Le maillot rouge devait placer Pogacar au centre de la Vuelta, une interview l’a surtout placé au centre d’un scandale
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Tadej Pogacar devait surtout incarner le maillot rouge sur la Vuelta, mais une séquence d’interview a déplacé le récit vers une polémique dont il se serait sans doute bien passé.
Sur le papier, tout ramenait au sport. Une victoire dans le prologue, un maillot de leader, puis une nouvelle attaque dès la deuxième étape. Pogacar avait tous les ingrédients pour rester au centre de la course par les jambes.
Mais l’après-course a pris une autre direction. Le Slovène s’est retrouvé face à Erola Jones, influenceuse recrutée par les organisateurs de la Vuelta pour toucher un public plus large sur YouTube et Twitch. Ses questions et remarques ont déclenché un malaise, puis des critiques très nettes dans le monde du cyclisme.
Un maillot rouge qui devait raconter la domination de Pogacar
La Vuelta offrait à Tadej Pogacar un nouveau terrain d’expression, un mois après son triomphe sur le Tour de France. Vainqueur du prologue, le coureur de l’UAE Emirates portait le maillot rouge et se retrouvait déjà dans une position familière : celle de l’homme que tout le peloton regarde.
La deuxième étape n’a pas brisé cette impression. Pogacar est encore passé à l’attaque, même s’il a finalement dû se contenter de la troisième place, battu au sprint par Matthew Brennan et Pau Miquel Delgado. Sportivement, le message restait clair : il n’était pas là pour gérer au minimum.
Après l’arrivée, son discours allait pourtant dans un sens plus mesuré. « Il y aura une autre chance, lundi », a-t-il déclaré à propos de la troisième étape, promise à une arrivée à Font-Romeu après l’ascension du Col de Mont-Louis, classé en première catégorie.
Il a aussi laissé entendre que conserver le maillot rouge à tout prix n’était pas forcément une obsession. « Je crois qu’on va devoir décider en milieu d’étape, chaque jour, ce qu’on doit faire, s’il faut courir pour garder le maillot ou non. Je ne pense pas qu’un seul coureur ait pensé par le passé à essayer de garder le maillot de leader tout du long », a-t-il expliqué.
Cette phrase aurait pu lancer un débat classique de grand tour : faut-il défendre le maillot dès la première semaine ou économiser l’équipe ? Avec Pogacar, ce genre de détail compte. Sa simple présence change souvent la manière dont les autres courent, entre contrôle, prudence et opportunités à saisir.
La séquence avec Erola Jones a changé le centre de gravité
Le sujet a pourtant basculé vers l’interview. Erola Jones, présentée comme une influenceuse très suivie sur Instagram, avait été intégrée au dispositif de la Vuelta pour débriefer les étapes sur les plateformes vidéo. L’idée semblait claire : élargir l’audience, parler à un public moins cycliste, rendre la course plus visible hors du cercle habituel.
Le problème, c’est le contenu des échanges. Après la première étape, elle lance à Pogacar : « Pourquoi tu hyperventiles quand tu me vois ? » Le coureur répond d’abord par un « Quoi ? », avant de lâcher : « Je respire 24h sur 24 7j sur 7 ».
D’autres remarques rapportées ont accentué la gêne. « Je vais lui demander s’il est aussi rapide en privé », aurait-elle lancé. Puis encore : « Je ne sais pas où il en est au classement général, mais dans le mien, il est premier (…) Bravo Pogachitar, emmène-moi faire un tour aussi ! »
Le malaise vient du contraste. D’un côté, un leader de grand tour qui sort d’un effort violent, dans un cadre sportif codifié. De l’autre, une séquence qui joue sur la personnalisation, l’ambiguïté et la provocation. Ce décalage peut créer du contenu viral, mais il fragilise aussi la crédibilité du dispositif.
Exemple concret : un spectateur qui cherche à comprendre pourquoi Pogacar a attaqué dans la deuxième étape peut tomber d’abord sur la séquence d’interview, les réactions et la polémique. Le récit sportif passe alors au second plan. Le maillot rouge ne sert plus seulement à identifier le leader, il devient le point d’entrée d’un débat médiatique.
Une polémique qui dépasse le seul cas Pogacar
La critique la plus forte touche au choix des organisateurs. Laura Meseguer, journaliste pour Eurosport, a dénoncé une décision contraire aux efforts menés depuis des années par de nombreuses femmes dans le cyclisme. Son reproche est précis : dans un sport historiquement dominé par les hommes, certaines professionnelles luttent pour être traitées avec respect et obtenir les mêmes opportunités.
Dans ce contexte, recruter une personnalité dont le contenu repose sur ce type de remarques est vu comme un mauvais signal. Laura Meseguer parle même d’« une grave erreur » et pointe des commentaires sexistes dont les femmes du milieu tentent justement de se libérer.
Le dossier dépasse donc la réaction de Pogacar. Il pose une vraie question pour les courses cyclistes : comment rajeunir l’audience sans transformer l’interview sportive en séquence de malaise ? Les organisateurs ont le droit de chercher de nouveaux formats. Mais ces formats doivent respecter les coureurs, le public et les professionnelles qui travaillent déjà dans ce sport.
Pour Pogacar, l’effet est paradoxal. Son maillot rouge devait renforcer son statut au cœur de la Vuelta. La polémique l’a bien placé au centre de l’attention, mais pas pour les raisons attendues. Et c’est précisément ce glissement qui rend l’affaire si sensible : le sport a fourni le décor, l’interview a pris toute la lumière.