Gaëlle Hermet raccroche ses crampons à l’issue de la saison 2025-2026, à 30 ans, après 63 sélections en équipe de France et 12 ans de fidélité au Stade Toulousain.
C’est l’histoire d’une athlète qui quitte le terrain au moment où elle pourrait encore y rester une rareté dans le sport de haut niveau. Mais cette retraite n’est pas celle d’une championne qui s’en va au sommet : c’est celle d’une femme qui a dû se réinventer après avoir perdu ses repères en sélection nationale.
De capitaine à 21 ans au sommet du rugby féminin : une ascension précoce
En novembre 2017, Gaëlle Hermet devient capitaine du XV de France à 21 ans. L’une des plus jeunes de l’histoire des Bleues. Ce n’est pas un titre honorifique : c’est une responsabilité pleine, immédiate, assumée.
L’année suivante confirme tout. En 2018, elle mène l’équipe de France au Grand Chelem dans le Tournoi des Six Nations. World Rugby la nomme parmi les cinq finalistes du titre de meilleure joueuse du monde récompense finalement remportée par sa coéquipière Jessy Trémoulière (World Rugby Awards 2018). Être dans ce groupe à 22 ans, c’est déjà une forme de consécration.
2022 est son année double : elle mène le Stade Toulousain au premier titre d’Élite 1 de l’histoire du club, puis décroche la médaille de bronze à la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande avec le XV de France. Deux trophées, deux rôles de leader, une seule saison.
Douze et au même club depuis 2014. Soixante-trois sélections.
Quand l’identité se fissure : la crise silencieuse d’une championne
Hermet ne part pas parce qu’elle ne peut plus jouer. Elle part parce qu’elle a compris ce que continuer lui coûtait.
Les non-sélections de 2024 ont tout changé. Puis l’absence de la liste des 32 joueuses pour la Coupe du Monde 2025 en Angleterre compétition qu’elle visait pourtant comme point final de sa carrière internationale. Ce projet s’est effondré sans qu’elle puisse l’influencer. Les sélectionneurs Gaëlle Mignot et David Ortiz ont composé leur groupe sans elle.
C’est dans ce vide qu’elle a formulé la question. Elle l’a formulée elle-même, sans détour : « Qu’est-ce que je vais devenir sans rugby, sans ce statut de joueuse ? C’est une vraie question d’identité. »
Cette peur, les athlètes de haut niveau la connaissent. Peu l’admettent publiquement selon Actu Rugby.
L’opération des cervicales en mars 2025 a ajouté une dimension physique à cette période. Le corps qui lâche au moment où la sélection se ferme : le calendrier des épreuves s’est montré particulièrement brutal.
Le précédent de Jessy Trémoulière éclaire ce moment. Élue meilleure joueuse du monde aux World Rugby Awards 2018, Trémoulière avait annoncé sa retraite internationale à 30 ans en mars 2023 (Franceinfo Sport). Même âge, même génération, même sport. Deux femmes qui ont choisi de partir avant que le sport ne les pousse dehors.
Le fond touché, la décision prise : pourquoi maintenant ?
« J’ai clairement touché le fond à un moment. » Hermet ne cherche pas à embellir ce passage. Elle le nomme.
Les non-sélections de 2024 ont déclenché quelque chose de difficile à traverser. « Il y avait beaucoup de colère, de l’injustice, de la tristesse » , dit-elle. Ces mots ne sont pas ceux d’une athlète qui s’en va sereinement. Ce sont ceux d’une femme qui a absorbé un choc réel, et qui a choisi de ne pas s’y noyer.
Elle avait un plan : finir sa carrière sur la Coupe du Monde en Angleterre, en août-septembre 2025. Ce plan n’a pas tenu. Les Bleues ont disputé ce Mondial sans elle, ont été éliminées en demi-finale par l’Angleterre (35-17, Eurosport, septembre 2025). Hermet a regardé depuis l’extérieur.
L’opération des cervicales en mars 2025 a ensuite imposé un arrêt forcé. Puis la reprise avec le Stade Toulousain pour cette saison 2025-2026, jusqu’à cette demi-finale d’Élite 1 contre le Stade Bordelais le 21 juin 2026 (It’s Rugby / Stade Toulousain officiel).
C’est dans ce contexte qu’elle a pris sa décision. Pas dans la démission. Dans la lucidité. « Je pense que j’ai fait mon temps, que j’ai tout donné pour ce sport. »
Après sa retraite sportive, Hermet envisage un projet professionnel d’enseignante en activité physique adaptée. Une façon de rester dans le corps, dans le mouvement sans la pression du résultat.
Une lucidité rare dans le sport de haut niveau
Gaëlle Hermet ne fuit pas le rugby : elle le quitte parce qu’elle a compris que rester aurait signifié se perdre. Sa retraite à 30 ans, en pleine compétition de club, est un acte de lucidité rare dans un sport qui demande tout. Combien d’athlètes auraient le courage de partir au moment où ils pourraient encore jouer ?