Vendredi 19 juin à Vannes, Nolann Le Garrec a inscrit son premier essai officiel à la Rabine sous le maillot de France A, transformant un match sans enjeu en moment gravé à jamais dans sa mémoire.
France A a dominé l’Angleterre XV 35-19 au stade de la Rabine, mais ce n’est pas le score qui restera gravé dans le cœur de Nolann Le Garrec.
À la Rabine, son stade d’enfance, Le Garrec savoure enfin son moment de gloire
À la 48e minute, Nolann Le Garrec aplatit le troisième essai de France A. Un geste technique parmi d’autres en apparence. Mais pas ici. Pas ce soir-là.
C’est son premier essai en match officiel à la Rabine. Le demi de mêlée de 24 ans saisit alors un drapeau breton et crie « Ici c’est la Rabine » face à une tribune qui explose. Quatre minutes plus tard, il sort sous les ovations.
« J’avais besoin de la lâcher à ce moment-là », confie-t-il après le match.
Ce que le score ne dit pas, c’est le poids de ce moment. C’est la première fois que la Rabine accueille un match du XV de France ou de France A. Le stade de 11 303 places est la maison du RC Vannes depuis 2001. C’est là que Le Garrec a appris le rugby, de 2010 à 2017. C’est là que son père, Goulven Le Garrec, entraîneur-adjoint du RC Vannes, travaille encore aujourd’hui.
Jouer à la Rabine en bleu, c’est jouer devant sa famille, dans le stade de son enfance. Pour la première fois.
Quand la famille et le domicile transforment un match en moment inoubliable
« Ce n’est peut-être pas le match qui avait le plus d’enjeux dans ma carrière, mais c’est un match dont je me souviendrai toute ma vie, c’est sûr. » Ces mots de Nolann Le Garrec résument tout.
La veille du match, il dormait à deux kilomètres de son domicile. Pas dans un hôtel d’une ville étrangère. Chez lui, à Vannes.
« C’est vraiment quand il y a la famille et quand c’est vraiment chez toi que… En tout cas c’est ce qui me touche le plus », dit-il. Le Télégramme le qualifie d’« enfant du pays », ovationné par un public qui le connaît depuis l’adolescence.
Ce soir-là, même l’adversaire a senti quelque chose. Jamie George, capitaine de l’Angleterre XV, est venu le trouver après le coup de sifflet final. Le Garrec rapporte ses mots : « Il m’a dit qu’il était content pour moi, qu’il ne savait pas que je venais d’ici, mais qu’il l’avait senti et qu’il était content pour moi. »
Ce détail dit beaucoup. L’émotion de Le Garrec était visible depuis le terrain adverse selon Rugbyrama.
Cinq jours plus tôt, le 14 juin, Le Garrec encaissait une défaite 45-5 avec La Rochelle contre le Stade Français en barrage de Top 14 à Jean-Bouin. Revenir à Vannes, inscrire un essai, recevoir une ovation : la bascule émotionnelle n’en est que plus forte.
Contre l’Angleterre, Le Garrec a déjà marqué les esprits
Le 16 mars 2024, au Groupama Stadium de Lyon, Le Garrec inscrit un essai de 80 mètres contre l’Angleterre lors du Crunch du Tournoi des Six Nations. La France s’impose 33-31. Cet essai est nommé pour les World Rugby Awards.
Deux ans plus tard, même adversaire, même résultat, même auteur d’un essai.
L’Angleterre est devenue, sans qu’il l’ait cherché, l’adversaire contre lequel Le Garrec se révèle. La rivalité franco-anglaise, surnommée « Le Crunch », existe depuis 1906 et fête ses 120 ans en 2026. Le bilan historique des tests officiels penche en faveur de l’Angleterre : 61 victoires contre 45 pour la France, et 7 nuls. Battre les Anglais, même en match non officiel, s’inscrit dans une histoire chargée.
À 24 ans, Le Garrec compte une dizaine de sélections avec le XV de France, où il sert de doublure à Antoine Dupont. Selon dicodusport.fr, il a inscrit 13 essais en saison régulière de Top 14 2025-2026, l’un des meilleurs totaux du championnat.
Ce France A contre Angleterre XV ne figurera pas dans les statistiques internationales. Il restera pourtant dans la mémoire de Le Garrec plus longtemps que beaucoup de tests officiels.
À 24 ans, Nolann Le Garrec a vécu à la Rabine ce que peu de joueurs connaissent : une victoire sans enjeu officiel qui pèse plus lourd que beaucoup d’autres. La famille dans les tribunes, le stade de l’enfance, l’adversaire anglais, et cinq jours après une humiliation en barrage tout s’est aligné en quarante-huit minutes.