Rugby

« Des gens s’acharnent » : Mola refuse de jouer les victimes, mais Toulouse avance avec une cible dans le dos

Par Gilles Marchetti
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Ugo Mola ne nie pas que Toulouse avance désormais avec une cible dans le dos, mais le manager refuse d’en faire une excuse ou un récit de persécution.

Le Stade Toulousain a tellement gagné que sa domination finit par produire son propre effet secondaire : chaque saison commence avec l’idée que le club doit encore prouver qu’il n’a rien volé, rien banalisé, rien rendu automatique.

Mola met des mots très crus sur cette position. « On a le point rouge sur la tête », dit-il, avant de préciser qu’il ne veut pas s’en plaindre. Le cœur du message est là : Toulouse a envoyé l’hostilité monter, mais son manager préfère en faire un carburant plutôt qu’un bouclier.

Toulouse gagne, mais Mola refuse l’idée d’une domination normale

Pour Ugo Mola, le danger commence quand les victoires du Stade Toulousain semblent devenir une formalité. Il raconte même avoir ressenti, lors d’une présentation faite aux arbitres en fin de saison, « un côté presque inéluctable » autour des succès toulousains. Sa réponse est nette : « Ça, c’est utilisé… »

Ce n’est pas une posture de confort. Le manager affirme être inquiet avant chaque match et chaque saison, « peut-être encore plus cette année ». La formule tranche avec l’image extérieure d’un club qui empile les titres et avance comme si la marche suivante était déjà écrite.

La référence historique porte également. Les quatre Brennus consécutives ont permis à la génération actuelle d’égaler celle des années 90, sacrée entre 1994 et 1997. Mola ne s’en sert pas pour installer Toulouse au-dessus du championnat. Il y voit plutôt un rappel brutal : les cycles dorés existants, mais ils peuvent aussi casser.

Son lien avec le club renforce cette lecture. La fiche officielle du Stade Toulousain rappelle qu’Ugo Mola a porté le maillot de 1990 à 1996 et qu’il a connu les grandes heures du club, avec un titre de champion de France et d’Europe. Il ne parle donc pas de Toulouse comme d’une machine extérieure : il parle d’une maison dont il connaît les sommets, et les fragilités.

« Des gens s’acharnent » : l’hostilité devient un vrai sujet

Le passage le plus fort concerne l’ambiance autour du club. Mola reconnaît que Toulouse est visé, parfois visé, parfois contesté par ceux qu’il appelle les « gens du sérail ». Il s’interroge : le Stade at-il été présomptueux ? At-il manqué de politesse ? Sa réponse reste ouverte, mais son constat est dur : « des gens s’acharnent ».

Le manager ne transforme pourtant pas cette phrase en déclaration de guerre. Il insiste sur l’état d’esprit retrouvé à la reprise, avec un bâton arrivé « avec la banane ». Son idée est simple : l’adversité peut servir, à condition qu’elle reste maîtrisée.

C’est ce qui donne du relief à sa position. Mola ne dit pas que Toulouse est victime du rugby français. Il dit que la domination tenue forcément des regards plus durs, des procès d’intention, des tensions dans les stades. Puis il fixe une limite : si le rugby perd la possibilité de sortir d’un match, sac sur le dos, pour signer des autographes ou partager une bière avec un supporter, « on perdra tout ».

La cible dans le dos n’est donc pas seulement sportive. Elle touche à l’image du club, à la manière dont ses succès sont reçus, et à la frontière entre rivalité saine et hostilité qui déborde.

La peur de la chute comme moteur avant la saison

Le fil le plus révélateur reste peut-être la peur. Mola ne cache pas son obsession : « penser à la chute en permanence ». Il imagine l’année noire, celle où Toulouse pourrait « se prendre les pieds dans le tapis » et tomber de très haut.

Cette crainte ne contredit pas l’ambition du club. Elle l’alimente. Mola explique que cette vigilance garde son groupe en éveil et nourrit l’envie de faire mieux. Dans un Top 14 où Toulouse est attendu partout, l’angoisse devient presque une méthode de management.

Le sujet rejoint également la pression vécue par les entraîneurs. Mola évoque Pierre Mignoni et les difficultés qui ont marqué le manager toulonnais, mais refuse d’enfermer le débat dans le rugby professionnel. Pour lui, la santé mentale et la pression du résultat concernent aussi « la vraie vie », les entreprises, les métiers exposés, les périodes de lassitude.

Voilà pourquoi son discours sonne moins comme une plainte que comme un avertissement. Toulouse avance encore en patron, mais plus personne au club ne peut faire semblant de ne pas voir ce que cette domination provoque. Les critiques, les attentes et la peur de la chute accompagnent désormais chaque début de saison. Mola ne demande pas qu’on plaigne au Stade Toulousain. Il rappelle simplement que gagner autant ne rend pas la pression plus légère.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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