« Regarder le match, c’est toujours délicat » : le stress d’un père avant la finale pour Émile Ntamack
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Avant la finale du Top 14 ce samedi, Émile Ntamack avoue l’appréhension qui le saisit quand ses deux fils foulent le terrain : une épreuve émotionnelle que même ses années de champion ne lui ont pas appris à maîtriser. « Regarder le match, c’est toujours un petit peu délicat », lâche-t-il simplement.
Le Stade Toulousain affronte Montpellier ce samedi 26 juin au Stade de France pour la finale du Top 14 2026, avec Romain et Théo Ntamack dans les rangs. Pour tout parent qui a regardé son enfant jouer un match important, cette finale résonne comme un miroir. Émile Ntamack, lui, a vécu les finales de l’intérieur en tant que sextuple champion et il dit que regarder depuis les tribunes est bien plus difficile.
« Tu subis en fait » : le stress d’un père qui ne peut rien contrôler
Quarante-six sélections en équipe de France. Six titres de champion de France. Deux Coupes d’Europe. Émile Ntamack a tout gagné en tant que joueur avec le Stade Toulousain. Il a disputé plusieurs finales de championnat, sans jamais y inscrire d’essai, mais en connaissant chaque centimètre de cette pression-là.
Aujourd’hui, il est dans les tribunes.
« Tu essayes d’évacuer mais tu t’inquiètes pour tout et pour rien. Tu subis en fait car tu ne peux rien faire du tout. » L’homme qui a tenu des finales sous pression depuis le terrain avoue que le rôle de père-spectateur le dépasse. Le contrôle qu’il avait en tant que joueur a disparu. Il ne reste que l’attente.
Cette saison a ajouté une couche d’inquiétude supplémentaire. Romain Ntamack a traversé une longue période de blessures cette saison. Le voir revenir pour les phases finales a forcément mêlé soulagement et vigilance dans les tribunes. Chaque contact, chaque chute prend une autre dimension quand on a vu son enfant sur une civière.
Émile Ntamack reconnaît les contraintes que le haut niveau impose aux familles. « Ce sont des contraintes et il faut faire des aménagements qui ne sont pas toujours faciles. Il y a tellement de choses autour qui font qu’à un moment, on rentre heureux ou moins bien. » Pendant quatre-vingts minutes, quoi qu’il arrive, un père reste impuissant.
L’essai de 2023 : quand le père revit la finale depuis les tribunes
Le 18 juin 2023, finale du Top 14 face à La Rochelle. Toulouse est menée. Les minutes s’égrènent. Romain Ntamack note une touche sur pénalité.
Son père, dans les tribunes, envoya le titre lui échapper.
« C’est une dramaturgie terrible au niveau de l’émotion. Tu n’en reviens pas. Il ne trouve pas la touche sur une pénalité, tu te dis : Aïe, aïe, aïe, il ne reste pas beaucoup de temps. Mais c’est ça aussi la petite étoile les champions, ceux qui vont chercher un truc. »
Partie Puis Romain. Soixante mètres. Seul. Il aplatit. Toulouse remporte le titre.
Émile Ntamack a avoué avoir essayé de se réveiller pour vérifier que c’était réel lui, six fois champion. Un champion, six fois titré, qui se pince pour croire à ce qu’il voit. Quand c’est votre fils qui court, ce n’est plus du rugby.
Ce soir de juin 2023 avait une résonance particulière. Deux ans plus tôt, en 2021, Romain et Émile avaient vécu ensemble le sacre en Champions Cup Émile en tant que directeur sportif du club, Romain sur le terrain. Une première dans l’histoire du rugby européen. Mais cette finale 2023, vécue depuis les gradins, Émile Ntamack l’a peut-être ressentie plus fort que n’importe quel titre personnel. « La finale, c’est la récompense du travail de toute l’année », dit-il. Quand ce travail est celui de votre enfant, la récompense prend une saveur différente.
Entre fierté et inquiétude : le prix de la paternité en haut niveau
Le stress n’est pas toute l’histoire. Émile Ntamack le dit clairement : « Je les vois heureux de vivre le rugby comme ils le font, épanouis sur la forme et les résultats. Quand tu vois tes enfants heureux, on ne peut qu’être heureux à travers eux. »
Pas un père rongé par l’angoisse : un homme qui navigue entre l’inquiétude du parent et la fierté de voir ses fils s’épanouir. Les deux coexistent.
Après la finale 2023, il avait lâché cette phrase qui dit tout sur ce mélange : « C’est une fête des pères, je prends. Il ya déjà eu le petit frère qui a ramené le bouclier des espoirs la semaine dernière. Et là ce soir, c’est Romain. On ne se laisse pas de voir nos enfants heureux. »
Théo, troisième ligne, est lui aussi dans le groupe pour cette finale 2026. Deux fils sur le même terrain, pour le même titre. Toulouse vise un quatrième Bouclier de Brennus successivement , inédit dans l’ère professionnelle, et n’a plus perdu de finale depuis 2006. Ces statistiques ne pas calmement les battements de cœur dans les tribunes.
« On a la chance d’en avoir beaucoup », dit-il en parlant des souvenirs de finales. Beaucoup de finales, beaucoup de titres. Et désormais, beaucoup d’émotions à vivre depuis les gradins, sans pouvoir rien changer au cours des choses.
Samedi soir, Émile Ntamack vivra une nouvelle fois cette épreuve : regarder ses fils jouer une finale sans pouvoir rien y faire. Lui qui a tout gagné en tant que joueur le sait mieux que quiconque certaines émotions ne s’apprennent pas sur un terrain.