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« Il nous manque du vécu en commun » : le vrai retard que les Bleues doivent combler avant 2028 pour dêtroner les Américaines

Par Gilles Marchetti
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Les Bleues pouvaient déjà des joueuses capables de rivaliser avec les meilleures Américaines, mais les deux dernières finales ont révélé leur véritable retard : elles ne maîtrisent pas encore ensemble les moments qui décident d’un titre.

Le score de la finale du Mondial 2026 est sévère : 97-79 pour les États-Unis. Il ne raconte pourtant pas tout. La France avait mené de 14 points avant de céder face à la montée en puissance physique et collective des reines du basketball mondial.

Deux ans plus tôt, l’écart n’avait été que d’un point en finale des Jeux de Paris, remportés 67-66 par les Américaines. Ces deux défaites dessinent la même priorité avant Los Angeles 2028 : accumuler du vécu commun pour mieux résister lorsque la pression et l’intensité changent de niveau.

Le talent des Bleues ne suffit pas encore dans les moments décisifs

Gabby Williams a résumé une partie du problème en évoquant l’expérience américaine. Jean-Aimé Toupane est allé plus loin : « Il nous manque du vécu en commun. Il nous faut un groupe qui travaille, se forger une expérience. Ça peut aider à rattraper l’écart. »

Le diagnostic déplace le débat. La France ne manque pas de joueuses habituées au très haut niveau. Huit des douze vice-championnes du monde évoluent en WNBA et affrontent régulièrement les cadres de la sélection américaine. Cette expérience individuelle ne garantit toutefois pas les mêmes automatismes sous le maillot bleu.

Gabby Williams possède elle-même un vécu important. BeBasket a relaté qu’elle avait battu un record en carrière qui datait de 8 années en arrière . Ce parcours illustre la qualité disponible dans l’effectif français, mais un groupe national doit encore transformer les expériences de chacun en réponses collectives.

La finale de Berlin l’a montré. Les Bleues ont su prendre 14 points d’avance, puis leur jeu s’est déréglé lorsque les Américaines ont élevé leur intensité. L’enjeu des deux prochaines années sera de conserver des repères communs quand le rythme s’accélère, que les tirs deviennent plus difficiles et que chaque possession pèse sur le résultat.

Team USA garde une avance construite sur vingt ans de victoires

Les États-Unis n’ont pas traversé le Mondial sans alerte. Leur victoire 55-52 contre l’Italie puis leur demi-finale gagnée 76-66 face à l’Espagne ont exposé des périodes de fragilité. Leur rotation n’a pas toujours produit une cohésion parfaite, malgré une densité physique et technique sans équivalent.

Cette équipe a néanmoins remporté sa 72e victoire consécutive sur la scène internationale et a conservé une invincibilité qui court depuis 2006. Elle possède également une série de huit sacres olympiques de rang. Cette accumulation de finales, de scénarios tendus et de matchs gagnés constitue précisément le vécu que la France cherche encore à construire.

Les Américaines ont également une marge de progression. Caitlin Clark, Paige Bueckers et Angel Reese devraient gagner en maturité avant 2028, tandis que le retour attendu d’A’ja Wilson renforcerait encore leur effectif. Même sans alchimie parfaite, Team USA sait déjà imposer son rythme lorsque le match bascule.

La France doit donc progresser sans attendre un affaiblissement américain. Le travail concerne la continuité du groupe, la gestion des temps faibles et la capacité à reproduire les mêmes exigences d’un rassemblement à l’autre. C’est sur ce terrain que les écarts les plus difficiles à mesurer se creusent ou se referment.

L’Euro 2027 sera la première étape du chantier vers Los Angeles

Les Bleues ne disposaient pas encore de leur billet pour les Jeux de 2028. Sud Ouest rappelait le 14 septembre 2026 que seul le titre mondial aurait assuré une qualification directe . La défaite contre les États-Unis impose désormais un passage par l’Euro 2027, puis par un tournoi de qualification olympique.

Ce parcours ajoute des matchs à enjeu, donc des occasions de construire le vécu réclamé par Jean-Aimé Toupane. Il comporte aussi un risque sportif : la disponibilité des joueuses engagées en WNBA pourrait compliquer la constitution d’un groupe stable lors de l’Euro.

La stabilité ne signifie pas figer douze noms pendant deux ans. Elle suppose de conserver une ossature, des responsabilités identifiées et des repères capables de survivre aux absences. La France devra aussi apprendre à gagner les rencontres où son basket est moins fluide, une compétence que les grandes sélections acquièrent au fil des campagnes internationales.

Après deux médailles d’argent en deux ans face aux États-Unis, le plafond n’est plus inaccessible. Le retard demeure dans la somme des expériences partagées, des matchs serrés maîtrisés et des réponses collectives trouvées sous pression. L’Euro 2027 devra faire avancer ce chantier avant que Los Angeles n’offre, peut-être, une troisième occasion de renverser Team USA.





Auteur

Gilles Marchetti

Journaliste sportif, chef de rubrique rugby. Je suis le Top 14, la Champions Cup et le XV de France au quotidien, avec une entrée par le jeu plutôt que par la déclaration.

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