Quatre titres d’affilée : les Lionnes du Stade bordelais écrivent l’histoire
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Au stade Aguiléra de Biarritz, samedi 28 juin, Bordeaux a scellé son quatrième bouclier d’affilée en écrasant Romagnat 22-10.
Comment une équipe fondée en 2006 avec 32 licenciées devient-elle une véritable dynastie ? Parce que ce quadruplé n’est pas une évidence c’est le fruit d’une résilience collective et d’une structure qui survit aux bouleversements.
Bordeaux écrase Romagnat et scelle son quadruplé : trois essais pour la domination
La finale n’a jamais vraiment été en suspens. Bordeaux a contrôlé les débats pendant l’essentiel de la rencontre, construire son avantage avec méthode et autorité.
Trois essais bordelais ont ponctué cette démonstration : Axelle Berthoumieu, Morgane Bourgeois, puis Oihana Tomé-Belmonte à la 73e minute, pour sceller définitivement le score à 22-10. Ce dernier essai est celui de la délivrance celui qui efface les derniers doutes quand Romagnat, réduit à quatorze après le carton jaune infligé à Marie Ibañez à la 60e minute, tente de revenir dans le match.
Car il y a eu un frisson. Malgré l’infériorité numérique, les Clermontoises ont existé. Mais Bordeaux a tenu. Soixante-dix minutes de domination, un écart jamais vraiment menacé, et un bouclier qui rentre à la maison pour la quatrième fois de suite.
L’adversaire battu n’était pas un faire-valoir. L’ASM Romagnat est un club historique du rugby féminin français, fondé en 1974, triple championne de France (1994, 1995, 2021). Cette saison, les Clermontoises avaient terminé les premières de la phase régulière, invaincues à l’extérieur. Battre Romagnat en finale, c’est battre la meilleure équipe de la saison régulière sur son meilleur terrain : la régularité.
Une dynastie sans précédent : comment Bordeaux a renversé l’ordre établi
Bordeaux n’était que troisième de la phase régulière 2025-2026, derrière Romagnat et le Stade Toulousain. Les Clermontoises avaient battu les Lionnes deux fois en saison régulière. Sur le papier, Bordeaux n’était pas la meilleure équipe de France à l’entame des phases finales.
En demi-finale, les Lionnes ont renversé le Stade Toulousain 27-25 à Ernest-Wallon, après avoir compté neuf points de retard à un quart d’heure du terme, dans le stade adverse. Ce genre de renversement ne s’improvise pas il se construit dans une culture de groupe qui refuse de considérer la défaite comme une option.
C’est exactement ce que résume Fabrice Nivard, manager des Lionnes : « C’est cette capacité, quelle que soit la situation, d’aller chercher des ressources pour l’emporter. Alors que c’est humain de lâcher de temps en temps, ces filles-là ne lâchent jamais rien, c’est fou. »
Ce quadruplé est une première dans l’ère moderne du championnat d’Élite 1 féminine (2023, 2024, 2025, 2026). Le seul précédent comparable de titres consécutifs dans le rugby féminin français remonterait au Toulouse Fémina Sports, club aujourd’hui disparu, crédité de six titres de rang dans les années 1970. Bordeaux n’a donc pas d’équivalent vivant. Aucune équipe en activité n’a réalisé ce que les Lionnes viennent d’accomplir.
Et le faire en partant de la troisième place, après deux défaites contre le futur finaliste en saison régulière, c’est ce qui transforme une domination en dynastie.
Au-delà des individualités : comment une structure pérenne fabrique une dynastie
« De titre en titre, le groupe se nourrit de ça, le club se structure, le recrutement est millimétré et dans les discours, c’est assumé d’aller chercher un bouclier chaque année. » Fabrice Nivard décrit une organisation qui a décidé de gagner et qui s’en donne les moyens.
Ce qui rend cette phrase encore plus forte : Nivard n’était pas censé être là. En cours de saison, l’entraîneur François Ratier a quitté le Stade bordelais pour rejoindre le XV de France féminin. Un départ en pleine saison, potentiellement dévastateur pour un groupe en construction. Nivard a pris sa succession. Le titre à suivi.
Ce n’est pas un détail. C’est la preuve que la dynastie bordelaise ne repose pas sur un homme providentiel. Elle repose sur un projet.
Ce projet a une histoire courte mais dense. La section féminine du Stade bordelais naît en 2006 avec 32 licenciées. Élite 2 en 2008. Élite 1 en 2017-2018. Premier bouclier en 2023. Vingt ans à peine d’existence, et quatre titres consécutifs au compteur.
Cette saison se referme également sur un départ annoncé : Agathe Gérin, capitaine des Lionnes, mettrait un terme à sa carrière sportive. Une page se tourne. Mais dans un club où la structure première sur les individualités, une retraite n’est pas une fissure c’est une transition.
Le quadruplé bordelais n’est pas une domination écrasante c’est une domination construite, résiliente, structurellement pérenne. Bordeaux a répondu à chaque adversaire de la même façon : en refusant de lâcher, même quand tout semblait perdu.
Combien de titres de plus faudra-t-il à Bordeaux pour égaler les six de Toulouse Fémina Sports et surtout, qui aura le courage de les en empêcher ?