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« On s’est beaucoup entraînées » : le retour sous bannière neutre des Russes en natation et gymnastique cache une machine sportive restée active et qui performe

Par Gilles Marchetti
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Le retour des Russes sous bannière neutre en natation et en gymnastique raconte autre chose qu’une reprise sportive : une partie de leur machine de performance n’a jamais vraiment arrêté de tourner.


Depuis leur exclusion de nombreuses compétitions internationales après l’invasion de l’Ukraine en février 2022, les athlètes russes ont disparu d’une partie du décor. Mais pas nécessairement de la compétition. Leur retour récent sous bannière neutre le montre avec brutalité : plusieurs disciplines ont continué à produire des résultats, même loin des grands rendez-vous mondiaux.

Le signal est venu de deux terrains très observés : la gymnastique et la natation. Dans les deux cas, les Russes n’ont pas seulement repris place dans les tableaux. Ils sont remontés très haut, très vite, avec des titres, des médailles et une impression de continuité sportive qui pose question.

Un retour neutre, mais pas un retour à zéro

En gymnastique, Angelina Melnikova est repartie de Zagreb avec trois titres. Sa phrase résume l’angle mort de cette période d’isolement : « On a été isolés pendant longtemps, mais on s’est beaucoup, beaucoup entraînées ». Le mot important n’est pas seulement « isolés ». C’est « entraînées ».

Arsenii Dukhno, 18 ans, lui a également envoyé un message fort. Champion du monde juniors fin 2025, le Moscovite est devenu vice-champion d’Europe individuel, à un millième de point d’Illia Kovtun. Sur le papier, l’écart est minuscule. Sportivement, il dit surtout que certains athlètes russes n’ont pas perdu le fil technique et performant.

Le même schéma apparaît en natation. Les Russes ont terminé troisièmes au tableau des médailles derrière la Grande-Bretagne et l’Italie, avec 32 médailles dont 10 en or. En natation artistique, discipline historiquement forte pour la Russie, le bilan monte à 7 médailles dont 3 titres. En plongeon, le total atteint 6 médailles, dont 2 en or.

Le drapeau et l’hymne ont changé, pas nécessairement le niveau de préparation. Evgeniia Chikunova, titrée sur 200 m brasse, a raconté l’étrangeté de recevoir l’or sous les symboles de la Fédération européenne de natation. Mais dans le bassin, la performance était bien là.

La vraie explication : des circuits domestiques très structurés

Ce retour n’est pas seulement une histoire de talent individuel. Pendant leur mise à l’écart international, les sportifs russes ont continué à concourir dans leur pays. Des compétitions nationales ont été montées dans plusieurs sports, parfois avec des primes importantes, une exposition télévisée et des financements liés aux bookmakers.

C’est le point clé. Un sportif de haut niveau ne perd pas seulement du niveau quand il s’entraîne moins. Il perd aussi quand il ne se mesure plus à des adversaires, quand il n’a plus de pression, plus de calendrier, plus d’enjeu. La Russie a tenté de recréer une partie de cette pression en interne.

Cas concret : un nageur privé de Championnats d’Europe ou de circuit international peut quand même garder une logique de saison s’il dispose de six tournois de qualification, de primes comparables à certains rendez-vous internationaux et d’une diffusion nationale. Ce n’est pas exactement le même niveau d’opposition, mais ce n’est pas non plus un simple entraînement fermé.

La comparaison avec le tennis de table illustre cette logique. Face aux grands rendez-vous internationaux, la Russie a développé ses propres épreuves, dont une Super Coupe présentée comme lucrative. L’idée est simple : si les athlètes ne peuvent pas affronter le monde, ils doivent au moins garder le rythme, les revenus et l’habitude de gagner sous pression.

Une machine performante, mais pas uniforme

Le retour russe ne doit pourtant pas être lu comme une démonstration totale. La gymnastique rythmique montre l’autre face de cette période. Longtemps dominante jusqu’aux Jeux de Tokyo, la Russie n’a pas retrouvé la même entreprise dans cette discipline. Aucun titre mondial récent, quelques médailles individuelles, une place très loin des standards en ensemble : le contraste est net.

Ce décalage rend l’histoire plus intéressante. Là où l’encadrement, les règles et les méthodes ont su évoluer, les résultats sont des revenus rapides. Là où le système a pu rester enfermé dans ses certitudes, l’isolement a coûté plus cher. L’absence internationale n’a donc pas produit un effet unique. Elle a renforcé certains cadres, et fragilisé d’autres.

La natation artistique offre un autre indice. Le renouvellement de l’encadrement, avec l’arrivée de Svetlana Romashina, est présenté comme un facteur de modernisation. Autrement dit, la performance ne vient pas seulement du passé russe. Elle vient également de la capacité à ajuster le modèle pendant la suspension.

Le retour sous bannière neutre pose donc une question sportive et politique que les instances devront continuer à gérer : comment réintégrer des athlètes dont le pays reste sanctionné, tout en constatant que le système domestique a continué à produire du très haut niveau ? Sur les bassins et les agrès, la réponse est déjà partielle : la Russie revient sans ses symboles, mais pas sans sa puissance sportive.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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