« Je n’ai pas envie qu’on me filme les fesses » : la phrase qui résume le malaise des athlètes devant les caméras
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La phrase de Marie-Julie Bonnin dit tout haut ce que beaucoup d’athlètes féminines vivent depuis longtemps : être filmée en compétition ne devrait jamais devenir une gêne supplémentaire.
Avant les championnats d’Europe d’athlétisme programmés à Birmingham du 10 au 16 août, l’Union européenne de radio-télévision a posé un sujet rarement traité de face : la manière dont les caméras regardent les sportifs.
Mi-juillet, l’UER a publié des recommandations destinées aux diffuseurs pour une couverture plus respectueuse de l’athlétisme féminin. Le texte vise notamment les plans prolongés sur les corps, les contre-plongées qui créent des angles intimes ou encore les ralentis qui n’apportent rien à la compréhension de la performance.
La perchiste française Marie-Julie Bonnin a résumé le problème en une phrase très directe : « Je fais du sport et je n’ai pas envie qu’on me filme les fesses ! » Derrière la formule, il y a une question simple : qu’est-ce qu’une caméra montre vraiment quand elle filme une athlète ?
Des plans qui détournent le regard de la performance
Le cœur du sujet n’est pas la diffusion du sport féminin. Il est dans le choix des images. Un saut, un départ, une course ou un échange avec un coach peuvent être filmés pour expliquer un geste, une tension de compétition ou une émotion sportive.
Mais certains plans glissent ailleurs. L’UER pointe des ralentissements excessifs, des angles trop bas, des gros plans sur des parties du corps ou des images qui ne servent aucun objectif technique ni narratif. Dans ces cas-là, la caméra ne raconte plus l’effort. Elle fabrique un autre regard.
L’exemple est facile à comprendre. Une relayeuse peut être filmée de près parce qu’elle tient le témoin, qu’elle se prépare à transmettre ou qu’elle sorte d’une ligne droite décisive. Mais si le cadrage insiste surtout sur ses fesses, sans information sportive ajoutée, le plan change de nature.
C’est exactement ce qui dénonce les recommandations. Le problème ne vient pas du corps des athlètes, ni de leur tenue. Il vient d’un choix éditorial qui peut transformer une performance en image gênante.
Marie-Julie Bonnin avec des mots sur un malaise ancien
La réaction de Marie-Julie Bonnin compte parce qu’elle fait partie d’une expérience concrète. La perchiste française explique avoir déjà vu des vidéos ou des photos d’elle en se demandant pourquoi ces images avaient été publiées.
Elle parle de positions où elle s’est sentie mal à l’aise, au point de ne pas vouloir repartager certains contenus. Ce détail est important : pour un athlète, l’image diffusée ne disparaît pas après la compétition. Elle circule, elle reste, elle peut être isolée de son contexte sportif.
Blanka Vlasic, ancienne sauteuse en hauteur croate médaillée olympique, va dans le même sens. Elle estime que des sportifs peuvent se retrouver à penser aux caméras au lieu de se concentrer pleinement sur leur performance.
Ce n’est pas anodin. Dans un concours, un départ ou une finale, l’attention compte autant que la préparation physique. Si une athlète se demande comment elle est cadrée en direct, quelque chose parasite déjà son moment de sport.
La tenue des athlètes n’est pas le vrai sujet
Une partie des réactions sur les réseaux sociaux a déplacé le débat vers les tenues. C’est pourtant l’un des points les plus clairement rejetés par les athlètes citées.
Amy Hunt, sprinteuse britannique médaillée d’argent en relais aux Jeux de Paris 2024, rappelle que les sportifs ne devraient pas sentir avoir à changer leur façon de s’habiller pour se à l’aise. Elle veut une tenue qui lui permette de se sentir rapide et puissante, pas une tenue dictée par la peur d’un mauvais plan.
En athlétisme, les femmes peuvent choisir entre plusieurs équipements : legging, short, culotte, débardeur ou soutien-gorge. Marie-Julie Bonnin explique même que la culotte de compétition peut représenter un symbole de haut niveau, presque un marqueur d’entrée dans le monde des grands athlètes.
Son raisonnement est simple : accepter une tenue de compétition ne veut pas dire accepter n’importe quel cadrage. Une caméra peut respecter un athlète sans cacher son sport, son effort ou son corps. Elle doit surtout éviter de réduire ce corps à un angle inutile.
Ce que ces règles peuvent changer devant la télévision
Pour le spectateur, le changement peut paraître discret. Moins de ralentissements inutiles, moins de contre-plongées gênantes, moins de plans rapprochés sans intérêt sportif. Mais à l’écran, ces choix peuvent modifier la manière dont le sport féminin est perçu.
Un cas pratique le montre bien. Sur un concours de saut en hauteur, la caméra peut choisir de suivre l’élan, l’impulsion, le passage de la barre puis la réaction de l’athlète. Ce montage aide à comprendre le geste. À l’inverse, un ralenti concentre sur une position du corps sans explication technique détourne l’attention de la performance.
Amy Hunt souligne aussi un autre point : avec la technologie, les caméras se rapprochent toujours plus des athlètes. Elle cite même l’exemple d’une caméra placée jusque dans les starters-blocks, vécue comme gênante.
Les recommandations de l’UER ne règlent donc pas tout. Elles donnent un cadre. Elles rappellent surtout qu’un diffuseur ne filme pas seulement une compétition : il construit aussi le regard du public sur celles et ceux qui la contestent.
La phrase de Marie-Julie Bonnin fonctionne parce qu’elle coupe court aux faux débats. Les athlètes féminines ne demandent pas moins de sport à l’écran. Elles demandent que la caméra regarde enfin leur performance avant de chercher un plan facile.