« J’enlève cette mini malédiction » : Jimmy Gressier tient enfin sa médaille européenne après un finish express
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Jimmy Gressier n’a pas seulement gagné une médaille de bronze à Birmingham : il a surtout coupé une petite série de frustrations européennes, au terme d’un sprint parfaitement choisi sur 10 000 m.
La phrase dit presque tout. « J’enlève cette mini malédiction », a lâché le Français après sa course, au micro de France TV. Pas une déclaration tapageuse. Plutôt le soulagement d’un coureur qui tournait autour d’un podium européen sans encore réussir à le tenir.
Sur le papier, la course appartient d’abord à Andreas Almgren. Le Suédois a imposé un rythme qui a rapidement cassé le peloton, avant de s’envoler vers le titre européen du 10 000 m à Birmingham. Mais derrière cette démonstration, Jimmy Gressier a construit autre chose : une médaille d’athlétisme arrachée au bon moment, avec la lucidité qu’il n’avait pas forcément eue quelques jours plus tôt sur 5000 m.
Almgren a étouffé la course, Gressier a attendu son moment
Andreas Almgren n’a pas gagné ce 10 000 m en plaçant une accélération tardive. Il a usé la concurrence bien avant le dernier tour. Le rythme est monté très tôt, avec une allure imposée dès les premiers kilomètres, puis une cassure nette autour du 7e kilomètre.
À partir de là, la course a changé de nature. Pour beaucoup de fondeurs, il ne s’agissait plus de rêver au titre, mais de survivre à l’effort sans exploser. Almgren a fini loin devant, en 27’23 »44 selon le récit détaillé de la course, devant le Suisse Dominic Lobalu, deuxième en 27’42 »67.
Le chrono du vainqueur demande tout de même une vérification L’écart est minime, mais sur un résultat de championnat, il compte.
Gressier, lui, n’a pas cherché à répondre à tout. C’est probablement ce qui rend sa médaille intéressante. Après sa quatrième place sur 5000 m, où il avait regretté d’avoir trop pesé sur la course, le Français a cette fois géré avec plus de retenue. Pas la course parfaite dans ses mots, mais la course assez juste pour repartir avec du métal.
Le sprint contre Crippa a transformé le bronze en libération
Le podium ne s’est pas joué dans un long mano a mano spectaculaire. Il s’est joué sur un détail très concret : le moment où Gressier a décidé de lancer son sprint, à plus de 100 mètres de l’arrivée, avec l’Italien Yemaneberhan Crippa encore devant lui.
Imaginez la scène côté coureur. Après presque 28 minutes d’effort, les jambes sont lourdes, le titre est déjà parti, l’argent aussi. Il reste une médaille à aller chercher, mais elle est encore dans le dos d’un spécialiste capable de durcir n’importe quelle fin de course. Gressier n’avait pas dix options. Il fallait y aller franchement, sans attendre la ligne.
C’est ce qu’il a fait. Son finish express lui a permis de griller Crippa sur la ligne et de prendre la troisième place en 28’07 ». Le mot « bronze » paraît parfois modeste dans un palmarès, surtout quand un autre athlète écrase la course devant. Ici, il raconte pourtant une bascule.
Cette médaille est sa première aux Championnats d’Europe seniors. Elle arrive après une déception récente sur 5000 m, terminée au pied du podium. Elle arrive aussi avec une phrase qui montre que Gressier ne cherchait pas à maquiller son championnat : « C’est un soulagement même si je ne suis pas très fier de moi sur ce Championnat. J’accepte cette réalité, et je sais qu’il y aura des jours meilleurs. J’enlève cette mini malédiction ».
La force de cette réaction tient justement à sa nuance. Gressier ne transforme pas le bronze en triomphe absolu. Il dit le soulagement, mais aussi l’exigence. Pour un athlète de son niveau, ce genre de médaille ne ferme pas le débat. Elle l’allège.
Un podium qui compte aussi pour la dynamique française
La soirée française ne se résume pas au sprint de Gressier. Baptiste Guyon a pris la 5e place en 28’20 », après une course décrite comme bien gérée. Dans un 10 000 m cassé par le tempo d’Almgren, cette place a de la valeur : il fallait accepter de courir dans des groupes repris, relancés, puis étirés par la domination suédoise.
Pour Gressier, ce bronze peut compter au-delà du résultat brut. Il efface une frustration européenne, remet une médaille autour du cou et confirme qu’il peut répondre dans une course qui ne se déroule pas selon son scénario idéal. Ce n’est pas la médaille la plus éclatante de sa carrière, mais elle arrive dans un moment où le mental pesait autant que les jambes.
Le cas est simple pour un lecteur qui n’a pas vu la course : si Almgren a écrit le grand écart chronométrique de la soirée, Gressier a gagné son combat à lui. Celui du placement, de la patience, puis d’un dernier effort lancé assez tôt pour ne pas subir Crippa jusqu’au bout.
Et c’est sans doute pour cela que sa formule fonctionne. « Mini malédiction » n’est pas une excuse, ni une exagération dramatique. C’est le nom donné à cette zone inconfortable où un athlète de premier plan enchaîne les courses fortes sans toujours repartir avec la récompense attendue. À Birmingham, Gressier a enfin cassé cette logique européenne.