Rugby

« Un OVNI va débouler au dernier moment » : Ntamack n’a peut-être pas encore verrouillé le 10 du XV de France

Par Maxime Aulne
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Romain Ntamack garde une longueur d’avance dans l’imaginaire collectif, mais Christophe Lamaison rappelle une chose simple : à plus d’un an du Mondial 2027, le numéro 10 des Bleus n’est pas encore une propriété privée.

La formule claque parce qu’elle évite le débat trop confortable. Pour Christophe Lamaison, ancien international français, le XV de France est encore trop loin de la Coupe du monde 2027 pour désigner dès maintenant son ouvreur titulaire. Ntamack a le statut, l’expérience et le vécu bleu. Mais la hiérarchie n’est pas figée.

Le sujet revient avec plus de poids depuis la victoire française contre l’Australie, 42-26, dans le championnat des nations. Fabien Galthié avait alors choisi une configuration mentionnée de près : Romain Ntamack en numéro 10, Matthieu Jalibert en numéro 15. Une association qui pouvait faire débat, mais qui a aussi ouvert une piste très concrète pour la suite.

Et c’est là que la phrase de Lamaison prend son intérêt. Il ne dit pas que Ntamack est menacé demain matin. Il dit surtout que le staff français dispose de plusieurs profils, et qu’un dernier invité peut toujours surgir avant un Mondial.

Ntamack garde du poids, mais le débat existe vraiment

Romain Ntamack n’est pas un candidat comme les autres. Il connaît le système de Fabien Galthié, il a déjà porté le jeu des Bleus, et son profil d’ouvreur complet colle à l’idée d’une équipe qui veut contrôler sans s’éteindre. Dans une projection Coupe du monde, il reste naturellement l’un des noms les plus solides.

Mais la victoire contre l’Australie montre aussi que le XV de France ne raisonne pas seulement en titulaires fixes. Le choix Ntamack en 10 et Jalibert en 15 a créé une forme de laboratoire grandeur nature. Pas parfait par principe, pas définitivement non plus, mais suffisamment intéressant pour exister dans la discussion.

Christophe Lamaison a surtout insisté sur l’attitude des deux joueurs. Il a salué l’acceptation de Jalibert, capable de laisser le poste de numéro 10 tout en restant dans l’équation. Sa phrase est nette : « J’ai trouvé qu’il a fait un joli pied de nez à tout ça ». Dans un débat souvent résumé à une opposition Ntamack-Jalibert, ce détail compte.

Le corpus autour de cette rencontre va dans le même sens : l’association entre les deux joueurs a été très scrutée, avec l’idée qu’elle mérite d’être revue. Ce n’est pas un enterrement du débat. C’est plutôt l’inverse : le staff a maintenant une option de plus à tester, ajuster, ou abandonner selon les matchs.

Jalibert et Ramos empêchent de fermer la porte trop tôt

Le dossier ne se limite pas à Ntamack. Matthieu Jalibert reste un ouvreur de métier, capable d’accélérer, de jouer dans le désordre et de casser une défense par l’instinct. Même utilisé en 15, il ne sort pas vraiment de la bataille du 10. Il change seulement de place sur l’échiquier.

Lamaison refuse d’ailleurs de réduire le sujet à un choix binaire. Il rappelle que Thomas Ramos a lui aussi porté ce numéro 10. Cette précision n’est pas anodine : Ramos apporte une polyvalence rare, entre l’arrière et l’ouverture, avec un jeu au pied et une lecture qui peuvent intéresser un staff dans une compétition longue.

Le scénario pratique est facile à imaginer. Quart de finale serré, match qui se ferme, adversaire qui cible la zone 10-12. Le staff peut vouloir Ntamack pour cadrer, Jalibert pour remettre de la vitesse, Ramos pour couvrir deux postes, ou un profil encore extérieur au débat pour surprendre. Dans une Coupe du monde, la meilleure option n’est pas toujours celle qui semblait évidente dix-huit mois avant.

C’est le cœur de l’idée de Lamaison : « nous sommes encore loin de décider qui sera le n°10 pour la Coupe du monde ». La phrase calme le fantasme d’une hiérarchie déjà écrite. Elle remet le terrain, les blessures, la forme du moment et les équilibres collectifs au centre du choix.

L’« OVNI » de Lamaison raconte surtout la prudence du personnel

La partie la plus forte de sa sortie reste évidemment cette image : « pareil un OVNI va débouler au dernier moment ». Elle fonctionne parce qu’elle parle à tous les suiveurs du XV de France. Dans un cycle de quatre ans, un joueur peut exploser très vite, changer le rapport de force et forcer le staff à revoir sa copie.

Il ne faut pas surinterpréter la formule. Lamaison ne cite pas un nom caché. Il ne dit pas qu’un ouvreur inconnu va forcément passer devant Ntamack, Jalibert ou Ramos. Il laisse plutôt la porte ouverte à une réalité classique du rugby international : un Mondial se gagne rarement avec les certitudes du début de cycle.

Pour Ntamack, le message n’est donc pas une alerte rouge. C’est une mise sous tension. Son statut reste fort, mais il devra continuer à le nourrir par ses performances, sa régularité et sa capacité à peser dans les gros matchs. Jalibert, lui, peut profiter de cette nouvelle lecture plus souple de son rôle. Ramos conserve son intérêt grâce à sa polyvalence.

La vraie conclusion est peut-être moins spectaculaire que le mot « OVNI », mais elle est plus intéressante sportivement : Fabien Galthié pourrait arriver en Australie avec trois joueurs de rugby capables d’évoluer à l’ouverture, dont deux également crédibles à l’arrière. Dans un tournoi mondial, cette profondeur peut devenir une arme. Et tant que cette équation reste ouverte, personne ne peut vraiment dire que le 10 des Bleus est verrouillé.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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