Rugby

« Ils ont gagné en première instance, en appel » : Galthié défend ses deux joueurs

Par Maxime Aulne
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À 48 heures du match contre la Nouvelle-Zélande, Fabien Galthié défend publiquement Hugo Auradou et Oscar Jegou en s’appuyant sur deux victoires judiciaires successives : un non-lieu confirmé à l’unanimité en appel, malgré un recours en cassation dont la décision est attendue sous une vingtaine de jours.

Hugo Auradou et Oscar Jegou sont titulaires samedi contre les All Blacks, une titularisation que Galthié assume pleinement en conférence de presse à Christchurch. Pour les supporters du XV de France, cette décision soulève une question directe : comment un sélectionneur justifie-t-il le maintien de deux joueurs au cœur d’une affaire judiciaire toujours en cours ? Galthié répond en s’appuyant sur la jurisprudence plutôt que sur la pression médiatique une posture qu’il assume depuis janvier 2025, mais qui prend une nouvelle dimension avec la confirmation du non-lieu en appel.

« Ils ont gagné en première instance, en appel » : la défense judiciaire de Galthié

« Je ne vais pas parler de justice et de droit, mais ils ont gagné en première instance et ils ont gagné en appel. Ils sont en cassation. Ils savaient qu’ils seraient convoqués. Ça tombe en pleine fenêtre internationale, donc en pleine lumière. Il faut assumer. » Galthié prononce ces mots à Christchurch le 2 juillet 2026, à 48 heures du coup d’envoi (09h10, heure française).

La contradiction est volontaire et assumée. Le sélectionneur dit ne pas vouloir parler de droit, puis déroule un argumentaire strictement juridique. Deux victoires, deux instances, un recours en cours : il structure sa défense comme un avocat, pas comme un entraîneur.

Les faits judiciaires qu’il invoque sont réels. En décembre 2024, un non-lieu est prononcé en première instance. Le 18 février 2025, la chambre d’appel de Mendoza confirme cette décision à l’unanimité, trois magistrats estimant qu’il existe un « manque d’éléments permettant de soutenir une accusation sérieuse ». Les juges établissent le consentement de la plaignante.

Cette posture n’est pas nouvelle. Dès le 15 janvier 2025, avant même la confirmation en appel, Galthié avait rappelé les deux joueurs pour le Tournoi des Six Nations sur la seule base du non-lieu de première instance. La titularisation de samedi s’inscrit dans cette continuité.

La veille de la conférence de presse, les deux joueurs avaient comparu à distance devant la Cour suprême de Mendoza, depuis leur hôtel de Brisbane en Australie l’audience tombant pile au moment où le groupe français embarquait pour Christchurch. Jegou et Auradou ont rejoint leurs coéquipiers le lendemain matin. Galthié en est conscient. Il choisit malgré tout de les aligner.

Au-delà du droit : les performances sportives qui justifient le choix

« C’est une histoire qui les accompagne depuis deux ans. Je pense qu’ils ont passé un cap. » Galthié ne parle plus de droit : il parle de résilience sportive. Deux ans sous pression judiciaire, et les deux joueurs ont continué à performer.

Les chiffres soutiennent cette lecture. Lors du rappel de janvier 2025, Galthié avait documenté ses choix avec précision : 8 titularisations sur 9 matchs et 3 essais pour Oscar Jegou avec La Rochelle, 9 titularisations sur 12 pour Hugo Auradou avec Pau. Des données mesurables, pas des impressions.

Depuis, Jegou a confirmé. Galthié le place parmi « les trois meilleurs joueurs du Tournoi côté français ». Il les appelle « nos pépites » une formulation affective qui tranche avec la froideur du discours judiciaire, mais qui complète la même démonstration.

La défense de Galthié repose donc sur deux piliers distincts. Le premier est procédural : deux décisions de justice favorables. Le second est sportif : des performances qui justifient la sélection indépendamment de tout contexte extérieur.

Le XV de France compte 42 joueurs pour cette fenêtre internationale 33 initiaux auxquels se sont ajoutés 9 finalistes du Top 14. Auradou et Jegou ne sont pas rappelés par défaut. Ils sont titulaires.

L’affaire n’est pas terminée : cassation et recours internationaux en perspective

Galthié dit « ils sont en cassation » comme si c’était une parenthèse elle ne l’est pas. Le 1er juillet 2026, la Cour suprême provinciale de Mendoza a examiné un recours déposé par la plaignante. Ce recours ne porte pas sur les faits eux-mêmes, mais sur la procédure : enquête prétendument bâclée, expertises contestées. L’avocat argentin des joueurs estime que la cour prendra une vingtaine de jours pour analyser le dossier les magistrats disposant légalement de cinq jours ouvrés.

La plaignante, 41 ans, a révélé son identité lors de cette audience du 1er juillet. Son avocate, Natacha Romano, ne s’arrêtera pas là en cas de rejet. Elle envisage de saisir la Cour suprême de la nation à Buenos Aires, puis la Cour interaméricaine des droits de l’homme à San José, au Costa Rica.

L’avocat français des joueurs, Antoine Vey, considère que « cette affaire est définitivement jugée, à moins d’une approche irrationnelle du dossier ». Une formulation qui dit la confiance, mais qui ne dit pas la certitude.

Une autre dimension complique la lecture. La partie civile dénonce une justice « aux ordres » et pointe le lien familial entre l’avocat argentin des joueurs et l’ancien ministre de la Justice du gouvernement Milei. Cette accusation n’est pas établie judiciairement, mais elle alimente la contestation de la légitimité des décisions rendues.

Galthié s’appuie sur deux victoires judiciaires réelles. Mais ces victoires ont été obtenues dans un système dont l’indépendance est publiquement mise en cause par la partie adverse. Ce contexte ne valide pas les accusations les deux non-lieux successifs sont des décisions de droit mais il explique pourquoi l’affaire continue de faire débat au-delà des prétoires.

Une défense assumée, une affaire inachevée

Galthié choisit de faire confiance à la justice plutôt qu’à la pression médiatique. Cette posture est cohérente depuis janvier 2025, documentée, répétée. Elle reste exposée tant que la Cour suprême de Mendoza n’a pas rendu sa décision et que Buenos Aires puis San José restent des recours ouverts. Cette défense assumée place Auradou et Jegou sous les projecteurs du match contre les All Blacks : leurs performances samedi pourraient renforcer ou fragiliser la légitimité de cette prise de risque.

Si Auradou et Jegou brillent samedi, le terrain validera-t-il ce que la justice a déjà tranché deux fois ou l’affaire continuera-t-elle de suivre ces deux joueurs de rugby jusqu’à son épilogue argentin ?

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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