« Ça donne des frissons » : ces coureurs de l’ombre doivent suivre les meilleurs mondiaux avec cinq à six kilos sur le dos pour nous faire vivre l’UTMB
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Sur l’UTMB, certains coureurs ne cherchent pas la victoire : ils portent cinq à six kilos de matériel, suivent les meilleurs mondiaux et fabriquent les images qui donnent l’impression d’être dans la course.
Leur nom reste discret, mais leur rôle est devenu central. Les camrunners de l’UTMB courent au plus près des élites, caméra à la main, souvent dans des conditions que le téléspectateur ne voit jamais vraiment.
Autour du Mont-Blanc, le direct n’a rien d’un simple flux vidéo. Plus de 175 kilomètres, trois pays, du relief, de la nuit, des zones sans réseau : pour raconter la course, il faut presque courir une autre course en parallèle.
Des camrunners chargés de suivre les meilleurs, pas seulement de filmer
Édouard Thouvenin, 22 ans, et David Labrosse, 39 ans, font partie de ces coureurs de l’ombre. Leur mission apparaît simple à l’écran : rester au contact des premiers, cadrer proprement, montrer les visages, les attaques, les ravitaillements et les arrivées.
Sur le terrain, c’est une autre histoire. Les deux camrunners mettent en évidence le matériel à « cinq à six kilos à porter », en plus de la caméra qu’ils tiennent à la main. Sur un ultra-trail, ce poids change tout : l’allure, l’équilibre, la lucidité, la capacité à relancer.
Édouard Thouvenin résume la difficulté sans détour : il faut arriver assez frais pour suivre une tête de course composée des meilleurs mondiaux, tout en gardant assez de marge physique pour filmer devant, derrière, tendre le bras et anticiper l’image.
David Labrosse décrit le geste que le public ne remarque presque jamais : pour filmer un coureur de face, il faut parfois courir devant lui avec le bras tendu en arrière. Pendant quelques secondes, c’est déjà inconfortable. Sur une course de montagne, cela devient un véritable effort technique.
Starlink, drones, VTT : le direct de l’UTMB se construit dans les zones impossibles
L’UTMB est diffusé à la télévision depuis 2012, mais sa production reste un casse-tête. Le Live UTMB s’appuie sur 70 personnes, dont une quinzaine sur le terrain. Les autres travaillent en régie, avec des images venues de plusieurs sources.
Les camrunners embarquent des GoPro. Des VTTistes filment avec des caméras placées devant, derrière et sur le casque. Les drones assurent les plans aériens. Des caméras fixes complètent le dispositif sur les zones clés, notamment au départ et à l’arrivée.
Le point le plus sensible reste le réseau. La course traverse la France, l’Italie et la Suisse, avec des portions où la couverture disparaît. Antoine Aubour, directeur marketing, communication et média, explique que des Starlink sont utilisés sur les camrunners depuis cette année. Ces petits sacs créent une bulle de réseau autour d’eux et permettent de recevoir des images dans des zones qui n’étaient pas couvertes auparavant.
La production a également tourné la page de l’hélicoptère. Antoine Aubour précise que les drones suffisent désormais pour obtenir une qualité d’image correcte, avec une solution plus pratique, moins coûteuse et moins impactante écologiquement.
Pourquoi ces coureurs invisibles changent notre manière de voir l’UTMB
Le plus fort, dans ce dispositif, tient à ce contraste : plus l’image apparaît fluide, plus le travail derrière est lourd. À l’écran, le spectateur voit un coureur, une montée, une arrivée dans Chamonix. Hors champ, un autre athlète suit, cadre, porte, ralentit, accélère et compose avec la météo.
Cette fabrication du direct répond aussi à un public qui dépasse largement la vallée. La production couvre six langues pour le live : français, anglais, espagnol, italien, chinois et arabe pour beIN Sports au Qatar. La nuit en France ne coupe pas le programme, car certaines zones clés du public, comme les États-Unis ou l’Asie, sont alors éveillées.
Le sport en direct garde une force rare dans les usages vidéo. France•TV Publicité chiffre par exemple à 46 millions le nombre de Français présente chaque mois sur france.tv. Ce n’est pas une donnée propre à l’UTMB, mais elle rappelle l’enjeu : les grands récits sportifs se jouent aussi sur leur capacité à être vus, suivis et partagés.
Sur l’UTMB, cette bataille de l’image passe par des profils hybrides, à la fois coureurs, cadres et témoins privilégiés. David Labrosse le résumé avec une phrase qui tient tout l’angle : « On vit les événements de l’intérieur et ça met quand même des frissons d’être avec les premiers coureurs à l’arrivée dans Chamonix. »
Ces frissons-là ne viennent pas seulement de la ligne d’arrivée. Ils viennent aussi de ceux qui courent à côté des champions pour que le public puisse, lui aussi, avoir l’impression d’y être.