À 32 ans, Baptiste Chouzenoux met un terme à sa carrière de rugbyman professionnel après des commotions cérébrales répétées qui ont finalement imposé l’arrêt que son corps ne pouvait plus supporter.
Le troisième ligne de l’Aviron Bayonnais avait un contrat valide jusqu’en juin 2027, mais son cerveau a dit non.
« Peut-être qu’elle s’imposera un jour à moi » : quand la commotion force la main
La phrase sonnait comme une prémonition. Fin 2025, Baptiste Chouzenoux déclinait une proposition de reconversion comme entraîneur de la touche à l’Aviron Bayonnais. Sa réponse, rapportée par Sud Ouest le 3 juin 2026, résume tout : « Je n’ai pas l’impression d’être au bout de ma carrière de joueur. J’aurais mal vécu de prendre la décision d’arrêter. Peut-être qu’elle s’imposera un jour à moi. »
Elle s’est imposée. Brutalement.
Cette saison, le troisième ligne de 2,02 m et 107 kg n’a disputé que 7 matchs (Sud Ouest, 3 juin 2026) avant que les commotions ne referment définitivement la porte. Un contrat valide jusqu’en juin 2027 attend dans un tiroir. Il ne servira pas.
La dimension symbolique est cruelle. Chouzenoux avait quitté le Racing 92 en 2024 après sept ans à Paris pour retrouver l’Aviron Bayonnais, son club formateur, ses racines à Villefranque. Un retour aux sources pensé comme une conclusion heureuse. Il s’est transformé en épilogue médical.
Deux commotions de trop : la chronologie d’une carrière qui s’effondre
Tout commence lors du barrage de la saison 2024-2025. Chouzenoux reçoit une commotion face à Clermont. Conséquence directe : il manque la demi-finale de l’Aviron Bayonnais contre Toulouse, perdue 25-32 (Sud Ouest, 3 juin 2026). Un match de sa vie, regardé depuis les tribunes.
Il revient. Il essaie. Mais le 18 avril 2026, lors du derby Bayonne-Pau une défaite 22-54 (Sud Ouest, 3 juin 2026) , une nouvelle commotion le foudroie. Cette fois, le corps ne récupère pas comme avant.
C’est l’accumulation qui tue les carrières, pas le choc isolé. Chaque commotion fragilise un peu plus le terrain neurologique. Et Chouzenoux, qui avait traversé douze ans de rugby professionnel entre l’Aviron (2014-2017) et le Racing 92 (2017-2024), avait accumulé bien des chocs avant ces deux épisodes majeurs.
Fin 2025, quand le club lui propose de basculer vers le staff technique, il refuse. Il veut jouer. Cette obstination n’est pas de l’inconscience c’est l’identité d’un joueur qui n’a connu que ça.
Quand le cerveau ne peut plus encaisser : ce que dit la science
Pourquoi la décision devient-elle inévitable ? David Brauge, neurochirurgien et médecin expert auprès de la FFR et de World Rugby, l’explique sans ambiguïté : « Quand les symptômes persistent malgré plusieurs semaines ou mois de repos et de traitement, on sait que le cerveau n’est plus apte à encaisser les contraintes d’un sport de contact » (ici.fr, 5 janvier 2026).
Ce n’est pas une question de courage. C’est neurologique.
Brauge décrit un phénomène documenté chez les joueurs à commotions répétées : « Chez certains joueurs, les commotions surviennent pour des impacts de plus en plus faibles. On observe une baisse du seuil de tolérance aux chocs. » Le cerveau devient progressivement moins résistant à chaque nouvel épisode.
Le témoignage d’Ilian Perraux, ancien joueur de Biarritz contraint d’arrêter après 18 commotions, illustre ce que cette trajectoire laisse derrière elle. « Mon cerveau coupait le courant plus rapidement qu’avant », confie-t-il à Rugbyrama (1er octobre 2025). Les séquelles, elles, restent : « J’ai pas mal de symptômes persistants : les maux de tête, l’irritabilité, la vision avec le soleil, les gênes avec le bruit. »
La France a mis en place un protocole de réévaluation des joueurs commotionnés par un spécialiste indépendant dans les jours suivant le choc (ici.fr, 5 janvier 2026). Ce protocole existe précisément pour éviter que la pression du match, du contrat ou de l’identité sportive ne l’emporte sur la réalité médicale. Dans le cas de Chouzenoux, il a fonctionné même si la conclusion est douloureuse.
Baptiste Chouzenoux n’a pas choisi d’arrêter : son cerveau a choisi pour lui, et la science a confirmé que cette décision était la seule possible. Son cas pose une question que le rugby professionnel ne peut plus esquiver : jusqu’où laisser un joueur décider seul face à la réalité neurologique ? Il quitte l’Aviron Bayonnais en même temps que onze autres joueurs (Sud Ouest, 3 juin 2026), mais lui ne partira pas vers un autre club. Il partira vers une autre vie, à 32 ans, avec un contrat d’un an encore en poche.
Chouzenoux avait un an de contrat devant lui et un cerveau qui ne pouvait plus encaisser. Auriez-vous accepté d’arrêter ?