« Il est temps d’écouter mon corps » : Romane Ménager quitte le rugby à 29 ans, et le XV de France perd bien plus qu’une troisième-ligne
Retrouvez MVZ Sports sur GoogleAjoutez notre source pour suivre nos actualités sport plus facilement
Romane Ménager arrête le rugby à seulement 29 ans, avec une phrase qui pèse plus lourd qu’un simple communiqué de retraite : « Il est temps d’écouter mon corps ».
Dans le rugby féminin français, ce départ n’a rien d’anodin. La troisième-ligne du XV de France ne quitte pas seulement Montpellier, ni une carrière déjà bien remplie. Elle laisse aussi derrière elle un profil rare, celui d’une joueuse capable de faire basculer une séquence par son impact, sa vitesse et son activité.
Le choix est d’abord personnel. Après plusieurs pépins physiques et des difficultés à récupérer à la suite de commotions, Romane Ménager a décidé de préserver sa santé. À 29 ans, l’âge où beaucoup de joueuses internationales sont encore au cœur de leur prime, la Française tourne la page du terrain.
Une décision dictée par le corps, pas par le palmarès
Romane Ménager ne part pas faute d’avoir marqué son sport. Internationale française aux 68 sélections, championne de France avec Lille en 2016 puis avec Montpellier en 2019, elle a également participé aux grands moments récents du XV de France féminin.
Son palmarès avec les Bleues raconte une joueuse installée dans le haut niveau : un Tournoi des 6 Nations remporté en 2016, puis un Grand Chelem en 2018. Mais son arrêt ne se lit pas seulement à travers les trophées.
La phrase la plus forte reste celle qu’elle a choisie pour expliquer son choix : « Il est temps d’écouter mon corps. » Elle dit tout de la frontière parfois brutale entre l’envie de revenir et ce que le corps permet encore d’encaisser.
Romane Ménager avait déjà renoncé à la dernière Coupe du monde en Angleterre. Elle envisageait ensuite de se relancer en rugby à 7, avant de choisir une autre voie après des échanges avec le corps médical.
Le XV de France perd une joueuse cadre, mais aussi un repère
Sportivement, la perte est lourde. Une troisième-ligne comme Romane Ménager ne se remplace pas seulement poste pour poste. Elle apportait une densité physique, une capacité à accélérer le jeu et une expérience précieuse dans les matchs sous tension.
Exemple concret : dans une rencontre fermée du Tournoi, une joueuse de ce profil peut changer le rythme sur deux actions. Une charge qui avance de dix mètres, un plaquage dominant, une course de soutien au bon moment. Ce sont des détails visibles pour les spécialistes, mais décisifs dans le rugby international.
Le XV de France féminin perd aussi une deuxième figure de la même génération en peu de temps, après la retraite de Marine Ménager. Voir les deux sœurs jumelles quitter la scène à quelques mois d’intervalle donne nécessairement une autre dimension à cette séquence.
Pour les Bleues, la question n’est donc pas seulement de trouver une nouvelle troisième-ligne. Il faudra reconstruire des automatismes, redistribuer du leadership et faire émerger d’autres profils capables d’assumer ce volume physique.
Une retraite qui parle aussi de santé dans le rugby
Le cas Romane Ménager touche un point sensible du rugby moderne : la place du corps, et surtout celle des commotions, dans les carrières de haut niveau. Son message ne cherche pas le spectaculaire. Il pose une limite.
La prudence s’impose ici. Il ne s’agit pas de tirer des conclusions médicales à sa place, ni de réduire sa carrière à ses blessures. Mais quand une internationale explique arrêter pour préserver sa santé après des difficultés à récupérer, le rugby doit écouter ce que cette décision raconte.
Son départ arrive à un moment où le rugby féminin continue de gagner en visibilité, en intensité et en exigences physiques. Romane Ménager le rappelle elle-même en saluant l’évolution de ce sport et l’engagement des femmes qui le font avancer chaque jour.
Cette retraite laisse donc une double image. Celle d’une joueuse majeure qui s’arrête trop tôt pour le public. Et celle d’une sportive qui a choisi de ne pas pousser plus loin quand son corps réclame autre chose que le prochain match.