Rugby

Ce que Toulouse fait depuis des années, le XV de France va enfin l’essayer

Par Maxime Aulne
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Le XV de France s’apprête à aligner Romain Ntamack et Matthieu Jalibert ensemble face à l’Australie, adoptant pour la première fois de façon délibérée le système à deux organisateurs que le Stade Toulousain perfectionne depuis plusieurs saisons.

La cascade de forfaits en ligne arrière Penaud (mollet), Barré et Arfeuil (déchirure ischio-jambiers) force Fabien Galthié à repenser sa charnière pour les deux derniers matchs du Championnat des Nations 2026.

Comment Toulouse a inventé le système à deux organisateurs

Au Stade Toulousain, le principe est simple à énoncer, difficile à exécuter. Romain Ntamack pilote le jeu depuis le numéro 10, Thomas Ramos co-organise depuis le numéro 15. Les deux partagent la lecture du jeu en alternance, selon les phases et les zones de terrain.

Ugo Mola l’a lui-même expliqué : à Toulouse, le 10 touche moins le ballon que dans la plupart des clubs. Ce n’est pas un aveu de faiblesse de l’ouvreur c’est un choix structurel. Libérer Ramos pour qu’il devienne un deuxième cerveau offensif depuis l’arrière, c’est créer une menace supplémentaire que les défenses adverses ne peuvent pas neutraliser avec un seul rideau défensif.

Le palmarès valide le modèle. Toulouse détient le record absolu de titres en Champions Cup avec 7 sacres (1996, 2003, 2005, 2010, 2021, 2024, 2025). Les trois derniers ont été remportés avec Ntamack et Ramos comme joueurs emblématiques du système. Sept titres européens, ce n’est pas de la chance. C’est une méthode.

La France a déjà adopté le modèle toulousain sans le dire

Le XV de France n’a pas attendu juillet 2026 pour tester cette structure. Il l’a déjà appliqué, presque mot pour mot, lors du Tournoi des Six Nations 2026.

Jalibert à l’ouverture, Ramos à l’arrière, contre l’Irlande, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Angleterre : c’est exactement la structure toulousaine Ntamack/Ramos, avec Jalibert à la place de Ntamack. Le XV de France a remporté ce Tournoi.

Ramos, lui, n’est pas un arrière qui joue à l’ouvreur par défaut. Il l’a prouvé à Toulouse en l’absence de Ntamack, en Top 14 comme en Champions Cup. Il l’a prouvé en sélection lors du Tournoi des Six Nations 2024, où il a terminé meilleur réalisateur avec 84 points. Quand Jalibert était forfait face à l’Italie en février 2026, Ramos a repris le numéro 10 sans sourciller, aux côtés d’Antoine Dupont.

Ce que Galthié envisage aujourd’hui avec Ntamack-Jalibert, c’est donc une variation sur un thème déjà joué. La nouveauté, c’est que les deux meilleurs organisateurs français seraient alignés ensemble pas l’un à la place de l’autre. Laurent Labit, qui a longtemps officié comme adjoint de Galthié , ne s’y trompe pas : « Je pense que c’est une bonne idée, notamment au vu du niveau qu’ils montrent tous les deux en ce moment. »

Pourquoi Galthié passe du conservatisme à l’innovation

Les clubs français de rugby innovent en premier, les équipes nationales suivent avec du retard : c’est un modèle récurrent dans le rugby hexagonal. Toulouse a construit son empire européen sur le système à deux organisateurs. La France vient de remporter le Tournoi des Six Nations 2026 en appliquant une version. Et Galthié assume désormais la trajectoire : « Au début de mon mandat, j’avais choisi le conservatisme pour créer de l’expérience collective dans l’équipe de France. Après six ans de vie commune, il est temps de trouver une évolution entre ce conservatisme et l’innovation. »

Ce n’est pas un aveu de retard. C’est une déclaration de maturité tactique. Le Championnat des Nations 2026 est suggéré comme une phase de test avant la Coupe du Monde 2027 en Australie. Aligner Ntamack et Jalibert ensemble face à l’Australie, sur son sol, deux ans avant d’y retourner pour le Mondial le symbole est difficile à manquer.

Les blessures de Penaud, Barré et Arfeuil ont forcé la main de Galthié sur le timing. Mais elles n’ont pas inventé l’idée. Elles ont juste accéléré une décision qui couvait.

Le XV de France ne révolutionne pas le rugby en alignant Ntamack et Jalibert : il officialise une évolution tactique déjà en cours depuis le Tournoi des Six Nations 2026. Ce qui change, c’est que Galthié assume cette formule comme un choix stratégique pour la Coupe du Monde 2027 en Australie pas comme un pis-aller dicté par les blessures.

Galthié assumera-t-il cette association au-delà des blessures, ou reviendra-t-il à un schéma classique dès que Penaud sera rétabli ?

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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