L’ailier de la troisième ligne du Stade Toulousain, Jack Willis, s’est confié sur son exil international avec une franchise déconcertante.
Bien qu’il s’épanouisse dans la Ville Rose, où il enchaîne les boucliers de Brennus et les distinctions individuelles, le joueur de 29 ans admet nourrir des regrets sur son parcours avec le XV de la Rose. Bloqué par les règlements de la RFU qui interdisent la sélection de joueurs évoluant à l’étranger, Willis semble avoir fait la paix avec son destin, privilégiant sa vie en France malgré un talent qui n’a sans doute pas encore atteint son apogée sur la scène mondiale.
Considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs troisièmes lignes d’Europe, Jack Willis est le symbole du dilemme qui frappe le rugby anglais. Élu meilleur joueur du Top 14 la saison dernière, il reste pourtant invisible pour le sélectionneur Steve Borthwick depuis la Coupe du monde 2023.
Entre la possibilité d’un retour éphémère en Premiership pour disputer le prochain Mondial et les rumeurs folles d’un changement d’allégeance vers l’Irlande, Willis préfère savourer sa « réalité » toulousaine, quitte à sacrifier définitivement son avenir international.
Un talent frustré au niveau international
Avec seulement 14 sélections, Jack Willis estime ne pas avoir montré le meilleur de lui-même sous le maillot anglais. Son dernier souvenir international reste une victoire écrasante contre le Chili en 2023, écourtée par une blessure au cou. « Il y aura toujours une partie de moi qui pensera que j’en avais plus à donner », a-t-il confié au podcast For the Love of Rugby.
Pourtant, le choix de rester à Toulouse après la faillite des Wasps n’est pas un regret. Intégré parfaitement au système de jeu haut-garonnais, Willis est devenu une pièce maîtresse du pack rouge et noir. Cette réussite en club est le prix à payer pour son inéligibilité avec l’Angleterre, une règle de la fédération anglaise (RFU) qu’il a acceptée en prolongeant son contrat jusqu’en 2029.
Les rumeurs de transferts et l’option irlandaise
Le contrat de Willis fait l’objet de nombreuses spéculations. Une clause libératoire pour la saison 2027-2028 lui permettrait de s’engager brièvement avec un club anglais pour redevenir sélectionnable juste avant la Coupe du Monde 2027.
Plus surprenant encore, l’option irlandaise est évoquée. Grâce à son grand-père, Willis pourrait changer de nationalité sportive fin 2026, après trois ans d’absence du circuit international. Toutefois, le joueur reste lucide : l’Irlande, à l’instar de l’Angleterre, ne sélectionne que très rarement des joueurs évoluant hors de ses provinces.
« Si cela implique de déménager, cela me remettrait dans la même situation qu’avec l’Angleterre. Parfois, il faut accepter sa réalité, et la mienne est plutôt belle », tranche-t-il.
Le cas de Jack Willis illustre parfaitement la fuite des cerveaux (et des muscles) qui fragilise le XV de la Rose au profit du Top 14. En voyant son frère Tom rejoindre également la France (Bordeaux-Bègles) cet été, la fratrie Willis confirme que le championnat français est devenu une terre d’accueil irrésistible, même au prix d’une carrière internationale.
Pour Toulouse, conserver un tel joueur est une bénédiction, mais pour le rugby mondial, l’absence d’un « gratteur » de ce calibre lors des grands tournois internationaux reste une perte immense, dictée par des politiques fédérales de plus en plus contestées par les joueurs eux-mêmes.
Pourquoi l’exilé Willis « pourrait apporter plus maintenant » à l’Angleterre
En s’appuyant sur son expérience au sein du meilleur club d’Europe, Jack Willis estime avoir franchi un cap mental et technique qu’il n’avait pas encore atteint lors de ses premières sélections. En déclarant qu’il n’a pas encore montré « la meilleure version de Jack Willis sous le maillot de l’Angleterre », il souligne que sa progression à Toulouse a fait de lui un joueur et une personne plus accomplis.
Avec une maturité acquise dans les joutes du Top 14 et une connaissance accrue du très haut niveau européen, il est convaincu qu’il possède aujourd’hui un bagage bien plus riche à offrir au XV de la Rose que lors du Mondial 2023. Pour lui, son évolution actuelle ferait de lui un atout bien plus précieux pour Steve Borthwick, si les barrières réglementaires venaient à tomber.
Jack Willis semble avoir trouvé à Toulouse un équilibre que le système anglais ne pouvait plus lui offrir. S’il reste l’un des meilleurs ambassadeurs du rugby britannique en France, son avenir international reste en suspens, suspendu à d’éventuelles clauses contractuelles ou à un assouplissement des règles de la RFU.
Selon vous, le XV de la Rose fait-il une erreur historique en se privant du meilleur joueur du Top 14 pour de simples questions de règlement intérieur ?