« J’aime bien ce scénario d’aller les chercher » : Ferrand-Prévôt transforme sa claque en chasse au classement, le rendez-vous est pris pour le Ventoux
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Pauline Ferrand-Prévôt a perdu gros sur le contre-la-montre, mais elle tient déjà son nouveau rôle : ne plus subir le classement, aller chercher celles qui sont devant.
Le chrono autour de Dijon a laissé une marque nette. 34e de cet exercice de cyclisme, Pauline Ferrand-Prévôt a concédé 2’13 » à Marlen Reusser, désormais en jaune, et 1’55 » à Demi Vollering. Pour un candidat au général, l’écart est lourd. Pas irrattrapable, mais lourd.
La Française ne l’a pourtant pas transformée en catastrophe publique. Après l’arrivée, le temps de digérer l’effort, elle a assumé un cours où elle n’était simplement pas au niveau des meilleurs spécialistes du jour. Et surtout, elle a déplacé le récit vers la suite : la montagne, les cinq dernières étapes, et ce Ventoux qui peut changer beaucoup plus qu’un classement intermédiaire.
Un chrono subi, mais pas un effondrement
Le résultat brut pique : 34e place, plus de deux minutes perdues sur Reusser, presque deux minutes sur Vollering. Dans un Tour de France femmes où chaque écart compte, Ferrand-Prévôt ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé.
Mais son analyse reste froide. Elle a reconnu avoir donné le maximum, sans chercher d’excuse. La chaleur, les sensations moyennes, la difficulté de la discipline : tout cela existe, mais rien ne remplace le verdict du chrono. Sur 21 kilomètres, d’autres ont été plus fortes.
Le point le plus intéressant vient peut-être de sa position sur le vélo. Ferrand-Prévôt a expliqué que ses deux opérations de l’artère iliaque, en 2019 puis 2020, avaient été prises en compte dans les réglages. Elle ne peut pas se coucher trop bas sur la machine. Résultat : une posture plus haute, moins spectaculaire, pas forcément la plus rapide en théorie, mais présentée comme la plus adaptée à son corps.
C’est un détail technique, mais il compte. Dans un contre-la-montre, Reusser et Vollering ont donné l’impression d’être parfaitement intégrés à leur machine. Ferrand-Prévôt, elle, une compositrice dûe. Le chrono n’était pas son terrain le plus naturel, et elle n’a pas masqué son soulagement de l’avoir désormais derrière elle.
La phrase qui change le récit de sa course
La citation résumé tout : « J’aime bien ce scénario d’aller les chercher plutôt que d’être la favorite. » Elle ne gomme pas les 2’13 » de retard. Elle les transforme en moteur.
Ferrand-Prévôt repart de la 14e place au général. Sur le papier, ce n’est pas une position confortable. Dans la dynamique d’une course par étapes, c’est aussi une place qui peut libérer. Elle n’a plus à défendre un statut de favori installé. Elle doit attaquer, provoquer, forcer les autres à répondre.
Son raisonnement s’appuie sur un souvenir précis : l’année précédente, dans la Madeleine, elle avait repris 3’03 » à Vollering. Ce n’est pas une garantie pour le Ventoux, mais cela rappelle qu’un grand col peut produire des écarts plus larges qu’un chrono moyen.
Cas concret pour lire la suite : si Ferrand-Prévôt veut revenir vers le podium ou peser sur le général, elle ne peut pas se contenter de suivre les roues jusqu’aux derniers kilomètres. Deux minutes à reprendre, ce n’est pas une simple bonification. Il faut une vraie différence en montagne, une journée où les jambes répondent et où l’équipe accepte de durcir la course.
Elle l’a dit elle- : il faudra même voir comment les autres ont progressé, comment elles récupèrent, et où se trouvent les failles. La chasse au classement ne se décrète pas seulement au micro. Elle se construit dans le tempo, les relais, les moments où une rivale commence à payer l’effort.
Le Ventoux comme juge, mais pas comme miracle annoncé
Le Ventoux est le rendez-vous évident, parce que sa longueur peut ouvrir des écarts. Rutger Tijssen, le manager de Ferrand-Prévôt, estime même que les différences pourraient y dépasser 1’30 » ou 2′. C’est exactement le type de terrain dont elle a besoin pour rendre son retard sportif, et pas seulement comptable.
Mais il y a une nuance importante : le Ventoux ne pardonne pas une journée moyenne. Pour renverser la tendance, Ferrand-Prévôt devra avoir les jambes, mais aussi le bon scénario de course. Une équipe agressive trop tôt peut user ses propres forces. Une attente trop longue peut laisser Reusser, Vollering ou d’autres grimpeuses contrôler l’écart.
La cinquième étape, entre Mâcon et Belleville-en-Beaujolais, peut déjà donner des indices. Paula Blasi s’attend à une équipe Visma agressive. Ferrand-Prévôt, elle, n’a pas voulu dévoiler de plan immédiat. Elle a simplement renvoyé à la discussion avec son équipe. C’est cohérent : à ce stade, la stratégie dépend autant de son état réel que du comportement des adversaires.
Son Tour n’est donc pas perdu. Il a changé de forme. Avant le chrono, Ferrand-Prévôt pouvait encore être regardé comme une candidate attendue. Après Dijon, elle devient une coureuse à distance, dangereuse si la montagne se met à casser les certitudes.
Le rendez-vous du Ventoux ne promet pas une revanche automatique. Il promet mieux pour le suspense : une situation claire, un écart identifié, une championne qui assume de partir en chasse, et des rivales qui savent désormais qu’elle n’a plus grand-chose à protéger.