Rugby

Le XV de France a impressionné à l’étranger, et certains voient chez les Bleus l’étoffe du prochain champion du monde

Par Maxime Aulne
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Le XV de France n’impressionne plus seulement par ses résultats : à l’étranger, plusieurs voix le regardent déjà comme une équipe taillée pour aller chercher la prochaine Coupe du monde.

La tournée estivale aurait pu laisser des doutes. Les Bleus voyageaient sans plusieurs cadres, avec un groupe largement remanié, et une première affiche très piégeuse face aux All Blacks. Elle a finalement produit l’effet inverse.

La courte défaite contre la Nouvelle-Zélande, 34-32, n’a pas cassé l’élan. Les victoires contre l’Australie, 42-26, puis contre le Japon, 42-15, ont surtout envoyé un message plus profond : même loin de son équipe type, le XV de France garde une densité rare.

Et c’est précisément ce point qui nourrit aujourd’hui le regard étranger sur les hommes de Fabien Galthié.

Une tournée qui change le regard porté sur les Bleus

Le score ne raconte pas tout, mais il pose le décor. Perdre de deux points en Nouvelle-Zélande avec une équipe remaniée, puis répondre par deux victoires nettes, ce n’est pas une simple séquence correcte. C’est le genre de tournée qui installe une réputation.

Peter FitzSimons, ancien international australien devenu journaliste, place même la France tout en haut de la hiérarchie actuelle. Il décrit les Bleus comme « la meilleure équipe du monde à l’heure actuelle » et comme « le favori de tous pour remporter la Coupe du monde l’année prochaine ».

La formule est forte. Elle mérite d’être lu pour ce qu’elle dit du statut français : la France n’est plus seulement une belle équipe européenne, spectaculaire par moments. Elle est désormais connue comme une référence mondiale, capable d’exporter son jeu et son intensité.

Le corpus récent autour du XV de France montre aussi que la presse étrangère aime installer ces affiches sous forme de rapports de force. Avant certains chocs du Tournoi, l’Écosse avait déjà été présentée comme l’équipe susceptible de freiner les Bleus. Cette fois, le curseur monte d’un crâne : il ne s’agit plus seulement de savoir qui peut battre la France, mais jusqu’où elle peut aller.

La profondeur d’effectif devient l’argument qui pèse

Le point le plus inquiétant pour les adversaires n’est peut-être pas le talent des titulaires habituels. Tout le monde connaît déjà Antoine Dupont, Louis Bielle-Biarrey, Romain Ntamack ou les grands cadres du pack. Le vrai signal de cette tournée, c’est que la France peut changer de visages sans perdre son armature.

Maxime Lucu a pris le relais à la mêlée en l’absence de Dupont. Aaron Grandidier-Nkanang s’est montré quand Bielle-Biarrey n’était pas là. Devant, Marko Gazzotti et Lenni Nouchi ont répondu présents dans un secteur où la concurrence est pourtant féroce.

Matt Williams, ancien sélectionneur de l’Écosse, insiste justement sur cette densité. Pour lui, la France semble être « la seule nation capable de rivaliser avec les Sud-Africains » grâce à « un effectif exceptionnellement étoffé », un pack puissant et des individualités créatives.

C’est là que la lecture devient intéressante. L’Afrique du Sud reste la référence naturelle dès qu’on parle de Coupe du monde : puissance, expérience, gestion des coupe matchsets. Si un observateur étranger cherche l’équipe capable de lui répondre sur ces terrains-là, et qu’il cite la France, ce n’est pas seulement pour son offensif de rugby. C’est aussi pour sa capacité à absorber les absences.

Cas concret pour un supporter : imaginons un quart de finale avec un forfait majeur à la charnière ou dans le triangle arrière. Il y a quelques années, la question aurait pu virer à la panique. Après cette tournée, le raisonnement change : Lucu peut encadrer, Ntamack peut piloter, Jalibert peut apporter une autre lecture depuis l’arrière, et les jeunes avants ont déjà montré qu’ils pouvaient tenir le choc.

Ntamack-Jalibert, le pari qui peut faire peur

L’autre image forte de cette séquence, c’est le repositionnement de Matthieu Jalibert à l’arrière avec Romain Ntamack à l’ouverture. Sur le papier, l’idée pourrait ressembler à un test de tournée. Dans le regard de Matt Williams, elle devient une véritable menace pour les adversaires.

L’ancien technicien australien souligne que Fabien Galthié a laissé plusieurs joueurs expérimentés en France pour récupérer, avant de tester une organisation avec deux meneurs contre l’Australie et le Japon. Il décrit l’association Ntamack-Jalibert comme « électrisante » et estime que ces possibilités devraient « effrayer n’importe quel adversaire ».

Le mot est fort, mais l’idée tient. Avec Ntamack en numéro 10, la France conserve un chef d’orchestre habitué aux grands rendez-vous. Avec Jalibert plus loin, elle ajoute un second cerveau offensif, capable d’attaquer les espaces, de relancer ou de créer une rupture là où une défense pense avoir fermé la porte.

Ce type de combinaison compte dans une Coupe du monde. Les matchs se gagnent rarement avec une seule formule. Il faut un plan A puissant, mais aussi une solution lorsque l’adversaire ralentit les sorties de balle, ferme le centre du terrain ou impose un bras de fer au pied. L’intérêt de cette tournée est là : elle donne à Galthié plus de réponses avant même d’entrer dans le dur.

La prudence reste nécessaire. Être cité parmi les favoris ne donne aucun point d’avance. La Coupe du monde sanctionne les trous d’air, les cartons, les blessures et les dix mauvaises minutes que personne ne voit venir. Mais le regard extérieur dit quelque chose de réel : la France a changé de catégorie.

Elle n’est plus seulement attendue pour produire du beau rugby. Elle est attendue pour gagner.

Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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