Jeux olympiques d'hiver 2026 Milano Cortina

« Le droit de ne pas le faire » : la ministre des sports prend la défense de Léon Marchand suite à la polémique générée par son refus de prise de position politique publiquement

Par Gilles Marchetti
Retrouvez MVZ Sports sur GoogleAjoutez notre source pour suivre nos actualités sport plus facilement

Marina Ferrari a choisi de défendre Léon Marchand sur un principe simple : un sportif peut parler politique, mais il peut aussi décider de ne pas le faire.

La polémique est partie d’une phrase prudente, presque embarrassée. Interrogé dans le journal télévisé de France 2, alors qu’un documentaire lui était consacré, Léon Marchand a expliqué qu’il préférait rester loin du jeu politique à l’approche de l’élection présidentielle prévue au printemps 2027.

Le nageur français n’a pas nié l’influence des sportifs. Il a même reconnu qu’ils pourraient avoir un rôle déterminant dans les prochaines années. Mais il a ajouté une réserve centrale : il ne se sent pas légitime, et ne veut pas dire n’importe quoi.

Marina Ferrari défend un droit au silence politique

La réponse de Marina Ferrari donne le cœur de cette affaire. Dans un communiqué publié vendredi, la ministre des Sports a défendu le choix de Léon Marchand de ne pas prendre position publiquement.

Sa formule résume toute sa ligne : « En République, la liberté, c’est pouvoir exprimer ses opinions. Mais c’est aussi avoir le droit de ne pas le faire. »

Le message est institutionnel, mais il vise une polémique très concrète. Léon Marchand a été évoqué pour son refus d’entrer dans le débat politique, certains y voyant un manque de courage face à la progression des extrêmes. Marina Ferrari répond en déplaçant le sujet : la liberté d’expression ne peut pas devenir une obligation d’expression.

Le cas Marchand relance une vieille pression sur les champions

Ce débat touche un point sensible du sport français. Les grands champions sont suivis, écoutés, parfois attendus au tournant. Quand ils parlent, leurs mots dépassent vite leur discipline. Quand ils se taisent, ce silence devient lui aussi un message aux yeux d’une partie du public.

Léon Marchand se retrouve exactement dans cette zone grise. Son statut a changé depuis les JO de Paris 2024. Il n’est plus seulement un nageur d’élite : il est devenu une figure nationale, avec tout ce que cela implique de projection autour de sa parole.

Cette exposition ne date pas de la séquence politique. Après son record du monde du 200 m 4 nages, Le Figaro lui avait demandé s’il l’avait célébré comme une victoire ; Marchand avait répondu : « Pour moi, c’est une victoire. » La phrase disait déjà quelque chose de son rapport à la performance : direct, mesuré, centré sur le bassin plus que sur le bruit autour.

Ferrari renvoie Mbappé et Marchand au même principe

Marina Ferrari a également rappelé le cas Kylian Mbappé, qu’elle avait défendu lorsqu’il avait pris position lors des législatives en marge de l’Euro 2024. Le parallèle est important : la ministre ne défend pas une opinion, mais un cadre.

Dans sa lecture, Mbappé avait le droit de parler. Marchand a le droit de ne pas parler. Cette symétrie permet au ministre d’éviter le piège d’une défense à géométrie variable, où l’on applaudirait la parole seulement quand elle correspond à une attente politique ou médiatique.

La polémique ne devrait pas disparaître pour autant. À l’approche de 2027, la parole des sportifs de haut niveau risque d’être encore plus scrutée. Mais la position de Marina Ferrari pose une limite claire : demander à un champion d’être citoyen ne signifie pas lui imposer un rôle de porte-voix.

Pour Léon Marchand, l’affaire révèle surtout le poids nouveau de son image publique. Sa prudence peut être discutée. Elle n’autorise pas nécessairement à transformer son silence en faute.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

Voir ses articles