« Au début, clairement, j’ai été très très nul » : Grandidier-Nkanang raconte son ascension jusqu’au XV de France
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Aaron Grandidier-Nkanang s’apprête à vivre sa première cape avec le XV de France face à l’Australie, après un parcours cabossé où le rugby à VII, Pau et les ballons hauts ont tout changé.
La phrase claque parce qu’elle ne cherche pas à embellir l’histoire. « Au début, clairement, j’ai été très très nul », lâche Aaron Grandidier-Nkanang en évoquant ses premiers pas à Pau sur les ballons hauts.
Samedi, au Suncorp Stadium de Brisbane, l’ailier de 26 ans doit pourtant enfiler le maillot du XV de France pour la première fois. Une bascule forte pour un joueur longtemps associé au rugby à VII, sacré champion olympique à Paris, mais qui rêvait depuis l’enfance d’exister au plus haut niveau à XV.
Né à Londres, passé par le maillot anglais à VII, puis par Brive, Grandidier-Nkanang n’a pas suivi une trajectoire droite. Et c’est justement ce qui donne du poids à cette première sélection.
Un rêve de XV passé par un long détour
Grandidier-Nkanang ne cache pas que son objectif de départ était ailleurs. Dans son esprit, le rêve d’enfant, c’était d’abord la Rose. Le rugby à XV, l’équipe nationale, le très haut niveau : tout semblait devoir passer par l’Angleterre.
Son parcours commence à Londres, après avoir laissé le panier pour le ballon ovale à la Saint Olave’s Grammar School. Une bourse à la Saint Mary’s University, près de Twickenham, confirme ensuite son potentiel. Ses qualités l’emmènent jusqu’au rugby à VII anglais, mais pas vers une vraie ouverture à XV.
À 19 ans, Brive le récupère. Là, le saut est grossier. Grandidier-Nkanang parle de « cinq ans un peu compliqué ». Il ne parvient pas à s’installer, et sa carrière aurait pu rester coincée dans cette zone grise : trop de qualités pour disparaître, pas assez de repères à XV pour exploser.
Le rugby à VII devient alors plus qu’un détour. Il devient une relance. Avec l’équipe de France à VII, il retrouve de la vitesse, de la confiance, une place claire. Le point haut arrive aux Jeux olympiques de Paris, avec un titre contre les Fidji, aux côtés d’Antoine Dupont, et un essai dans cette aventure.
Sa formule résume tout : « Sans le VII je ne serais pas là aujourd’hui ». Pas une parenthèse, donc. Plutôt la partie du chemin qui lui permet de revenir vers son vrai objectif.
À Pau, le test brutal des ballons hauts
Après les JO, Grandidier-Nkanang veut se consacrer pleinement au XV. Pau lui ouvre la porte, avec Sébastien Piqueronies à la manœuvre. Mais le retour dans le rugby à quinze ne se règle pas avec une médaille autour du cou.
La Section Paloise l’attend sur un secteur précis : les ballons hauts. Pour un ailier, c’est un passage obligé. Monter sous pression, lire la trajectoire, encaisser le contact, sécuriser la possession : ce n’est pas le même rugby que les grands espaces du VII.
Et c’est là que l’aveu prend tout son sens. « Le club m’attendait sur les ballons hauts, et au début, clairement, j’ai été très très nul. Ah oui, très très nul. » La phrase est dure, mais elle raconte un vrai chantier technique.
Cas concret : sur une chandelle adverse dans ses 22 mètres, un ailier ne doit pas seulement sauter haut. Il doit se placer tôt, communiquer avec son arrière, accepter le duel aérien et éviter de rendre un ballon de relance facile. Pour un joueur qui revient du VII, où les situations et les espaces ne se lisent pas de la même façon, l’adaptation peut coûter cher.
Grandidier-Nkanang insiste aussi sur le rôle du staff palois. Il estime que certains clubs pourraient le mettre de côté. Pau, au contraire, lui a laissé sa chance. Piqueronies parle désormais d’un joueur qui a retrouvé son « super pouvoir » dans les airs, avec son gabarit d’1,87 m pour 94 kg.
Une première cape qui ne ferme pas le chantier
Cette première cape attendue avec les Bleus ne transforme pas tout en conte parfait. Elle valide surtout une progression. Grandidier-Nkanang arrive au XV de France avec une médaille olympique, une histoire atypique et encore des axes de travail assumé.
L’ailier palois le dit lui-même : il doit encore progresser comme finisseur à XV. « Le nez d’un finisseur, sentir les coups, c’est quelque chose qui me manque un petit peu. Et la confiance de prendre des risques, de jouer mes duels à fond. » Pour un ailier international, ce sont des détails qui pèsent vite lourd.
Son profil reste rare. Il a la culture du VII, la vitesse, l’expérience des grands rendez-vous, mais il doit encore consolider les réflexes du XV sur la durée. C’est précisément ce mélange qui rend sa sélection intéressante : le XV de France ne récupère pas un joueur formaté, mais un ailier construit par les détours.
Il y a aussi une dimension personnelle forte. Grandidier-Nkanang porte volontairement le nom de son père, d’origine nigériane, et parle de son héritage comme d’un choix assumé. Cette, ajoutée à son parcours entre Londres, Brive, Paris et Pau, donne à sa première cape une identité particulière.
La phrase finale qu’il confie sur son chemin dit beaucoup de sa méthode : « Même quand ça ne marchait pas bien », il a gardé la conviction d’avoir les capacités pour jouer au plus haut niveau. Samedi, face à l’Australie, ce ne sera pas seulement une récompense. Ce sera le premier vrai test à XV d’un joueur qui a déjà appris à repartir de très loin.