Rugby

Non-lieu contesté : la justice argentine réexamine le dossier Jegou-Auradou

Par Maxime Aulne
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La Cour suprême provinciale de Mendoza réexamine mercredi 1er juillet l’affaire Jegou-Auradou via un recours en cassation déposé par la plaignante, maintenant les deux rugbymen français dans l’incertitude judiciaire malgré deux non-lieux successifs. L’audience se tient à 9h heure locale (13h en France), en visioconférence, devant trois juges.

Après avoir obtenu deux non-lieux en décembre 2024 puis en appel le 18 février 2025 Oscar Jegou et Hugo Auradou font face à un nouveau rebondissement judiciaire en Argentine. Pour les deux joueurs du XV de France, c’est une relance de l’incertitude juridique alors que leur avocat français la considérait définitivement classée. Mais ce recours en cassation ne fonctionne pas comme une réouverture d’enquête : il s’agit d’une contestation procédurale aux contours précis et limités, qui laisse ouvert un horizon de recours jusqu’à la Cour interaméricaine des droits de l’Homme.

Qu’est-ce qu’un recours en cassation en droit argentin ? Pourquoi le non-lieu n’est pas définitif

En droit argentin, le recours en cassation ne réexamine pas les faits : les trois juges vérifient uniquement si la procédure ayant conduit aux deux non-lieux respectait les règles.

La plaignante, âgée de 39 ans, ne demande pas à la Cour de décider si Jegou et Auradou sont coupables. Elle lui demande de constater que l’enquête a été bâclée et que les expertises ont été conduites de manière irrégulière.

La chronologie du dossier est édifiante. Inculpation pour viol aggravé en réunion en juillet 2024. Non-lieu de première instance en décembre 2024. Confirmation de ce non-lieu à l’unanimité par la chambre d’appel le 18 février 2025, les magistrats invoquant un « manque d’éléments permettant de soutenir une accusation sérieuse ». Puis recours en cassation, déposé par la partie civile, qui aboutit à cette audience du 1er juillet 2026.

498 jours se sont écoulés depuis ce dernier grand volet judiciaire. L’affaire n’est toujours pas close.

La plaignante maintient sa contestation : « justice, c’est qu’ils soient tous les deux condamnés »

Me Natacha Romano, avocate de la partie civile, est sans ambiguïté : « La justice, c’est qu’ils soient tous les deux condamnés. » Elle réclame que « le non-lieu soit révoqué et que la procédure soit réexaminée ».

Sa stratégie est cohérente depuis le début. Dès le 10 décembre 2024, soit le lendemain du premier non-lieu, elle faisait appel. Elle avait tenté, sans succès, de faire récuser les deux coprocureurs, puis la juge chargée du dossier. Chaque étape a été contestée.

Son argument central pour ce recours en cassation : l’enquête a été menée de manière précipitée et les expertises présentent des failles. Elle pointe notamment « une précipitation étonnante pour ordonner l’assignation à résidence et le retour en France en un temps record », quand cette audience n’est fixée que près de deux ans après les faits.

Il y a aussi une dimension politique que Me Romano n’a jamais cessé de soulever. L’avocat argentin de Jegou et Auradou, Me Rafael Cuneo Libarona, est le frère de Mariano Cúneo Libarona, ancien ministre de la Justice du gouvernement Milei, qui a quitté ses fonctions en mars 2026. La partie civile a dénoncé une justice « aux ordres ». Ce lien familial n’établit aucune irrégularité en soi Mariano Cúneo Libarona avait d’ailleurs quitté le ministère en mars 2026 mais il a alimenté, tout au long de la procédure, une suspicion sur l’indépendance de la justice mendozine.

Après la cassation : trois niveaux de recours possibles jusqu’à la Cour interaméricaine

Me Antoine Vey, avocat français des deux joueurs, affiche une sérénité de façade. Pour lui, « cette affaire est définitivement jugée, à moins d’une approche irrationnelle du dossier. »

Et le droit argentin confirme cette réalité. Si la Cour suprême provinciale de Mendoza accueille le recours en cassation, l’affaire repart. Si elle le rejette, la partie civile peut saisir la Cour suprême nationale à Buenos Aires. Si cette dernière confirme le rejet, il reste encore la Cour interaméricaine des droits de l’Homme, au Costa Rica. Me Romano a déjà annoncé publiquement qu’elle envisageait chacun de ces recours en cas d’échec.

Trois degrés supplémentaires, soit potentiellement plusieurs années d’incertitude supplémentaires.

Fabien Galthié avait réintégré les deux joueurs dès le 15 janvier 2025, les qualifiant d’« innocents » et de « sélectionnables » au regard du non-lieu. Cette décision sportive, prise avant que la procédure soit épuisée, reste suspendue à l’issue judiciaire. La procédure judiciaire argentine n’est pas terminée. Elle ne le sera peut-être pas avant longtemps.

Une incertitude qui se prolonge

Mercredi 1er juillet, la Cour suprême provinciale ne jugera pas la culpabilité ou l’innocence de ces deux joueurs de rugby, mais seulement si la procédure qui a mené aux non-lieux a respecté les règles. C’est un périmètre étroit mais suffisant pour relancer une machine judiciaire que tout le monde, côté français, voulait éteindre. Quoi qu’il advienne, cette audience prolonge l’incertitude pour Jegou et Auradou : même une victoire en cassation ne fermera pas définitivement la porte à d’autres recours.

Pour Jegou et Auradou, la question n’est plus seulement judiciaire : chaque audience argentine se répercute désormais directement sur leur avenir en sélection.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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