« Le seul qui va super vite, c’est Paul Seixas » : Léo Bisiaux l’autre pépite du cyclisme français arrive sur la Vuelta avec un moteur encore sous-estimé
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Léo Bisiaux n’arrive pas sur la Vuelta avec le bruit médiatique de Paul Seixas, mais c’est peut-être justement ce qui rend son cas intéressant : il avance vite, sans vouloir brûler les étapes.
Dans le cyclisme français, la lumière s’est beaucoup posée sur Paul Seixas. Logique : quand un coureur de 19 ans explose les repères, tout le monde regarde dans sa direction. Mais derrière cette accélération, un autre profil se construit chez Decathlon CMA CGM.
Léo Bisiaux, 21 ans, arrive sur la Vuelta avec une promesse plus discrète. Pas celle d’un phénomène qu’on propulse déjà tout en haut de l’affiche. Plutôt celle d’un grimpeur-puncheur qui coche de plus en plus de cases, mais qui refuse de confondre progression et précipitation.
Sa phrase résume tout : « Le seul qui va super vite, c’est Paul. Moi, je veux prendre le temps de grandir. Une marche après l’autre ».
Bisiaux n’a pas voulu courir après le Tour trop tôt
L’histoire aurait pu prendre un autre virage. Avec sa 5e place au Championnat de France et plusieurs résultats solides au printemps, Léo Bisiaux avait des arguments pour regarder vers le Tour de France. Il sortait aussi d’un stage avec Decathlon CMA CGM, ce qui nourrissait forcément l’idée d’une sélection possible.
Mais le coureur auvergnat a préféré garder le cap fixé pendant l’hiver : la Vuelta. Après Liège-Bastogne-Liège, il a expliqué au staff qu’il ne se sentait pas forcément prêt à partir sur le Tour dès 2026. Le choix a été respecté.
Ce détail compte. Dans une génération où les très jeunes coureurs arrivent parfois directement dans les plus grands rendez-vous, Bisiaux assume une trajectoire plus progressive. Ce n’est pas un manque d’ambition. C’est même l’inverse : son objectif déclaré est de devenir un coureur de Grand Tour.
La différence, c’est le tempo. Paul Seixas symbolise l’explosion immédiate. Bisiaux cherche plutôt à empiler les preuves, étape après étape, sans se laisser aspirer par la comparaison.
Un grimpeur-puncheur déjà armé pour viser une étape
Le moteur n’est pas sorti de nulle part. Avant cette Vuelta, Bisiaux a déjà laissé des traces : 3e de la Classic Grand Besançon Doubs, 2e du Tour du Jura, 15e de la Flèche Wallonne, 12e à Liège-Bastogne-Liège, puis encore placé sur la Mercan’Tour Classic Alpes-Maritimes et le Tour Auvergne Rhône-Alpes.
Son profil est clair : grimpeur-puncheur, léger, à l’aise quand la route se cabre et que les efforts se répètent. L’Espagne peut bien lui convenir, avec ses repechos, ces bosses sèches qui usent autant les jambes que la lucidité.
Il ne débarque pas non plus sans expérience. Sa Vuelta précédente a été difficile, avec une 52e place finale et une journée très compliquée vers Valdezcaray. Mais cette première course de trois semaines lui a donné un repère concret : il sait ce que coûte un Grand Tour quand le corps ne répond pas comme prévu.
Cette fois, son objectif est plus lisible. Il ne court pas après le maillot de meilleur grimpeur. Il vise une victoire d’étape, tout en restant disponible pour Felix Gall, annoncé comme le leader de Decathlon CMA CGM sur le général.
Cas concret pour suivre sa Vuelta : si Bisiaux passe correctement le premier week-end, avec les arrivées difficiles à Font-Romeu puis en Andorre, son équipe pourra lui laisser davantage de marge dans une échappée. C’est typiquement le scénario où un coureur comme lui peut devenir dangereux : pas encore marqué comme un leader absolu, mais assez fort pour finir le travail si la bonne échappée prend du champ.
La comparaison avec Seixas peut l’aider plutôt que l’écraser
La tentation est simple : mettre Paul Seixas et Léo Bisiaux dans le même panier des pépites françaises. Ce serait pratique, mais trop court. Leur moment médiatique n’est pas le même, leur exposition non plus, et Bisiaux fait tout pour ne pas courir dans l’ombre d’un autre.
Son passé en cyclo-cross donne aussi une autre lecture de son profil. Champion du monde, d’Europe et de France juniors en 2023, encore titré nationalement chez les Espoirs, il vient d’une discipline qui forge le sens de l’effort répété, du placement et de l’instinct. Sur route, ce bagage ne garantit rien, mais il explique en partie cette capacité à encaisser des courses nerveuses.
Le plus intéressant, finalement, c’est son refus de se laisser enfermer dans l’urgence. Bisiaux sait que le cyclisme actuel récompense très vite les prodiges. Il sait aussi qu’un coureur de Grand Tour se construit souvent dans les jours sans, dans les rôles d’équipier, dans les échappées ratées et dans les semaines où il faut finir avant de briller.
Sur cette Vuelta, il n’a pas besoin de faire oublier Seixas. Il doit surtout montrer que la France ne tient pas qu’une seule trajectoire d’avenir. Certaines explosent d’un coup. D’autres montent plus doucement, avec un moteur qu’on entend moins au départ, mais qui peut faire très mal quand la route s’élève.