Rugby

« Est-ce que Toulouse refuserait 4, 5 ou 6 millions d’euros pour Antoine Dupont ? » : Mola pose la question qui dérange

Par Gilles Marchetti
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En évoquant une vente d’Antoine Dupont à 4, 5 ou 6 millions d’euros, Ugo Mola ne lance pas une rumeur de transfert : il met le doigt sur le mur économique qui bloque encore le Top 14.

La phrase claque parce qu’elle touche au joueur le plus intouchable du rugby français. Antoine Dupont, vendu par Toulouse ? Sur le papier, l’idée semble presque absurde. Dans la bouche d’Ugo Mola, elle sert surtout à poser une vraie question de gestion sportive.

Le manager du Stade Toulousain défend une idée simple : les clubs français forment, valorisent et exposent des joueurs majeurs, mais le cadre actuel limite fortement leur capacité à transformer cette valeur en revenus de transfert. Le sujet dépasse donc Dupont. Il parle du modèle économique du Top 14.

La phrase sur Dupont qui résume tout le débat

Ugo Mola va droit au point : « Est-ce que Toulouse refuserait 4, 5 ou 6 millions d’euros pour Antoine Dupont ? » La question est volontairement brutale. Elle ne signifie pas que le Stade Toulousain cherche à vendre son demi de mêlée. Elle sert à montrer que, dans le rugby français actuel, ce type de réflexion reste presque impossible à poser.

Le technicien toulousain pousse même le raisonnement plus loin : « Si je suis dans le management de l’actif de mon club, alors Antoine Dupont aussi, on doit peut-être chercher à le vendre à un moment ». Là encore, le mot important n’est pas « vendre ». C’est « actif ».

Dans le football, un club peut perdre sportivement un joueur mais récupérer une somme majeure pour reconstruire, investir ou anticiper. En Top 14, Mola estime que cette logique se heurte à un cadre trop verrouillé, notamment parce que les revenus liés aux transferts peuvent entrer en conflit avec les règles du plafond salarial.

Thomas Ramos, l’exemple qui rend le problème concret

Le cas Thomas Ramos donne du poids à la sortie de Mola. Le Stade Toulousain a officialisé, ce mardi 4 août, le départ de son arrière vers le Racing 92 à l’issue de la saison 2026-2027, d’après Ouest-France . Toulouse garde donc Ramos pour une dernière saison, puis le verra partir libre.

C’est exactement le point soulevé par Mola : « Si je suis entraîneur de foot, Thomas Ramos, il faut le vendre maintenant puisqu’on va rentrer de l’argent, ce qui ne sera pas le cas dans un an ». Dans une logique classique du marché, le club aurait pu chercher une indemnité avant la fin du contrat. Dans le cadre actuel du rugby français, cette porte est beaucoup plus étroite.

Le précédent Cheslin Kolbe revient aussi dans le débat. Son départ vers Toulon durant l’été 2021, alors qu’il lui restait du contrat à Toulouse, fait partie des exemples qui ont poussé le rugby français à encadrer plus strictement ces opérations. Mola ne conteste pas nécessairement l’objectif de la règle. Il conteste son effet : « Ça revient presque à interdire les transferts en l’occurrence ».

Le Top 14 veut protéger son équilibre, mais freine ses clubs

Le règlement vise à éviter une dérive connue : un club très riche pourrait contourner le plafond salarial en payant des indemnités plutôt qu’en modifiant directement les salaires. Sur le principe, la protection de l’équité sportive à du sens. Le problème, pour Toulouse, c’est que cette protection limite aussi la capacité d’un club formateur à capter la valeur de ses meilleurs joueurs.

Antoine Dupont rend ce débat encore plus sensé. Le Stade Toulousain rappelle dans sa fiche effectif que le joueur a alterné entre la préparation avec l’équipe de France à 7 et les matchs de Top 14 ainsi que de la Champions Cup. Ce profil-là dépasse le simple cadre d’un effectif : il pèse sportivement, médiatiquement et économiquement.

C’est pour cela que la question de Mola dérange. Elle oblige le Top 14 à regarder ce qu’il refuse encore de devenir. Un championnat qui protège ses équilibres, oui. Mais aussi un championnat où les clubs génèrent de la valeur sans toujours pouvoir la convertir en marge de manœuvre.

Le fond du message est là : Toulouse ne met pas Antoine Dupont sur le marché. Mola utilise son nom pour tester les limites du système. Et si cette question semble impossible aujourd’hui, c’est justement parce que le rugby français n’a pas encore tranché entre sa culture sportive et son économie professionnelle.

Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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