Des palettes déchargées la nuit au XV de France, Régis Montagne porte une histoire que les Bleus connaissent rarement
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Dans le rugby professionnel, certains parcours ressemblent à une montée programmée. Centre de formation, premier contrat, club de Top 14, sélection. Celui de Régis Montagne raconte autre chose.
Le pilier droit de Clermont, formé à Grenoble, a longtemps avancé avec une réalité très concrète : le rugby ne suffisait pas encore à payer la vie du quotidien. Pas dans les premières années. Pas avec un salaire de 300 euros par mois.
Cette histoire prend une autre dimension au moment où Montagne s’installe dans le paysage du XV de France. Elle ne parle pas seulement d’un joueur appelé chez les Bleus, mais d’un avant qui a connu le travail de nuit avant les projecteurs.
300 euros par mois, une voiture à assurer et un deuxième travail à trouver
Régis Montagne raconte qu’à ses débuts professionnels à Grenoble, il ne gagnait pas assez pour vivre normalement. Il venait d’avoir son permis, touchait 300 euros par mois, et une fois l’assurance de la voiture payée, il ne restait presque rien.
Le détail est simple, mais il dit beaucoup. À cet âge, certains joueurs commencent à se projeter dans une carrière. Lui devait d’abord trouver comment tenir financièrement, sans demander de l’argent à sa mère.
Son exemple concret est brutal : un vendredi soir, il pouvait être 24e homme au Stade des Alpes, puis de minuit pour embaucher jusqu’à 7 heures du matin à Voreppe. Sa mission : décharger des camions et des palettes pour une entreprise de transport.
Ce n’est pas une image fabriquée pour embellir une carrière. C’est un rythme de vie qui utilise. Rugby, attente du groupe, trajet de nuit, manutention, fatigue, puis retour à l’entraînement. Montagne dit avoir fait ça pendant près de deux ans.
Une trajectoire rare jusqu’à Clermont et au XV de France
Le contraste est fort parce que Régis Montagne n’est plus seulement un jeune joueur qui cherche sa place. Il est devenu un pilier important à Clermont, après avoir été formé à Grenoble et lancé dans le monde professionnel en 2019.
Dans un poste aussi spécifique que pilier droit, la progression se construit souvent lentement. Il faut du poids, de la technique, de la caisse, mais aussi une forme de résistance mentale. Son passé donne une lecture différente de son ascension.
Quand il explique que ce travail lui a appris ce que signifie vraiment gagner son argent, la phrase sonne moins comme une formule que comme un repère personnel. Il a vu autre chose que le vestiaire, les feuilles de match et les plans de jeu.
Même pendant la période du Covid, il affirme avoir continué à travailler plusieurs mois dans cette activité. Là encore, le détail compte : avant de signer professionnel l’été suivant, Montagne a dû garder les pieds dans une réalité que beaucoup de joueurs ne traversent jamais aussi directement.
Chez les Bleus, une opportunité sportive et une pression contractuelle
La sélection avec le XV de France de rugby arrive donc avec une charge particulière. Montagne est présenté comme titulaire pour le match face au Japon, dernière rencontre de la tournée estivale des Bleus à l’étranger.
Sportivement, c’est une vitrine. Pour un pilier droit, débuter en équipe de France peut changer le regard des clubs, des staffs et du marché. Mais le joueur avance aussi avec une autre donnée : sa situation contractuelle à Clermont.
Il confie se retrouver pour la première fois en fin de contrat. Son raisonnement est direct : au début du mois de juillet, il sait que dans onze mois, sans solution, il peut se retrouver sans club. Même avec le maillot bleu, la pression ne disparaît pas totalement.
Montagne assure laisser cette partie à son agent, avec une idée claire : son rôle reste de jouer et de prendre du plaisir. C’est probablement là que son parcours rapporte le plus. Après les nuits à décharger des palettes, la pression d’un match international ne se raconte pas de la même manière.
Son histoire rappelle surtout une chose : derrière une convocation avec le XV de France, il peut y avoir des années invisibles. Des matins fatigués, des salaires minuscules, des choix que personne ne voit. Et parfois, ce sont précisément ces années-là qui donnent le plus de poids au maillot.