Rugby

Affaire Jegou-Auradou : Galthié maintient sa confiance en pleine tournée

Par Maxime Aulne
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En pleine tournée en Nouvelle-Zélande, Fabien Galthié a annoncé qu’Hugo Auradou et Oscar Jegou seraient titulaires face aux All Blacks à Christchurch le 4 juillet le lendemain de l’audience devant la Cour suprême de Mendoza, où les deux joueurs avaient comparé en visioconférence.

Les deux joueurs du XV de France, accusés de viol avec violence en juillet 2024 à Mendoza, ont obtenu deux non-lieux successifs mais font face à un recours en cassation déposé par la plaignante. Pour les supporters et observateurs du rugby français, cette décision soulève une question concrète : comment gérer la présomption d’innocence quand la justice n’a pas dit son dernier mot ? Galthié répond en assumant précisant le lien entre les décisions judiciaires favorables et la légitimité de sa confiance, tout en reconnaissant que l’affaire n’est pas close.

« Ils ont gagné en première instance, ils ont gagné en appel » : Galthié fonde son soutien sur les décisions judiciaires

Le sélectionneur n’a pas cherché à esquiver. En conférence de presse, Fabien Galthié a posé son raisonnement avec une clarté presque juridique : « Je ne vais pas parler de justice et de droit mais ils ont gagné en première instance, ils ont gagné en appel, ils sont en cassation. Ils savaient qu’ils seraient convoqués. Ça tombe en pleine fenêtre internationale donc en pleine lumière. Il faut assumer. »

Puis, pour clore le sujet sportif : « Mais ils sont titulaires ce week-end. »

Ce soutien repose sur un socle factuel précis : non-lieu en première instance le 10 décembre 2024, puis confirmation en appel à l’unanimité le 18 février 2025 , les magistrats invoquant un manque d’éléments permettant de soutenir une accusation sérieuse.

Galthié ne prétend pas trancher ce que la justice argentine n’a pas tranché. Il s’appuie sur ce qui existe : deux décisions rendues en faveur de ses joueurs. La titularisation en est la traduction directe.

La pression externe existe. Elle est réelle. Mais le sélectionneur choisit de ne pas la laisser dicter ses choix de composition, en s’abritant derrière ce que les tribunaux ont effectivement dit.

Une affaire qui s’éternise : la cassation en cours et les recours possibles

« C’est une histoire qui les accompagne depuis deux ans. Je pense qu’ils ont passé un cap », a déclaré Galthié. Cette formule dit quelque chose d’important : le sélectionneur perçoit une forme de franchissement psychologique pour ses joueurs. Mais elle ne dit pas que l’affaire est terminée.

Les faits remontent à la nuit du 6 au 7 juillet 2024, après une soirée suivant un match du XV de France contre l’Argentin à Mendoza. Les accusations de viol avec violence en réunion avaient immédiatement suspendu les deux joueurs, avant leur retour progressif en sélection après les premières décisions favorables.

La plaignante, âgée de 39 ans, a révélé son identité lors de l’audience et dénonce une justice qu’elle estime corrompue. Son avocate a déposé un recours en cassation, estimant que l’instruction comporte des erreurs et des omissions, et que certains éléments n’ont pas été suffisamment pris en compte. Selon les sources judiciaires, les magistrats disposent de cinq jours ouvrés pour rendre leur décision bien qu’aucun délai officiel ne soit formellement imposé.

Ce n’est pas le dernier mot possible. En cas de rejet, la partie civile a annoncé son intention de saisir la Cour suprême de la Nation à Buenos Aires, puis la Cour interaméricaine des droits humains.

Assumer la tension : quand l’agenda sportif croise la procédure judiciaire

Le 1er juillet, les deux joueurs ont participé en visioconférence depuis leur hôtel en Australie à l’audience devant la Cour suprême de Mendoza. Chaque partie a présenté ses arguments pendant une quinzaine de minutes devant trois magistrats. La décision n’a pas encore été rendue.

Cette simultanéité n’est pas anodine. Jouer sous les projecteurs d’une tournée internationale face aux All Blacks, dans l’un des contextes médiatiques les plus exposés du rugby mondial tout en participant à une audience judiciaire à distance : la charge émotionnelle est réelle, et Galthié ne la minimise pas.

Son mot d’ordre est simple : « Il faut assumer. » Pas de mise à l’écart préventif, pas de gestion discrète. Le sélectionneur choisit la transparence par l’action la feuille de match comme prise de position.

En titularisant les deux joueurs dans ce contexte, Galthié engage l’ensemble du groupe France dans une décision qui dépasse le choix tactique : un signal émis autant aux joueurs qu’à l’extérieur. Face aux All Blacks, dans l’un des contextes médiatiques les plus exposés du rugby mondial, il assume quand même.

Un dilemme sans réponse universelle

Galthié ne tranche pas la question de culpabilité ou d’innocence : il s’appuie sur deux non-lieux successifs et assume les conséquences de cette confiance en alignant ses joueurs face aux All Blacks.

Cette posture révèle un dilemme moderne du sport de haut niveau : comment gérer la présomption d’innocence quand les procédures judiciaires s’éternisent et que la pression médiatique ne faiblit pas ? Il n’existe pas de réponse universelle. Galthié en a choisi une, publiquement, en pleine lumière.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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