Rugby

« J’espère rester en position d’ouvreur » : On croyait le dossier clos : Jalibert rouvre la guerre du 10 avec Ntamack

Par Maxime Aulne
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La formule est courte, mais elle pèse lourd dans l’équilibre des Bleus : « J’espère rester en position d’ouvreur ». Matthieu Jalibert ne réclame pas publiquement un statut. Il ne transforme pas non plus le débat en bras de fer avec Romain Ntamack. Mais il rappelle une évidence sportive : son poste naturel reste le numéro 10.

C’est justement ce qui rend le sujet intéressant. Pendant la tournée estivale, Fabien Galthié a testé une solution différente en présentant Jalibert à l’arrière, avec Ntamack à l’ouverture. Une manière de garder deux créateurs sur le terrain, surtout en l’absence de cadres comme Thomas Ramos, Antoine Dupont ou Louis Bielle-Biarrey.

Sur le papier, l’idée à du sens. Sur la durée, elle ouvre une vraie question : que devient ce montage quand les titulaires habituels reviennent dans le groupe ?

Jalibert accepte le rôle, mais son repère reste le numéro 10

Matthieu Jalibert n’a pas balayé l’expérience à l’arrière. Au contraire, il a reconnu que le système du XV de France permettait de faire vivre deux animateurs, avec des permutations et une lecture différente du jeu.

Sa déclaration à l’AFP est nuancée : « Dans notre système, 10 ou 15, ça ne change pas énormément de choses. Moi, ce que je veux, c’est être sur le terrain, prendre du plaisir ». Le message est clair : Jalibert ne refuse pas de s’adapter si cela lui permet d’exister chez les Bleus du rugby.

Mais la suite remet le curseur au bon endroit. En club, avec l’UBB, son poste reste celui d’ouvreur. Il l’a lui-même formulé : « C’est là où j’ai le plus de repères et où je pense qu’ils ont le plus besoin de moi ». Puis cette phrase, la plus forte pour la suite : « Mais globalement, j’espère rester en position d’ouvreur ».

Ce n’est pas une sortie brutale. C’est plutôt une frontière posée calmement. Jalibert peut dépanner, apprendre, élargir sa palette. Mais il ne veut pas être réduit à une solution de contournement pour faire cohabiter les talents.

Ntamack-Jalibert, une association séduisante mais instable

Le tandem avec Romain Ntamack a de quoi attirer Galthié. Deux joueurs capables de distribuer, d’attaquer la ligne, de gérer les temps faibles et de lire les espaces, c’est un luxe que peu de sélections peuvent s’offrir.

Ntamack lui-a validé l’idée même après une victoire en Australie. Il a expliqué que les automatismes avaient été faciles à trouver avec Jalibert, malgré une préparation courte. Sa phrase résume bien l’ambiance : « C’est vraiment que du bonheur de jouer avec un joueur comme Matthieu ».

Sportivement, le débat ne se limite donc pas à une rivalité personnelle. Ntamack ne ferme pas la porte. Jalibert ne refuse pas le système. Galthié, lui, peut y voir une option de match, voire un plan alternatif selon l’adversaire.

Le problème, c’est l’équilibre global. Si Jalibert porte le 15, il gagne de l’espace et une deuxième lecture, mais il sort de sa zone la plus naturelle. Si Ntamack garde le 10, le Bordelais devient une pièce d’ajustement. Si Jalibert revient à l’ouverture, c’est Ntamack qui redevient directement concerné par la concurrence.

Exemple concret : sur une feuille de match en novembre, si Thomas Ramos retrouve le poste d’arrière, Galthié ne peut plus simplement décaler Jalibert en 15 pour faire entrer tout le monde. Il doit choisir un ouvreur titulaire, puis décider si l’autre entre dans une rotation, un banc en 6-2, ou un rôle hybride plus risqué.

Le retour de Ramos peut refermer la fenêtre à l’arrière

La tournée estivale a permis des essais parce que plusieurs cadres étaient absents. C’est souvent dans ces moments-là qu’un sélectionneur teste des combinaisons qu’il n’oserait pas nécessairement installer en période de pleine concurrence.

Avec Thomas Ramos disponible, le changement logique. L’arrière toulousain offre déjà une forte présence au pied, une vraie qualité de relance et une connexion ancienne avec Ntamack. Son retour potentiel ne règle pas le débat Jalibert-Ntamack : il le rend même plus frontal.

Galthié peut garder l’idée d’un Jalibert arrière comme variation ponctuelle. Mais si Ramos reprend son couloir naturel, la place de Jalibert se rediscute d’abord à l’ouverture. Et là, la citation du joueur de l’UBB prend tout son poids.

Il ne dit pas seulement qu’il aime jouer 10. Il dit qu’il s’y a envoyé le plus utile et le plus armé. Pour un sélectionneur, ce type de phrase compte, parce qu’elle révèle aussi la manière dont un joueur se projette dans son rendement maximal.

Le casse-tête n’est donc pas artificiel. Il tient à trois niveaux : la forme de Ntamack, le statut de Jalibert à son meilleur poste, et la présence de Ramos comme arrière de métier. Tant que ces trois éléments cohabitent, le XV de France devra arbitrer entre l’équilibre collectif et l’envie de garder tous ses créateurs sur la pelouse.

La phrase de Jalibert ne tranche pas le débat. Elle le rend tout simplement impossible à ignorer.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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