« La France est parfois meilleure avec Lucu » : Les Anglais ont trouvé le sujet qui fâche le rugby français
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Le débat semble presque interdit en France : Antoine Dupont reste au-dessus de tout le monde, mais Maxime Lucu pose une question plus inconfortable, celle de l’équilibre réel du XV de France.
Il y a des sujets que le rugby français préfère éviter. Toucher au statut d’Antoine Dupont en fait partie. Pourtant, de l’autre côté de la Manche, deux anciens internationaux anglais ont mis les pieds dans le plat en s’interrogeant sur la place de Maxime Lucu dans les plans de Fabien Galthié.
Le fond du débat n’est pas de savoir si Lucu est un meilleur joueur que Dupont. Même Ben Youngs ne va pas jusque-là. La vraie question est plus fine, donc plus dérangeante : le XV de France peut-il parfois mieux fonctionner avec une charnière Lucu-Jalibert qu’avec le retour automatique de Dupont au poste de numéro 9 ?
Le paradoxe Dupont-Lucu que les Anglais assument de poser
Antoine Dupont était forfait pour la tournée estivale de fin de saison, avec des rendez-vous face à la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Japon. Pendant cette absence, Maxime Lucu a pris de l’épaisseur avec les Bleus, associé à son coéquipier de l’UBB Matthieu Jalibert.
Ce duo n’a pas seulement dépanné. Il a aussi relancé une vieille idée du rugby : une charnière, ce n’est pas deux talents posés côte à côte, c’est un mécanisme. La demi de mêlée donne le tempo, l’ouvreur choisit les zones, et la relation entre les deux impacts parfois autant que le niveau individuel de chacun.
Anthony Watson résume le malaise avec une question très directe : « Fabien Galthié va devoir prendre une décision monumentale concernant le poste de numéro 9. Qui faire jouer en demi de mêlée ? Comment remettre Dupont dans l’équipe ? » La formulation est brutale, parce qu’elle inverse le réflexe habituel. En France, sur demande plutôt comment construire autour de Dupont. Là, le débat devient : comment le réintégrer sans casser ce qui marche ?
Lucu-Jalibert, une charnière moins spectaculaire mais plus lisible ?
Ben Youngs pousse l’analyse plus loin. L’ancienne demi de mêlée anglaise ne nie pas la supériorité individuelle de Dupont. Il insiste surtout sur ce que Lucu apporte à Jalibert : une forme de stabilité, de distribution et de continuité qui peut donner plus de ballons propres à l’ouvreur bordelais.
Sa position est claire : « Pour moi, c’est soit une charnière Dupont-Ntamack soit une charnière Lucu-Jalibert. Je ne vois pas l’intérêt de les séparer. » Derrière cette phrase, il y a une idée simple. Dupont et Ntamack ont des repères communs, comme Lucu et Jalibert. Mélanger les duos peut offrir plus de talent sur le papier, mais moins d’automatismes dans les moments où tout se joue vite.
Le cas concret est facile à imaginer. Si Fabien Galthié veut un XV de France qui joue plus au large, avec Jalibert très sollicité et une animation tournée vers la vitesse de passe, Lucu devient un relais naturel. Il connaît les parcours, les préférences et les zones de confort de son ouvreur. Si le plan consiste plutôt à créer du désordre autour du ruck, à menacer la ligne tout seul et à transformer une action fermée en occasion, Dupont reste l’arme la plus dangereuse.
C’est là que le sujet devient vraiment intéressant. Lucu ne gagne pas le débat en étant plus brillant que Dupont. Il l’ouvre parce qu’il peut rendre un certain projet de jeu plus cohérent.
Fabien Galthié face à un choix de rugby, pas seulement de noms
La phrase la plus explosive vient de Ben Youngs : « Personnellement je trouve que la France est parfois meilleure avec Lucu. En fait, individuellement Dupont est meilleur mais collectivement, pour le besoin de l’équipe, c’est Lucu qui l’emporte. » Dans un pays où Dupont est souvent traité comme une évidence absolue, le propos ne peut que faire réagir.
Pour autant, ce n’est pas une attaque contre le capitaine français. C’est une lecture tactique. Dupont reste le joueur capable de changer un match sans prévention. Lucu, lui, représente une autre promesse : celle d’un cadre plus ordonné, d’une charnière déjà installée, d’un jeu présent plus fluide pour Jalibert.
Le corpus récent autour de Lucu ajoute un détail utile : son rôle avec les Bleus ne se limite plus à celui d’un remplaçant discret. Entre la tournée estivale, son association avec Jalibert et l’attention venue d’Angleterre, il est devenu un véritable point de discussion dans la hiérarchie française. Pas forcément pour prendre la place de Dupont. Mais assez pour empêcher un retour sans débat.
Fabien Galthié n’a donc pas seulement à choisir son meilleur numéro 9. Il doit choisir le rugby qu’il veut installer. Une France construite autour de la capacité unique de Dupont à casser les défenses. Ou une France parfois plus structurée autour du duo Lucu-Jalibert. Le sujet est fâche, justement parce qu’il n’a pas de réponse confortable.