« On les a sentis douter » : le XV de France à deux points de l’exploit face aux All Blacks
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Quand un XV de France « primevère » fait trembler l’ogre celte du Pacifique sur ses propres terres. Ce samedi 4 juillet 2026, à Christchurch, l’ouverture du tout nouveau Championnat des nations a offert un immense frisson au rugby mondial.
Battus d’un souffle (34-32) par des All Blacks entrés dans l’ère Dave Rennie, les Bleus de Fabien Galthié pourtant privés de la quasi-totalité de leurs cadres ont réussi l’exploit d’ébranler les certitudes néo-zélandaises. Porté par un Damian Penaud historique et un double bonus arraché de haute lutte, ce groupe profondément remanié s’est offert bien plus qu’une défaite encourageante : il a envoyé un message fort à quinze mois de la Coupe du monde 2027.
Le rugby mondial entame sa révolution en cet été 2026 avec le lancement officiel du Championnat des nations. Pour son premier grand test, le XV de France se présentait dans le bastion de Christchurch avec d’immenses doutes, liée à un calendrier national asphyxiant. Pourtant, au terme d’un match fou à l’haleine coupée, ce sont bien les Néo-Zélandais qui ont poussé un immense soupir de soulagement au coup de sifflet final. Face à des All Blacks bousculés dans leurs rucks, la France a prouvé que son réservoir de talents possédait une profondeur effrayante.
« On les a senti douter » : commente la France a mis les All Blacks en difficulté
Fabien Galthié n’a pas mâché ses mots après le coup de sifflet final. « Les All Blacks ont eu très chaud aux fesses. Dans deux-trois rucks ça a bien tapé, sur les a senti douter. On les a regardé droit dans les yeux. Ils n’étaient pas si bien que ça. » Ce n’est pas de la bravade post-défaite : c’est une lecture tactique confirmée par les faits du match.
Dès la 2e minute, l’ouvreur néo-zélandais Ruben Love prend un carton jaune. La France joue en supériorité numérique d’entrée. Damian Penaud en profite immédiatement : à 1 minute et 24 secondes, il inscrit son 41e essai international lors de sa 60e sélection, devenant le meilleur marqueur de l’histoire du XV de France, devant Serge Blanco et ses 38 essais. Le ton est donné.
Le moment le plus révélateur arrive à la 54e minute. Brau-Boirie pense avoir marqué. L’essai est refusé à la vidéo pour un en-avant millimétrique. Puis, à la 55e, rebelote : un deuxième essai du même joueur est annulé. Dans l’en-but, les All Blacks s’énervent. Galthié l’a vu. Cet agacement n’est pas anodin chez une équipe habituée à dominer sans trembler.
Matthieu Jalibert, lui, a attendu la 78e minute pour planter son essai et ramener les Bleus à deux points. Trop tard, mais assez pour prouver que la France n’a jamais lâché. Maxime Lucu, capitaine du jour, abonde dans le même sens : « On les a regardés droit dans les yeux. Ils n’étaient pas si bien que ça. »
Ce rapport psychologique ne sort pas de nulle part : la France avait enchaîné trois victoires consécutives contre les All Blacks en 2021, 2023 et 2024 , toutes au Stade de France. Les Néo-Zélandais savent désormais que les Bleus peuvent les battre. Même à Christchurch, ça laisse des traces.
Deux équipes en reconstruction : pourquoi la France a failli réussir l’exploit
Galthié l’a dit clairement avant le match : « On arrive avec une équipe qui n’est pas l’équipe de France. » Antoine Dupont forfait, Romain Ntamack absent, Grégory Alldritt blessé, Louis Bielle-Biarrey mis au repos, Thomas Ramos indisponible. La finale du Top 14 s’est disputée quelques jours plus tôt a vidé le vestiaire de son premier cercle. Seulement quatre entraînements de préparation avant de débarquer en Nouvelle-Zélande.
Dans ces conditions, tenir à deux points des All Blacks relève de la performance, pas du hasard.
Les All Blacks n’étaient pas non plus au sommet de leur art. Dave Rennie, successeur de Scott Robertson depuis mars 2026, dirigerait son premier test-match officiel. Face à Jalibert, Ruben Love 23 ans, sans expérience de titulaire en test était aligné à l’ouverture. Beauden Barrett, 145 sélections, avait été écarté.
Deux équipes en chantier, donc. Mais l’une d’elles jouait à domicile, avec ses repères, son public, sa tradition. Et l’autre a quand même failli l’emporter.
Les All Blacks ont finalement inscrit cinq essais contre quatre pour la France Penaud, Hastoy, Attissogbe (deux fois) et Jalibert. La différence s’est jouée dans les détails : un en-avant millimétrique, deux essais refusés, deux points de trop.
Un double bonus et une leçon pour la Coupe du monde 2027
La France part de Christchurch avec un double bonus : offensif (quatre essais marqués) et défensif (défait par moins de huit points). Ce sont des points concrets au classement du Championnat des nations, et c’est loin d’être négligeable. Les prochains rendez-vous sont l’Australie le 11 juillet et le Japon le 18 juillet.
Mais derrière les points de classement, il y a une réalité statistique qui donne la mesure de ce qui s’est joué. La France n’a plus gagné en Nouvelle-Zélande depuis le 13 juin 2009, à Dunedin (27-22). C’est la 13e défaite consécutive des Bleus sur ce sol. Dix-sept ans de disette. Une victoire à Christchurch aurait été un événement majeur de l’histoire du rugby français.
Le bilan global entre les deux nations depuis 1906 parle de lui-même : 48 victoires néo-zélandaises pour 15 françaises. Sur les 20 derniers matchs, la Nouvelle-Zélande s’est imposée 17 fois. Arriver à deux points de la victoire dans ce contexte, avec cette équipe remaniée, ce n’est pas rien.
La Coupe du monde 2027 se jouera en Australie, dans quinze mois. Ce Championnat des nations est un cycle de préparation directe. Chaque match contre une nation du top mondial est un test grandeur nature.
Deux points de défaite, quatre essais marqués, un double bonus arraché : le XV de France, même amputé de ses meilleurs joueurs, a fait douter les All Blacks dans leurs propres rucks. Avant la Coupe du monde 2027, c’est une donnée que les adversaires de la France ne pourront pas ignorer.
La question reste entière : avec Dupont, Ntamack et Alldritt, la France peut-elle viser le titre en 2027 ?