devra apprendre à l’encourager sans lui demander trop tôt de porter tout un héritage.

Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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