Cyclisme

95 % des recherches sur la nutrition sportive ont été faites sur des hommes : le retard que le cyclisme féminin comble enfin avec le Tour de France Femmes

Par Matteo scout
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Le débat sur le poids dans le cyclisme féminin n’a pas disparu, mais il change de terrain : après la polémique Pauline Ferrand-Prévôt, la nutrition des coureuses devient enfin un sujet médical, scientifique et collectif.

Le Tour de France Femmes sert de révélateur. Il expose les corps, les choix de préparation, les stratégies de performance, mais aussi les zones grises d’un sport où la montagne récompense les coureuses légères sans jamais effacer le besoin d’énergie.

Un an après la controverse autour de la perte de poids de Pauline Ferrand-Prévôt, le ton semble moins brutal. Le sujet reste sensible, mais il n’est plus seulement résumé à une silhouette ou à une polémique de réseaux sociaux. Il touche désormais au suivi médical, au syndrome Red-S et à un retard de connaissance longtemps accepté comme normal.

La polémique Ferrand-Prévôt a ouvert un débat que le peloton ne peut plus éviter

Pauline Ferrand-Prévôt était arrivée très affûtée sur le Tour, avec un objectif clair en montagne. L’an dernier, sa stratégie d’allègement de 4 kg avait provoqué de fortes réactions, notamment après des propositions de Marlen Reusser relayées en Suisse.

La Suissesse a depuis nuancé. Elle assure ne pas avoir voulu s’opposer à la maigreur dans le peloton comme garantie de réussite, mais avoir été impressionnée par la capacité de Ferrand-Prévôt à perdre du poids sans tomber malade tout en restant performante.

Sa réflexion dit beaucoup du problème. Une victoire spectaculaire peut devenir un modèle. Et dans un peloton professionnel, un modèle peut vite devenir une pression. Reusser l’a résumé par une question très concrète : si une rivale réussit ainsi, est-ce qu’il faut faire plus soi-même ?

Ferrand-Prévôt, elle, défend une approche maîtrisée. Elle explique ne pas prendre les critiques personnellement, éviter les réseaux sociaux et rester centrée sur son objectif. Stephen Delcourt, manager de FDJ United-Suez, estime de son côté que le débat a éclipsé sa performance sportive.

Le vrai sujet n’est pas le poids seul, mais l’énergie disponible

Réduire cette discussion à un chiffre sur la balance serait une erreur. Dans le cyclisme, surtout en montagne, le rapport poids-puissance compte. Mais chez les femmes, la question devient plus complexe dès qu’elle touche à l’équilibre hormonal, à la récupération et au déficit énergétique.

La littérature scientifique citée autour du sujet met en avant le syndrome Red-S, lié à un manque d’énergie disponible pour soutenir à la fois l’entraînement et les fonctions normales du corps. Chez les femmes, certains signaux peuvent être plus visibles, comme l’aménorrhée, c’est-à-dire la disparition des règles.

Marion Clignet, présidente du Syndicat français des coureurs cyclistes, rappelle à quel point les mentalités ont changé. Dans les années 1990, ne plus avoir ses règles en début de saison pouvait être vu comme un signe d’affûtage. Plus tard, le peloton a compris que le système hormonal n’était pas un détail périphérique, mais une partie de la performance.

Le cas pratique est simple. Une jeune coureuse néo-professionnelle prépare une étape de montagne. Elle veut grimper mieux, donc perdre un peu de poids peut sembler tentant. Mais si elle réduit trop son apport, dort moins bien, récupère mal ou voit son cycle se dérégler, le gain théorique peut devenir une dette physique. C’est précisément là que le médecin, le nutritionniste et le personnel doivent remplacer les vieux réflexes de vestiaire.

Le Tour de France Femmes accélère une évolution longtemps retardée

Le chiffre avancé par Marion Clignet est frappant : 95 % des recherches sur le sport et les produits énergétiques auraient été faites sur des hommes. Même à prendre avec prudence de lien scientifique direct fourni, il reprend un retard massif. Pendant des années, les coureuses ont dû appliquer des modèles pensés pour des corps masculins.

C’est en train de changer. Paul Brousse, sélectionneur des Bleues, décrit un peloton plus structuré, avec des médecins, des diététiciens et des nutritionnistes. Son message est net : pour avancer sur un vélo, il faut de l’énergie.

Le SFCC prévoit également une formation pour les coureuses néo-professionnelles en novembre, avec un module consacré à la nutrition. C’est peut-être moins spectaculaire qu’une attaque dans le Ventoux, mais c’est une avancée de fond. Anciennement les jeunes coureuses, c’est éviter qu’elles découvrent seules les limites dangereuses entre affûtage, restriction et santé.

Le Tour de France Femmes donne une visibilité nouvelle à ces questions. Marion Rousse y voit aussi l’effet de l’aura de la course : ce qui se passe sur le Tour fait réagir, parfois trop vite, parfois trop fort. Mais cette exposition oblige le cyclisme féminin à parler de performance autrement.

Le retard ne se comblera pas avec une polémique de plus. Il se comblera avec de la recherche, des staffs mieux formés, des coureuses mieux informées et une idée simple : dans le haut niveau, le poids peut être un paramètre, mais il ne doit jamais devenir le seul langage de la performance.





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Matteo scout

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