Toulouse affronte Montpellier en finale du Top 14 le 28 juin 2026, avec l’opportunité de remporter un 4e titre consécutif inédit depuis la création du championnat à 14 clubs en 2005.
D’un côté, un favori qui a écrasé le Racing 92 71-17 en demi-finale record absolu de l’histoire des phases finales. De l’autre, un challenger qui a remporté la Challenge Cup du rugby et possède la meilleure défense du championnat. Guy Novès, seul entraîneur à avoir vécu ce quadruplé avec Toulouse entre 1994 et 1997, décrypte pourquoi les Rouge et Noir partagent favoris sans pour autant entrer Montpellier et posent les conditions exactes d’une victoire héraultaise.
Toulouse favori : la profondeur d’effectif qui change tout
Novès se dit lui-même « un mauvais pronostiqueur ». Mais il est le seul homme vivant à avoir réussi ce que Toulouse tente de rééditer ce qui donne du poids à son choix.
Son argument central n’est pas le talent individuel. C’est la profondeur d’effectif . Toulouse disposerait aujourd’hui de 35 joueurs de niveau international une réalité qu’il qualifie d’inédite, y compris par rapport à ses propres équipes des années 1990. À son époque, la perte de deux titulaires suffisait à fragiliser l’ensemble du groupe. Aujourd’hui, Ugo Mola peut perdre un cadre sans que la machine ne se grippe.
« Un groupe de quarante joueurs compétitifs est primordial », résume-t-il. C’est précisément ce que Toulouse a construit sous la présidence de Didier Lacroix.
Toulouse a terminé 1er de la saison régulière avec la meilleure attaque du Top 14 selon Midi Libre. Montpellier, 2e, possède la meilleure défense du championnat. L’opposition est nette : la machine à marquer contre le verrou défensif et c’est précisément ce duel qui définit la finale.
Le 71-17 contre le Racing 92 dix essais, record absolu des phases finales du Top 14 parle de lui-même.
Montpellier peut le faire : les conditions de la surprise selon Novès
« Il faudra un grand Montpellier pour battre Toulouse. Et Montpellier peut le faire. » Novès ne dit pas ça pour ménager les susceptibilités héraultaises les arguments existants.
Premier argument : la Challenge Cup. Montpellier a remporté la finale européenne contre l’Ulster à Bilbao 3e titre du club dans cette compétition. Une équipe qui inflige ce score en finale européenne n’est pas une équipe qui vient faire de la figuration au Stade de France. Elle arrive avec une confiance construite, pas simulée.
Deuxième argument : la défense. La meilleure du Top 14 cette saison. Face à l’attaque la plus prolifique du championnat, c’est le duel qui va définir la finale. Si Montpellier tient ses lignes défensives, il peut faire douter Toulouse.
Troisième argument : le pack. Novès reconnaît la qualité de la conquête montpelliéraine, en mêlée comme en touche. Il cite notamment d’anciens Toulousains dans ses rangs une pique douce-amère. Florian Verhaeghe est identifié comme un joueur qui « pose beaucoup de problèmes en conquête ».
Mais Novès pose aussi les conditions mentales de cette victoire potentielle : « D’abord, croyez en ses chances. Il ne faut pas que les joueurs aient le sentiment d’être inférieur. Ensuite, faire douter de l’adversaire. La qualité individuelle des joueurs est également très importante. »
Car Montpellier aborde cette finale avec une absence majeure. Yacouba Camara, 3e ligne internationale, est suspendu trois semaines pour plaquage dangereux. La commission d’appel de la FFR a rejeté le recours du MHR le 23 juin. Il ne jouera pas. Perdre son meilleur troisième ligne avant une finale contre Toulouse, c’est exactement le type de coup du sort que Novès évoquait quand il parlait de la fragilité des effectifs moins profonds.
2011 : quand Novès a déjà écrit cette histoire
Ce n’est pas la première fois que ces deux clubs se retrouvent en finale. En 2011, Toulouse avait battu Montpellier 15-10. L’entraîneur des Rouge et Noir ce jour-là ? Guy Novès.
Il ne parle pas en théoricien : il a déjà vécu cette finale de l’autre côté, et sait ce que ça coûte de gagner contre Montpellier.
Son pronostic n’est pas de la fidélité affective : sans lien institutionnel avec Toulouse depuis 2015, il n’a aucun intérêt dans l’issue de cette finale.
Il observe la génération actuelle avec une admiration qu’il ne cache pas : il estime qu’elle est « capable de rejoindre, voire dépasser » son équipe des années 1990 compliment rare, venant de lui. Et il rappelle ce qui distingue les grands clubs des autres : « L’objectif de Toulouse n’est pas d’être en demi-finale ou en finale, c’est d’être champion. »
Trente ans après son quadruplé, Dupont et Ramos ont une chance d’entrer dans la même légende à condition que Montpellier ne se referme pas la porte.
Toulouse favori, mais Montpellier peut gagner
Toulouse part favori. Le pronostic de Novès est clair, et les données le soutiennent : 1er de la saison régulière, meilleure attaque du championnat, un 71-17 en demi-finale, et 35 joueurs de niveau international dans le groupe. Ce n’est pas une question de talent brut c’est une question de profondeur d’effectif, de stabilité organisationnelle et de mentalité de champion forgée sur trois titres consécutifs.
Montpellier peut gagner. La Challenge Cup, la meilleure défense du championnat et un pack reconnu par Novès lui-même en sont la preuve. Mais il faudra un grand jour et l’absence de Camara complique sérieusement l’équation.
Montpellier at-il les ressources mentales pour faire douter Toulouse pendant 80 minutes, ou la profondeur d’effectif des Rouge et Noir sera-t-elle trop importante ?