Rugby

« Chaque année, c’est plus dur » : Ntamack avoue les limites de Toulouse

Par Maxime Aulne
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Après un quatrième Bouclier de Brennus arraché consécutivement 28-20 face à Montpellier, Romain Ntamack avoue un « gros sentiment de soulagement » : le niveau du Top 14 monte, l’UBB a battu Toulouse deux fois cette saison, et deux affaires de plafond salarial menacent l’avenir institutionnel du club.

Toulouse de remporte un quatrième titre consécutif. Mais le visage de Romain Ntamack après le coup de sifflet final n’était pas celui d’un champion qui écrase c’était le souffle d’un homme qui vient d’éviter quelque chose.

Quatre titres d’affilée, une machine bien huilée : la domination toulousaine semble inébranlable. Elle se gagne pourtant dans la douleur non parce que Toulouse s’affaiblit, mais parce que le championnat entier se renforce .

« Chaque année, c’est plus dur » : pourquoi Ntamack une raison

Romain Ntamack n’a pas cherché à enjoliver. Après le titre, il a dit exactement ce qu’il ressentait : « J’ai l’impression que chaque année, c’est de plus en plus dur, de plus en plus long. » Puis il a précisé, pour qu’on ne se méprenne pas sur le sens : « Avec un rugby qui est de plus en plus dur, de plus en plus bataillé, des équipes qui sont de plus en plus armées. »

Ce n’est pas de la fausse modestie : les chiffres le confirment .

En mars 2026, l’Union Bordeaux-Bègles a écrasé Toulouse 44-20 en Top 14. Quelques semaines plus tard, en quart de finale de la Champions Cup, l’UBB a récidivé à Chaban-Delmas : 30-15, sans discussion. Bordeaux a ensuite remporté la Champions Cup face au Leinster sur le score de 41-19. Ce n’est pas un accident de parcours : Bordeaux a construit quelque chose de solide et prouvé qu’elle pouvait dominer Toulouse sur une saison entière.

En finale du Top 14, Montpellier dauphin de Toulouse en saison régulière a mené 25-6 à la pause avant de s’incliner 28-20. Toulouse a tenu, mais de justesse. La remontée montpelliéraine n’est pas anecdotique : elle illustre exactement ce que Ntamack décrit.

Ugo Mola, le manager toulousain, confirme lui-même le diagnostic : « On a retrouvé des caractéristiques marquées dans les clubs, des vrais partis pris. » Autrement dit, les adversaires ne sont plus de simples faire-valoir. Ils ont une identité, un projet, une capacité à faire mal.

La déclaration de Ntamack porte une autorité particulière : fils d’Emile Ntamack, champion du quadruplé 1994-1997, il mesure la difficulté à l’aune d’un héritage familial direct. Ce n’est pas un joueur qui se plaint c’est un héritier qui sait que rien n’est jamais acquis.

Au-delà du terrain : les vraies limites de Toulouse

Le problème de Toulouse n’est pas que sportif.

En décembre 2025, le club a écopé d’un retrait de 2 points ferme 4 avec sursis dans l’affaire Jaminet. Une sanction qui avait été précédée d’une amende de 1,3 million d’euros versée à la LNR en mars 2025. Une enquête préliminaire pour abus de confiance a par ailleurs été ouverte par le parquet de Toulouse.

Mais l’affaire Jelonch/3S-Alyzia est bien plus lourde. La LNR envisage une amende proche de 5 millions d’euros 3 millions pour manquement à la transparence, 1,8 million pour dépassement du plafond salarial portant sur quatre saisons consécutives, de 2021-2022 à 2024-2025. Le verdict est attendu après le 7 juillet 2026. Si la sanction tombe dans cette fourchette, l’impact sur la capacité de recrutement du club sera direct et immédiat .

Concrètement : un club qui doit payer 5 millions d’euros d’amende ne peut pas recruter avec la même liberté. Et un club qui ne peut pas recruter commence à perdre l’avantage concurrentiel qui fait sa domination.

Ntamack a quand même tenté de rassurer : « Il faudra encore trouver des ressources, mais le groupe restera quasiment le même la saison prochaine. » C’est la seule bonne nouvelle dans ce tableau. Le noyau dur est là. Mais pour combien de temps, si les contraintes financières s’accumulent ?

La saison précédente, Mola avait déclaré « On a vécu une saison en enfer » après la demi-finale contre Bayonne. Cette année, Toulouse a gagné mais la pression psychologique sur les cadres ne diminue pas. Elle augmente.

Un cinquième titre consécutif : mission impossible ?

Personne n’a jamais fait cinq titres consécutifs dans l’histoire du rugby français. Jamaïs. Le quadruplé 2023-2026 égal déjà deux records absolus : celui du Stade Bordelais entre 1904 et 1907, et celui de la génération Toulouse 1994-1997 celle d’Emile Ntamack père, sous la direction de Guy Novès. Un cinquième Bouclier de Brennus serait par conséquent une première absolue dans l’histoire de la compétition.

C’est l’objectif. Et c’est vertigineux.

Mais les obstacles s’accumulent. Le calendrier international 2026-2027 sera chargé, avec la Coupe du monde 2027 en ligne de mire : les absences des internationaux Ntamack en tête pèseront sur la régularité du groupe en Top 14, comme cette saison.

L’UBB, championne d’Europe, sera là. Montpellier, qui a failli renverser Toulouse en finale, sera là. La Rochelle, le Stade Français, Toulon, Clermont tous ces clubs ont, selon Mola lui-même, retrouvé une identité forte. Le Top 14 2026-2027 sera le plus relevé depuis des années.

Et Toulouse devra le traverser avec un verdict de plafond salarial potentiellement dévastateur, une pression psychologique maximale sur ses cadres, et la conscience que chaque titre supplémentaire est un peu plus difficile à aller chercher que le précédent.

Mola a une façon de cadrer tout ça qui en dit long sur l’état d’esprit du club : « Le sport est ainsi fait que toutes les grandes équipes ont éprouvé à un moment le besoin de se resserrer contre l’adversité. Ici, elle est un peu plus fumeuse, plus évaporée, mais on a quand même facilement trouvé qui nous en voulait. »

Traduction : tout le monde veut leur peau. Et ils le savent.

Toulouse gagne toujours, mais chaque titre coûte désormais plus cher sportivement et institutionnellement. Le soulagement de Ntamack après le 28-20 contre Montpellier n’est pas celui d’un champion qui domine : c’est celui d’un joueur qui sait exactement à quel point il est passé près.

La domination toulousaine n’est pas menacée à court terme mais elle devient fragile. Ntamack le sait mieux que quiconque : il porte dans ses gènes le souvenir de ce que son père a construit, et la conscience de ce qu’il devrait pour le dépasser.

Toulouse peut-elle viser un cinquième titre consécutif une première absolue dans l’histoire du rugby français avec un verdict de plafond salarial potentiellement dévastateur et une UBB championne d’Europe dans les jambes ? La réponse se dessine déjà : ce sera possible, mais au prix d’une tension maximale.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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