Sabalenka avec Djokovic, Monfils avec Svitolina : L’US Open veut sauver l’intérêt du double mixte, et son choix le plus spectaculaire peut aussi frustrer les puristes
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L’US Open mise sur des affiches très fortes pour redonner de l’éclat au double mixte, mais ce casting XXL pose une vraie question sportive : le spectacle promis par les noms suffira-t-il une fois les spécialistes sur le court ?
Sur le papier, difficile de faire plus vendeur. Aryna Sabalenka associée à Novak Djokovic, Gaël Monfils avec Elina Svitolina, Iga Swiatek avec Casper Ruud ou encore Elena Rybakina avec Taylor Fritz : le double mixte de l’US Open prend des airs de plateau premium.
Le choix est clair. Le tournoi veut sortir cette épreuve de sa zone grise, celle que seuls les passionnés suivent vraiment entre deux tableaux de simple. Mais ce pari a aussi son revers. En mettant les stars au centre, l’US Open bouscule une discipline où les automatismes, les angles et la science du placement pèsent parfois plus lourd que le CV en simple.
Un casting pensé pour attirer ceux qui ne regardent jamais le double mixte
Le double mixte souffre d’un paradoxe assez cruel. Il appartient aux Grands Chelems, il distribue des titres majeurs, mais il reste souvent loin derrière le simple dans l’attention du grand public.
La saison le montre bien. Olivia Gadecki et John Peers ont remporté l’Open d’Australie. Sara Errani et Andrea Vavassori ont remporté Roland-Garros. Jelena Ostapenko et Marcelo Arevalo se sont imposés à Wimbledon. Des titres forts, mais rarement capables de déclencher une grande conversation au-delà du cercle des suiveurs réguliers.
L’US Open tente donc autre chose : raccourcir, concentrer, scénariser. L’épreuve se dispute sur trois jours, pendant la semaine des qualifications, avec des paires qui parlent immédiatement au public. Sabalenka-Djokovic, c’est une affiche. Monfils-Svitolina aussi, pour des raisons sportives et humaines évidentes : deux joueurs connus, un couple suivi, deux personnalités qui attirent l’œil.
Le cas concret est simple. Un spectateur qui ne regarde jamais le double mixte peut se laisser accrocher par Djokovic et Sabalenka sur la même moitié de terrain. Il vient pour les noms. Il découvre ensuite une discipline où le service, le retour, les réflexes au filet et la communication changent tout. C’est exactement ce que cherche l’US Open : utiliser la star comme porte d’entrée.
Le format spectaculaire peut créer de la tension, mais aussi de la frustration
Le format de tennis retenu va dans le même sens. Avant la finale, les matchs se jouent au meilleur des trois sets, mais avec quatre jeux par set. Il n’y a pas d’avantage, un tie-break arrive à 4-4, et un super tie-break en dix points remplace le troisième set.
Pour le public, c’est lisible : moins de temps mort, plus de points sous pression, moins de marge pour s’installer tranquillement. Pour une diffusion ou une séance de stade, le produit est plus nerveux.
Mais pour les puristes, c’est aussi là que le piège apparaît. Un format court réduit la place de l’adaptation. Une paire qui joue ensemble toute l’année peut perdre sur quelques points très serrés contre deux étoiles du simple qui surfent sur leur qualité brute. À l’inverse, une équipe médiatique peut sortir très vite si elle ne trouve pas les bons automatismes.
Le double mixte n’est pas un simple exercice de gala. Les spécialistes savent quand fermer le filet, comment viser le joueur le moins à l’aise dans une zone, comment varier pour casser le rythme. Dans un match classique, ces détails finissent souvent par peser. Dans un format compressé, ils peuvent être récompensés ou balayés en dix minutes.
C’est ce qui rend le pari intéressant. L’US Open veut fabriquer une vitrine plus accessible, mais il ne contrôle pas le scénario sportif. La meilleure affiche n’est pas toujours le meilleur match. Et la paire la plus connue n’est pas forcément la plus dangereuse.
Les spécialistes gardent un argument selon lequel le marketing ne peut pas s’effacer
Le rappel de 2025 est important. Sara Errani et Andrea Vavassori, vrais spécialistes du double, avaient réussi à battre les stars attendues. Leur retour dans la liste donne un contrepoint parfait à la stratégie du tournoi.
Car si l’US Open veut vendre des noms, le terrain peut encore défendre les joueurs de double. Une paire installée possède une grammaire commune : qui prend le centre, qui couvre la ligne, qui ose l’interception, qui temporise au retour. Ce sont des réflexes invisibles pour le spectateur occasionnel, mais décisifs dans les moments serrés.
Les autres équipes ont annoncé renforcer cette impression de grand mélange. Rybakina-Fritz, Shnaider-Medvedev, Swiatek-Ruud, Bencic-Cobolli, Anisimova-Tien, Eala-Auger-Aliassime, Fernandez-Tiafoe ou Townsend-Zverev proposent des profils très différents. Certaines paires semblent taillées pour l’impact. D’autres peuvent mieux fonctionner tactiquement.
Monfils et Svitolina, eux, incarnent une autre promesse : celle d’un rendez-vous très identifiable pour le public. Mais là encore, la curiosité ne garantit pas l’efficacité. Le double mixte demande de jouer juste, vite, souvent dans des espaces réduits. L’énergie d’un Monfils peut enflammer un tribunal. Elle doit aussi s’inscrire dans une mécanique de duo.
Le vrai intérêt de cette édition sera donc moins de savoir quelle paire fait la plus belle affiche que de voir si le format récompense les noms ou les habitudes de double. Si les stars dominent, l’US Open pourra défendre son pari spectacle. Si les spécialistes reprennent le dessus, le tournoi aura quand même gagné une chose : rappeler que le double mixte mérite mieux qu’un simple rôle décoratif.
Ce nouvel écrin peut relancer la curiosité. Il peut aussi agacer ceux qui suivent la discipline toute l’année. Mais c’est peut-être précisément cette tension qui rend l’expérience plus respectable : le casting tenue, le court tranche.