Christophe Bassons, ex-coureur connu pour son combat contre le dopage à l’époque du scandale Festina, alerte sur les « signaux alarmants » qui apparaissent dans le monde du trail, évoquant des similitudes inquiétantes avec le cyclisme des années 1990.
Alors que Kilian Jornet alertait récemment sur la professionnalisation du trail et la montée des pratiques dopantes, Christophe Bassons aujourd’hui traileur amateur et collaborateur de l’AFLD confirme ces inquiétudes. Ses constatations sur le terrain lui donnent l’impression d’un retour à des mécanismes déjà connus dans le peloton.
Des similitudes avec Festina
Bassons, qui s’est illustré par sa prise de position contre le dopage au sein de l’équipe Festina en 1998, révèle qu’en intervenant auprès d’équipes internationales de trail, il a eu « l’impression de me retrouver dans l’équipe Festina ». Cette comparaison forte traduit son malaise face à des comportements qu’il juge préoccupants.
Surmédicalisation et dérives
Pour illustrer l’évolution des usages, Bassons met en avant la « surmédicalisation » observée chez certains traileurs : en 2024, 50 % des athlètes contrôlés après le Grand Trail des Templiers étaient positifs à un anti-inflammatoire. Même si ces produits (ibuprofène, paracétamol, caféine) ne sont pas systématiquement interdits par l’AMA, leur usage répété dans un but de performance est, selon lui, un glissement dangereux vers des pratiques néfastes pour la santé.
Manque d’uniformité et contrôles insuffisants
Kilian Jornet pointait l’absence de contrôles hors compétition et l’hétérogénéité des pratiques de contrôle en trail, conséquence d’une gouvernance fragmentée. Bassons rappelle que si certains organisateurs ou fédérations financent des contrôles, il n’existe pas encore de système uniforme et systématique comparable à ceux des sports les plus encadrés.
- Exemples : plusieurs organisateurs mandatent eux-mêmes les organismes de contrôle ; le groupe UTMB a investi 100 000 euros en 2024.
- En France, l’AFLD peut intervenir à sa guise, et certains athlètes entrent dans un groupe cible pour des contrôles inopinés : l’agence a réalisé 212 contrôles en 2025 contre 62 en 2022.
Des affaires récentes qui renforcent l’inquiétude
Les suspensions et contrôles positifs récents donnent du crédit aux alertes : en septembre, Joyline Chepngeno, vainqueure de l’OCC, a été suspendue après un contrôle positif à un glucocorticoïde. Ces affaires alimentent le sentiment d’urgence pour professionnaliser et renforcer les dispositifs de lutte contre le dopage en trail.
Pour Christophe Bassons, le trail est à un tournant : la hausse des enjeux financiers et de la visibilité entraîne des comportements à risques et exige une réponse structurée. Son parallèle avec l’époque Festina vise à alerter non à stigmatiser afin d’inciter les acteurs du sport à mettre en place des contrôles plus réguliers, homogènes et préventifs pour préserver la santé des athlètes et l’intégrité de la discipline.
Source : L’Equipe