Football

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler » : Galthié retrouve Ben O’Keeffe sans rallumer la polémique

Par Maxime Aulne
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Le nom de Ben O’Keeffe suffit encore à réveiller un souvenir très précis chez les supporters français. Un quart de finale de Coupe du monde, une défaite d’un point contre l’Afrique du Sud, et une frustration arbitrale qui n’a jamais totalement quitté le débat autour du XV de France.

Cette fois, le décor est différent. Les Bleus affrontent le Japon samedi à 10h40, avec le Néo-Zélandais au sifflet. Interrogé sur ces rétrouvailles, Fabien Galthié n’a pas cherché à rallumer l’incendie. Il a un sourire préféré.

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler », a lancé le sélectionneur. Une phrase légère en apparence, mais assez claire sur le message : le XV de France ne veut pas transformer ce rendez-vous en procès de l’arbitrage.

Ben O’Keeffe, un nom encore lié au France-Afrique du Sud de 2023

Pour comprendre pourquoi cette désignation fait autant parler, il faut revenir au 15 octobre 2023. Ce soir-là, au Stade de France, les Bleus quittent leur Coupe du monde à domicile après une défaite 29-28 contre l’Afrique du Sud. Un point seulement, et une immense impression d’occasion manquée.

Ben O’Keeffe était l’arbitre de cette rencontre. Plusieurs décisions avaient été discutées, parfois très vivement, dans les heures puis les semaines qui ont suivi. Antoine Dupont avait notamment lâché à chaud qu’il n’était « pas sûr que l’arbitrage ait été au niveau de l’enjeu ».

Fabien Galthié avait aussi fini par reconnaître que les Bleus avaient perdu pour des raisons rugby, mais aussi en raison de décisions arbitrales. La nuance comptée : il ne s’agissait pas de retirer toute responsabilité sportive à la France, mais de dire que l’arbitrage avait pesé dans une rencontre aussi serrée.

Depuis, le nom de Ben O’Keeffe est resté associé à cette élimination. Pas nécessairement dans le quotidien du groupe France, mais dans la mémoire collective des suiveurs. Pour beaucoup de supporters, le simple fait de revoir son nom sur une affiche des Bleus suffit à rouvrir le dossier.

Galthié ferme la porte à la polémique avant Japon-France

La réponse de Fabien Galthié est donc tout sauf anodine. Le sélectionneur assure qu’il n’avait « même pas pensé » à ce précédent. Il explique aussi que Joël Jutge, responsable de l’arbitrage mondial, l’avait appelé après le Tournoi des Six Nations pour l’informateur de la désignation de Ben O’Keeffe face au Japon.

La réaction rapportée de Galthié tient en peu de mots : c’est la décision des instances. Le sélectionneur affirme n’avoir « aucun problème » avec l’arbitre néo-zélandais. Et il accompagne le tout d’une formule volontairement désamorcée : « Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. »

C’est là que le sujet devient intéressant sportivement. Galthié aurait pu s’enfermer dans une réponse froide, rappeler le passé ou refuser de commenter. Il choisit au contraire une ligne plus habile : reconnaître implicitement que tout le monde a compris la référence, sans redonner du carburant à la polémique.

Cas concret pour un supporter français : en voyant Ben O’Keeffe arbitre de Japon-France, le premier réflexe peut être de repenser au quart de finale contre les Springboks. Mais côté personnel, l’objectif est inverse. Le match doit rester un match de rugby, pas une revanche symbolique contre un homme au sifflet.

Un match à gérer, pas un vieux dossier à rejouer

Ben O’Keeffe, lui, n’a pas exprimé de regrets majeurs sur cette rencontre de 2023. Il a même expliqué être fier de la manière dont il avait arbitré ce quart de finale, tout en reconnaissant que des erreurs peuvent exister dans un match de ce niveau. Sa position est claire : il estime avoir été la bonne personne pour arbitrer cette affiche.

Ce contraste installe une tension propre au rugby international. D’un côté, une équipe de France qui veut avancer. De l’autre, un arbitre qui assume sa prestation passée. Entre les deux, un public qui n’a pas forcément diguéré cette sortie de route mondiale.

Le groupe tricolore a aussi changé. Seuls cinq joueurs français annoncés sur la feuille de match face au Japon étaient déjà sur le terrain lors du quart de finale 2023 : Matthieu Jalibert, Peato Mauvaka, Reda Wardi, Yoram Moefana et Maxime Lucu. Pour une fête du vestiaire, Ben O’Keeffe n’est donc pas seulement un souvenir brûlant du Stade de France.

Cette donnée change le ton du rendez-vous. Le match contre le Japon peut porter une charge médiatique, mais il ne concerne pas exactement le même groupe, ni le même moment de l’histoire des Bleus. Le staff a tout intérêt à garder le sujet à distance, surtout dans une rencontre où la discipline et le dialogue avec l’arbitre peuvent compter très vite.

La sortie de Galthié ressemble donc moins à une pirouette qu’à une stratégie. Ne pas nier le passé, ne pas l’alimenter non plus. Le XV de France retrouve Ben O’Keeffe, oui. Mais le vrai enjeu reste sur le terrain : jouer juste, éviter de donner prise à l’arbitrage, et laisser la vieille polémique là où elle devrait rester.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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