Cyclisme

Le rêve des trois grands Tours pousse Pogacar vers la Vuelta, mais son corps pourrait devenir le vrai arbitre

Par Gilles Marchetti
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Tadej Pogacar arrive sur la Vuelta avec un rêve immense, mais sa vraie course pourrait commencer par une question plus simple : jusqu’où son corps peut-il encore suivre après le Tour de France ?

Le Slovène ne cache pas l’enjeu. La Vuelta manque encore à son palmarès, et l’idée de gagner les trois grands Tours occupe une place claire dans son horizon. Après le Tour de France, ce rendez-vous espagnol a donc tout du grand passage obligé dans l’histoire du cyclisme.

Mais Pogacar ne vend pas une conquête facile. Son discours est même plus prudent que triomphal. Il parle de récupération courte, de jambes à tester, d’un début de course à sentir, puis d’une fin de saison encore chargée. C’est là que son choix devient intéressant : il ne court pas seulement contre ses rivaux, il court aussi contre l’usure.

La Vuelta, le morceau qui manque encore à son palmarès

Pogacar a déjà posé le cadre : la Vuelta est une course qu’il veut gagner. Il l’a découverte en 2019, lors de son premier grand Tour, et ce retour porte donc une valeur particulière. Le départ à Monaco, près de chez lui, ajoute aussi une dimension plus personnelle à cette édition.

Son ambition est limpide. Gagner les trois grands Tours fait partie de ses grands objectifs, presque d’un rêve construit sur plusieurs saisons. Dans une carrière déjà immense, la Vuelta reste l’une des rares cas capables de changer encore la perception de son palmarès.

Le problème, c’est que ce rêve arrive juste après une autre démonstration : sa victoire sur le Tour de France. L’enchaînement Tour-Vuelta est rarement une formalité, surtout depuis que le Tour d’Espagne se dispute en fin d’été. Le rappel autour de Christopher Froome, seul coureur cité pour avoir réussi le doublé la même année dans cette configuration, donne une idée de la difficulté.

Le corpus contextuel disponible confirme également que Pogacar se présente sur cette Vuelta avec une cible claire : une première victoire sur l’épreuve, programmée du 22 août au 13 septembre. Ce calendrier resserré rend la récupération centrale. Pas comme un détail médical abstrait, mais comme le vrai levier de performance.

Pourquoi son corps peut devenir le véritable arbitre

Le passage le plus parlant n’est pas celui où Pogacar parle de rêve. C’est celui où il explique qu’il ne doit pas finir la Vuelta en étant détruite. La phrase changer tout, car elle oblige à regarder sa course autrement.

Pogacar ne se présente pas seulement avec l’envie de dominer. Il sait qu’il doit encore viser les Mondiaux, la course en ligne des Championnats d’Europe en Slovénie et le Tour de Lombardie. Trois objectifs placés après la Vuelta, avec des dates rapprochées : le 27 septembre, le 4 octobre, puis le 10 octobre.

Dans ce contexte, chaque effort compte. Prendre le maillot rouge trop tôt peut offrir un avantage psychologique, mais cela peut aussi transformer trois semaines de cours en défense permanente. À l’inverse, patienter peut sembler moins spectaculaire, mais préserver de l’énergie pour les étapes décisives et pour l’automne.

Exemple concret pour le lecteur : si Pogacar ne force pas sur le prologue, ou s’il laisse partir une attaque contrôlable dans les premiers jours, ce ne sera pas forcément un signe de faiblesse. Cela peut aussi être une manière de ne pas payer trop cher une course qu’il veut gagner sans y laisser sa saison.

Il le dit lui-même : il devra être intelligent. Ce mot pèse presque autant que les jambes. Sur une Vuelta, l’intelligence peut vouloir dire choisir ses batailles, accepter de ne pas répondre à tout, puis frapper quand l’état de forme devient plus clair.

Un prologue technique pour mesurer les jambes sans se brûler

Le départ ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation. Pogacar décrit un prologue technique, avec des virages, des secteurs dangereux et une gestion de l’allure différente d’un contre-la-montre très roulant. Il connaît les routes, mais cela ne rend pas l’exercice neutre.

Cette première étape peut déjà donner une indication sur son état. Pas forcément sur sa capacité à gagner la Vuelta, mais sur sa fraîcheur réelle après le Tour. Un coureur peut avoir récupéré sur le papier et manquer encore de tranchant quand il faut relancer, freiner, repartir et prendre des risques.

Pogacar refuse d’ailleurs l’idée d’une entrée en matière écrite d’avance. Il veut bien commencer, sentir la course, voir ce que cela donne. Ce ton mesuré tranche avec l’image d’un coureur capable d’écraser une course dès qu’il s’aligne.

C’est peut-être le cœur de cette Vuelta pour lui. Le rêve des trois grands Tours pousse Pogacar à prendre le départ avec une ambition énorme. Mais la prudence de ses mots rappelle que le palmarès ne se complète pas seulement avec de la volonté. Il faudra des jambes, du timing, et assez de lucidité pour ne pas sacrifier l’automne sur l’autel d’un maillot rouge.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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