Cyclisme

« Julian c’était un diamant » : cet ex-coureur cycliste raconte le gamin sans moyens devenu Alaphilippe lors de ses débuts en cyclo-cross

Par Maxime Aulne
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Avant les maillots arc-en-ciel, les classiques et les grandes scènes du cyclisme mondial, Julian Alaphilippe a aussi été ce gamin de cyclo-cross que Steve Chainel décrit comme sans moyens, mais déjà impossible à ignorer.

Le récit frappe parce qu’il remet le champion à hauteur d’homme. Pas le Julian Alaphilippe star, double champion du monde sur route, habitué aux caméras et aux attentes immenses. Mais un jeune coureur encore brut, aperçu dans la boue du cyclo-cross, avec plus d’envie que de matériel.

Steve Chainel, ancien spécialiste de la discipline, raconte avoir croisé ce profil très tôt. Dans son souvenir, le futur Alaphilippe n’avait pas encore l’allure d’un coureur installé. Il avait surtout ce mélange rare : peu de moyens, beaucoup d’instinct, et quelque chose qui sautait déjà aux yeux.

Un gamin mal équipé, mais déjà remarqué dans le peloton

Le point de départ du récit se situe en 2009, lors d’une épreuve de Coupe du monde juniors de cyclo-cross. Julian Alaphilippe y débarque avec un équipement limité. Steve Chainel décrit un jeune coureur qui n’avait « pas beaucoup de matos », pas vraiment bien équipé, avec même des couvre-chaussures troués.

Ce détail dit beaucoup. Dans le cyclo-cross, le matériel compte vite : le vélo, les roues, les vêtements, les chaussures, tout peut peser dans le confort et la performance. Voir un junior s’imposer ou se faire remarquer avec si peu, c’est souvent le signe que quelque chose dépasse la simple préparation.

Chainel explique aussi qu’Alaphilippe travaillait comme apprenti dans un magasin de cycles. Quand les prix des vélos étaient évoqués, le jeune coureur aurait lâché qu’il ne pouvait pas se payer ce genre de matériel. Le contraste est fort : il vivait au milieu des vélos, mais sans avoir accès facilement à ceux qui pouvaient changer une course.

Cas concret : imaginez un jeune cycliste qui arrive sur une manche importante avec des vêtements fatigués, face à des adversaires mieux équipés, mieux entourés, parfois déjà mieux structurés. S’il tient le rythme, attaque, gagne ou marque les esprits, les anciens ne regardent plus seulement son vélo. Ils regardent ses jambes, son tempérament, sa façon de courir.

Steve Chainel et John Gadret l’aident, puis voient le potentiel

Steve Chainel raconte qu’avec John Gadret, ils ont rapidement eu envie de donner un coup de main à Julian Alaphilippe. L’idée était simple : lui ramener des vêtements, l’aider à combler un peu ce décalage matériel. Pas une opération de communication. Plutôt un réflexe de coureurs qui reconnaissent un jeune qui galère.

Ce passage donne une autre couleur à l’histoire. Alaphilippe n’est pas seulement présenté comme un talent précoce. Il apparaît aussi comme quelqu’un qui a marqué ceux qui l’ont vu arriver. Chainel parle d’un coureur attachant, devenu ensuite son « pote », presque son « petit frère ».

La phrase la plus forte arrive là : « Julian c’était un diamant ». Elle fonctionne parce qu’elle ne parle pas seulement de performance. Un diamant, dans ce contexte, c’est une matière brute. Quelque chose qu’on repère avant qu’elle soit polie, avant les titres, avant la notoriété, avant le statut.

Le corpus disponible autour de ce récit va dans le même sens : Alaphilippe y est décrit comme un jeune homme découvert en cyclo-cross en 2009, déjà jovial, talentueux, mais sans grands moyens. Cette image colle bien à ce que sa carrière a ensuite montré : un coureur d’instinct, expressif, capable de courir avec panache, parfois même quand le scénario ne semblait pas écrit pour lui.

Ce souvenir raconte aussi une ascension sociale par le vélo

Le passage le plus dur du témoignage concerne la dimension sociale. Steve Chainel estime que le vélo a été pour Julian Alaphilippe une forme d’échappatoire, une manière d’éviter une trajectoire beaucoup plus compliquée. La formule est forte et doit rester prise pour ce qu’elle est : le regard personnel d’un ancien coureur proche de lui.

Mais elle éclaire une partie du personnage. Alaphilippe a souvent été associé à l’instinct, à l’émotion, à cette manière de courir sans donner l’impression de calculer chaque geste. Ce récit de jeunesse donne une explication possible à cette intensité : quand le vélo devient une sortie, pas seulement un sport, on ne court pas tout à fait de la même façon.

Ce n’est pas l’histoire d’un champion programmé dès l’enfance avec tous les moyens autour de lui. C’est plutôt celle d’un coureur qui a dû convaincre avant d’être équipé, exister avant d’être protégé, gagner sa place avant d’être reconnu. Et c’est sûrement pour cela que le souvenir de Chainel résonne autant.

À travers ce portrait, on comprend mieux pourquoi Julian Alaphilippe a touché autant de suiveurs du cyclisme. Ses grandes victoires ont construit son palmarès. Mais ce genre de récit construit autre chose : l’image d’un coureur parti de loin, repéré dans la boue du cyclo-cross, et devenu l’un des visages les plus marquants du cyclisme français moderne.

Auteur

Maxime Aulne

Journaliste sportif, fondateur de MVZ Sports et directeur de la publication. Je couvre le cyclisme, le rugby et l'économie du sport, et je réponds de ce qui est publié sur le site.

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