Bordeaux a réalisé l’improbable dimanche dernier à Toulouse : renverser une demi-finale d’Élite 1 féminine en ayant remporté de 9 points, réduite à 14 dès la 3e minute, et sans jamais avoir mené avant la 78e minute. Score final : 27-25. Les Bordelaises se qualifient pour leur quatrième finale consécutive.
C’est à la 78e minute que Bordeaux a pris l’avantage pour la première et unique fois de la rencontre face à Toulouse, grâce à un essai d’Elsa Peyras transformée par Morgane Bourgeois. Les chiffres du match objectivent ce que Morgane Bourgeois résume en une phrase : « Si on le joue 20 fois, on le perd 19 fois. »
« 19 fois sur 20, on perd » : commentaire Bordeaux a renversé l’impossible
Trois minutes. C’est le temps qu’il a fallu pour que ce match bascule dans le scénario du pire.
Nassira Kondé prend un carton jaune à la 3e minute. Bordeaux se retrouve à 14 contre 15 sur le terrain d’Ernest-Wallon, face à une équipe qui n’a perdu qu’une seule fois en 18 matchs de saison régulière 16 victoires, 1 nul, 1 défaite. Face à la meilleure attaque du championnat : 777 points et 116 essais inscrits sur la saison.
Jouer 70 minutes à 14 contre la meilleure attaque du championnat, sur son terrain, c’est statistiquement une mission impossible.
Bordeaux était 3e avec 73 points, contre 82 pour Toulouse (2e). Les Toulousaines avaient l’avantage du terrain, le classement et la puissance offensive. Tous les indicateurs pointaient vers une victoire toulousaine.
Et pourtant, le scénario empire encore en seconde période. Un drop de Queyroi porte le score à 22-13. Neuf points d’écart, à 10 minutes du terme, à 14 contre 15.
Bordeaux n’a jamais été mené. Pas une seule seconde avant la 78e minute. Elsa Peyras aplatit. Morgane Bourgeois se métamorphose. 27-25. Premier et unique avantage au score de la rencontre. Bourgeois a inscrit 12 des 27 points bordelais à elle seule.
La formule de Bourgeois en zone mixte n’est pas une fausse modestie. C’est un constat lucide d’une joueuse qui sait ce qu’elle vient de vivre.
Bordeaux en quête de revanche : du départ de Ratier à la finale
Pour comprendre ce que représente cette victoire, il faut remonter à décembre 2025.
François Ratier quitte le Stade Bordelais . L’homme qui a construit les trois titres consécutifs (2023, 2024, 2025) part prendre en charge le XV de France féminin. C’est une perte énorme, pas seulement symbolique. Ratier était l’architecte d’un système. Fabrice Nivard le remplace, mais une équipe ne se réinvente pas en quelques semaines.
Le début de cette saison de rugby se confirme brutalement. Bordeaux perd ses deux premiers matchs : contre Toulouse (29-19) puis contre Romagnat (15-26). Deux défaites d’entrée, contre les deux équipes qui termineront 1re et 2e du championnat. Le doute s’installe.
Bordeaux enchaîne 9 victoires pour 2 défaites en deuxième partie de saison. Suffisant pour finir 3e et décrocher une demi-finale. Pas suffisant pour effacer les interrogations sur la solidité de cette équipe en transition.
Dimanche, ces interrogatoires ont trouvé une réponse. Pas parfait, pas propre mais une réponse. Une équipe réduite à 14 en 3 minutes, a mené pendant 77 minutes, qui arrache la qualification en finale, c’est du caractère, pas de la chance.
Bordeaux se qualifie pour sa quatrième finale consécutive. Aucune équipe n’a remporté quatre titres consécutifs en Élite 1 féminine depuis la création du championnat professionnel. Les Bordelaises sont à un match de l’histoire.
« Ce match, si on le joue 20 fois, on le perd 19 fois. Mais la seule fois, c’était aujourd’hui et c’est tant mieux ! » Morgane Bourgeois, arrière du Stade Bordelais.
Finale contre Romagnat : Bordeaux face à son bourreau
Le problème, c’est que l’adversaire du 28 juin n’est pas Toulouse.
C’est Romagnat. La seule équipe à avoir battu Bordeaux deux fois cette saison. 26-15 à l’aller. 27-20 au retour. Deux victoires nettes, sans ambiguïté. L’ASM Romagnat a terminé 1re de la saison régulière avec 83 points dix de plus que Bordeaux.
Contre Toulouse, Bordeaux a pu s’appuyer sur un historique équilibré : une défaite à l’aller (29-19), une victoire au retour (34-29). La demi-finale était ouverte, même si les chiffres penchaient côté toulousain.
Contre Romagnat, les chiffres ne penchent pas. Ils s’inclinent franchement. Bordeaux n’a pas trouvé la solution cette saison face aux Auvergnates. Deux fois. Et la finale se jouera à Biarritz dimanche 28 juin à 18h , sur terrain neutre l’un des rares avantages que les Bordelaises peuvent espérer.
Axelle Berthoumieu, troisième-ligne du Stade Bordelais, ne se raconte pas d’histoires : « Il va falloir être beaucoup plus précis parce que sinon ça ne passera pas. Faire des choses simples, être rigoureuses et peut-être sortir des choses qu’on n’a pas fait tout au long de la saison pour surprendre un peu. »
C’est la lucidité d’une équipe qui sait qu’elle vient de jouer son joker. Contre Romagnat, courir après le score pendant 77 minutes à 14 ne passera pas.
Bordeaux a prouvé dimanche dernier que les statistiques ne font pas tout. Mais Romagnat, qui a battu les Bordelaises deux fois cette saison, sera un adversaire bien différent de Toulouse une finale où Bordeaux ne pourra pas se permettre de traîner.
Bordeaux peut-elle battre deux fois la même équipe en une saison, elle qui n’y est pas parvenue une seule fois ?