Rugby

Galthié voulait trouver une solution au poste de 15, Lamaison redoute surtout un effet domino autour de Jalibert dans l’organisation du XV de France

Par Maxime Aulne
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Le cas Matthieu Jalibert reste un sujet à part dans le XV de France. Pas seulement parce que le joueur de l’UBB partage depuis longtemps l’espace médiatique avec Romain Ntamack. Surtout parce que son utilisation raconte toujours quelque chose de plus large : sa place réelle dans la hiérarchie, son rôle possible, et la manière dont le staff veut gérer deux opérateurs de très haut niveau.

Lors du match face à l’Australie, Fabien Galthié a choisi une formule qui avait du sens sur le papier : Ntamack à l’ouverture, Jalibert à l’arrière, dans un contexte où certains cadres habituels manquaient, dont Thomas Ramos. Une solution de circonstance, donc. Mais c’est précisément là que Christophe Lamaison a mis le doigt sur le danger.

L’ancien international ne démonte pas l’idée de départ. Il reconnaît même la logique de gestion de Galthié. Son alerte porte sur la suite : si cette association s’installe, elle peut envoyer un signal difficile à contrôler.

Galthié a voulu gérer deux numéros 10 sans ouvrir un conflit frontal

Dans la lecture de Christophe Lamaison, le choix de Fabien Galthié relève d’abord du management. L’idée est simple : donner un rôle à Jalibert, permettre à Ntamack de rester en 10, et maintenir une forme de clarté dans le groupe.

Lamaison souligne d’ailleurs que Galthié a été clair avec ses joueurs. Pour lui, le sélectionneur peut se le permettre parce qu’il connaît le vestiaire, le poste et la fonction. Sa phrase est nette : « Ce n’est ni plus ni moins que du management. »

Ce point compte. Galthié n’a pas seulement déplacé un joueur sur une feuille de match. Il a tenté de résoudre un problème récurrent : comment faire cohabiter deux ouvreurs naturels sans donner l’impression que l’un des deux devient seulement une option de secours ?

Sur un match, l’idée peut s’entendre. Jalibert possède une qualité de relance, une lecture offensive et un jeu au pied qui peuvent rendre service à l’arrière. Mais entre une adaptation ponctuelle et une nouvelle étiquette, la frontière est fine.

Lamaison craint surtout le message envoyé à Jalibert

La mise en garde de Christophe Lamaison tient en une idée : Matthieu Jalibert n’est pas un numéro 15. C’est un numéro 10. Et si le staff le remplace trop souvent à l’arrière, le débat ne restera pas tactique très longtemps.

Lamaison propose une alternative plus lisible pour le prochain match face au Japon : Ntamack un mi-temps à l’ouverture, Jalibert l’autre mi-temps dans le même rôle. Cette solution évite de figer Jalibert ailleurs que sur son poste naturel.

Son avertissement est plus fort quand il parle des conséquences possibles. Selon lui, reconduire deux fois de suite cette composition pourrait alimenter l’idée que Jalibert a vocation à devenir arrière régulièrement, y compris à l’UBB. C’est le fameux effet domino : une décision prise en sélection finie par créer des questions autour du joueur, de son entourage et de son club.

Exemple concret : si Jalibert est encore aligné en 15 contre le Japon, le débat ne portera plus seulement sur la meilleure formule des Bleus. Il glissera vers une autre question, beaucoup plus sensible pour le joueur : est-il encore considéré comme un ouvreur de premier plan, ou commencer-t-on à lui chercher une autre affaire ?

C’est ce glissement que Lamaison veut éviter. Et c’est là que son expression sur le risque de « bordel » prend son sens : pas comme une polémique gratuite, mais comme l’alerte d’un ancien ouvreur sur la gestion d’un statut.

Le vrai danger pour le XV de France, c’est l’ambiguïté

Le XV de France peut tester, bricoler, adapter. Une tournée estivale sert aussi à ça, surtout quand les titulaires habituels sont absents. Mais le cas Jalibert est trop chargé pour être traité comme un simple ajustement.

Avec Ntamack, Ramos et Jalibert, Galthié manipule des équilibres très visibles. Chaque choix raconte quelque chose. Chaque repositionnement nourrit une interprétation. Et dans un groupe aussi exposé que les Bleus, l’ambiguïté peut vite coûter plus cher que l’idée tactique de départ.

Lamaison ne dit pas que Galthié s’est trompé sur un match. Il dit plutôt que cette solution ne doit pas devenir un message durable. C’est une nuance importante. Le sélectionneur a pu ouvrir une porte pour répondre à un besoin immédiat.

Mais s’il la laisse ouverte trop longtemps, Jalibert pourrait se retrouver coincé dans un rôle qui ne correspond ni à son identité de joueur de rugby, ni à l’équilibre attendu autour de l’UBB.

Au fond, ce débat dépasse le seul poste d’arrière. Il pose une question beaucoup plus simple : comment utiliser Jalibert sans le déclasser symboliquement ? C’est probablement le vrai dossier pour Galthié. Trouvez une solution, oui. Mais sans créer un problème plus grand que celui qu’il voulait régler.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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