Cyclisme

« Penser déjà à l’année prochaine » : Pogacar face à un choix délicat après sa chute, entre retour express et saison à couper

Par Nicolas Berthaud
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Touché à la tête, à l’épaule et aux cervicales après sa chute sur la Vuelta, Tadej Pogacar n’a plus seulement une course à sauver : il doit décider si octobre vaut le risque de nuire 2027.


Le calendrier lui laisse une petite fenêtre. Le corps médical, lui, ne parle pas de miracle. Après son abandon sur l.a 8e étape de la Vuelta, samedi 29 août 2026, le Slovène de l’équipe UAE-XRG entre dans une fin de saison beaucoup plus fragile que prévu.

Le communiqué diagnostique par sa formation est lourd : commotion cérébrale, fracture déplacée de la clavicule gauche, fracture stable de la vertèbre cervicale C7 et multiples écorchures. Pogacar a été exploité lundi à Barcelone, avec succès, mais il doit encore rester quelques jours à l’hôpital sous surveillance.

La question n’est donc pas seulement de savoir quand il pourra remonter sur un vélo. Elle est de savoir s’il a intérêt à le faire aussi vite.

Septembre paraît trop court, octobre reste la seule vraie fenêtre

Avant sa chute, Tadej Pogacar avait encore trois grands rendez-vous dans le viseur : les championnats du monde sur route, prévus du 20 au 27 septembre 2026, les championnats d’Europe du 2 au 7 octobre en Slovénie, puis le Tour de Lombardie, le 10 octobre. Sur le papier, la tentation est évidente. À domicile pour l’Europe, puis sur une course où il est quintuple locataire du titre, renoncer serait un énorme sacrifice sportif.

Mais le délai jusqu’aux Mondiaux paraît presque fermé. Samuel Maraffi, médecin du sport et médecin référent de l’équipe TotalEnergies, juge un retour en septembre « relativement compliqué ». Pour octobre, son avis est plus ouvert : cela « ne paraît pas impossible ».

Romain Rousseau, chirurgien orthopédique à Paris et référent à l’INSEP auprès des sportifs de haut niveau, tient une ligne proche. Le délai est court, mais Pogacar reste un athlète hors norme, avec des capacités de cicatrisation et de reprise supérieures à la moyenne. Dans ce cadre, le revoir en octobre peut rester jouable.

Ce « jouable » ne veut pas dire « raisonnable ». C’est toute la zone grise du dossier : Pogacar peut peut-être revenir, mais revenir pour être performant sur une course exigeante, après une telle chute, exiger autre chose qu’un simple feu vert administratif.

La clavicule se gère, la vertèbre C7 change le niveau de prudence

La fracture de la clavicule est une blessure classique dans le cyclisme. Samuel Maraffi rappelle même qu’elle fait partie des blessures les plus fréquentes chez les coureurs, dont la densité osseuse peut être un peu moindre que la moyenne. L’opération n’est pas systématique, mais elle peut accélérer certaines étapes.

Le schéma de reprise est découpé en trois temps : retour à l’entraînement, retour sur le vélo, puis retour à la compétition. Sur home trainer, Pogacar pourrait théoriquement reprendre assez vite, peut-être une semaine après l’opération. Pour un entraînement plus proche de la route, le délai annoncé tourne plutôt autour de trois à quatre semaines avec opération, contre six à huit semaines sans opération.

Le retour à la compétition, lui, reste le plus incertain. En tirant les délais vers le bas, Samuel Maraffi évoque une reprise entre quatre et six semaines après l’opération. Dans un scénario pessimiste, la convalescence peut monter à deux mois et demi, voire trois mois.

La clavicule n’est pourtant pas le seul sujet. Romain Rousseau souligne une inconnue plus sensible autour de la fracture de la vertèbre cervicale C7. Sans connaître précisément le type de fracture, il rappelle que certaines lésions peuvent nécessiter une consolidation d’environ six semaines. Cette donnée pèse lourd dans la décision finale, surtout pour un sport où une nouvelle chute peut arriver à tout moment.

Le chirurgien met aussi en avant le risque principal : rechuter sur un os déjà fragilisé, avec des vis et une plaque. Une deuxième lésion au même endroit compliquerait la stratégie médicale et pourrait allonger fortement la récupération.

Couper serait maintenant dur, mais pas absurde pour protéger la suite

Sportivement, la frustration serait immense. Pogacar sort d’une année 2026 énorme, avec un cinquième Tour de France remporté et 22 succès au total. Le Tour de Lombardie lui tendait encore les bras, avec la possibilité de prolonger sa domination sur une course qu’il connaît par cœur.

Mais c’est justement parce que sa saison est déjà pleine que l’option d’un arrêt prend du poids. Il n’a plus besoin de prouver qu’il a dominé 2026. Il doit surtout éviter qu’une reprise trop rapide transforme une blessure sérieuse en problème durable.

Le conseil de Mikel Landa, rapporté par Cyclingnews, va dans ce sens : Pogacar devrait déjà regarder vers 2027 et se projeter sur ses futurs objectifs. Le Basque parle d’expérience, lui qui a lui-même connu de lourdes chutes et un retour progressif après une fracture du bassin.

Le Parisien rappelait le 26 juillet 2026 que Pogacar venait d’entrer encore plus haut dans l’histoire du Tour, avec un cinquième sacré, tout en évoquant aussi l’usure mentale qui avait parfois accompagné ses fins de Grande Boucle précédentes. Cette fois, la question est plus physique, mais le fond reste proche : jusqu’où pousser une saison quand le corps réclame une vraie coupure ?

Le choix final reviendra à Pogacar, avec son équipe et les médecins. Un retour en octobre garderait une logique sportive, surtout pour les championnats d’Europe en Slovénie et le Tour de Lombardie. Une saison arrêtée dès maintenant aurait une autre logique : accepter de perdre trois rendez-vous pour ne pas hypothéquer l’année suivante.

Après une telle chute, le scénario le plus spectaculaire n’est pas nécessairement le plus intelligent. Pour Pogacar, penser déjà à l’année prochaine n’aurait rien d’un renoncement. Ce serait peut-être la décision la plus froide, et la plus dangereuse pour ses adversaires en 2027.

Auteur

Nicolas Berthaud

Journaliste sportif. J'ai construit la rubrique paris sportifs de MVZ Sports entre 2023 et 2025 : comparatifs d'opérateurs agréés, guides pratiques et couverture football et MMA.

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