Cyclisme

La jeune Célia Gery a été prise dans une polémique qui dépassait largement son rôle d’équipière de Vollering et Delcourt demande des comptes

Par Maxime Aulne
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La polémique autour de Célia Gery a pris une ampleur brutale sur le Tour de France Femmes, au point de transformer une action d’équipière en affaire publique, avec menaces, accusations et réponse ferme de Stephen Delcourt.


Le sacre de Demi Vollering à Nice aurait pu fermer le Tour de France Femmes 2026 sur une image sportive nette. Il a aussi laissé derrière lui une séquence beaucoup plus lourde, née la veille autour de Célia Gery, jeune coureuse française de FDJ United-Suez.

À 19 ans, Gery n’était pas censée être le visage principal de cette fin de Tour. Son rôle était celui d’une équipière : accompagner Vollering dans un moment clé, tenir une position, puis s’effacer quand la course l’exige. Mais après une montée décisive et un virage contesté, Kasia Niewiadoma a fait basculer l’épisode dans une autre dimension.

La Polonaise, dépossédée du maillot jaune, a reproché à Gery de l’avoir poussé vers les barrières. Les mots ont été forts. La suite, encore plus.

Une altercation qui a explosé après l’étape

La scène rapporte à l’arrivée de l’étape du samedi est tendue. Alors que Célia Gery donne une interview, Kasia Niewiadoma vient directement lui demander des comptes. Elle lui lance notamment : « Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu m’as poussé vers les barrières ? Ça faisait partie du plan ? Pourquoi ? Tu peux me répondre aussi ! »

Dans une fin de Tour de cyclisme aussi serrée, ce type d’échange ne reste jamais longtemps au bord de la route. La séquence a vite circulé, nourrie par l’enjeu sportif et par la frustration de Niewiadoma après la perte du maillot jaune.

La coureuse polonaise ne s’est pas arrêtée à l’altercation. Elle a ensuite accusé Gery de l’avoir « volontairement bloquée sur les barrières » dans la montée décisive. Son mari, Taylor Phinney, a également déclaré la manœuvre, parlant d’un « geste mesquin que l’on verrait dans une course junior ou un critérium de stationnement ».

Le point central est là : une action de placement, dans un moment de très haute intensité, a été racontée publiquement comme un acte volontaire. Or Sports.fr précise que les images de l’incident n’ont pas vraiment validé les accusations de Kasia Niewiadoma. C’est ce décalage qui rend la polémique aussi explosive.

Célia Gery, équipière de Vollering, s’est retrouvée au centre d’une tempête

Sportivement, Célia Gery n’était pas en train de jouer la victoire finale. Elle a travaillé pour Demi Vollering. D’après les explications rapportées autour de FDJ United-Suez, son rôle était de rester dans la roue de Vollering dans ce virage avant de lâcher. Une consigne classique dans une course par équipes, surtout quand un leader doit être protégé ou remplacé au bon moment.

Le problème, c’est que le cyclisme se joue souvent sur des trajectoires minuscules. Un mètre de trop vers l’extérieur, une roue mal placée, une accélération dans un virage, et le camp adverse peut lire la scène comme une obstruction. Exemple concret : pour un spectateur qui découvre seulement l’extrait après coup, Gery peut sembler fermer une porte. Pour une équipe qui prépare une attaque, cette même trajectoire peut être vue comme le dernier effort normal d’une équipière avant de se relever.

C’est précisément ce type de zone grise qui aurait dû appeler à la prudence. Au lieu de cela, les accusations ont pris de la vitesse. Et la jeune Française a été la cible de menaces de mort dans la nuit de samedi à dimanche.

Ce basculement change tout. On ne parle plus seulement d’une discussion musclée entre coureuses après l’arrivée. On parle d’une sportive de 19 ans qui termine la Grande Boucle émue, sur la promenade des Anglais, après avoir encaissé une vague d’insultes et de menaces pour une action dont la faute n’est pas clairement établie par les images rapportées.

Stephen Delcourt étau Canyon-SRAM et réclame une réaction plus nette

Stephen Delcourt, manager général de FDJ United-Suez, s’est défendu sa coureuse auprès d’Eurosport. Son premier argument porte sur la nature même de l’action. « Tous ceux qui ont fait du vélo le savent, quand on arrive aussi vite dans un virage comme ça, il n’y a aucune faute, elle met l’engagement, mais l’engagement qu’on doit mettre dans un Tour de France pour gagner », at-il expliqué.

Delcourt ne se contente pas de protéger Célia Géry. Il a également rencontré en cause la gestion de la crise côté Canyon-SRAM, l’équipe de Kasia Niewiadoma. Selon lui, la Polonaise serait venue s’excuser après l’étape du dimanche et aurait commencé à regretter son attitude. Mais le dirigeant français estime que cela ne suffit pas.

Sa phrase la plus forte vise l’encadrement de Niewiadoma : « Kasia est venue s’excuser après l’étape d’hier, elle a commencé à regretter, ça peut arriver en fin de course, elle a perdu le maillot. Là où ce n’est pas normal, c’est qu’on a les patrons d’équipe, elle doit s’excuser directement. Son patron lui fait comprendre que non, son patron réagit à la TV allemande sans regarder les images. »

En clair, Delcourt reproche à Canyon-SRAM de ne pas avoir coupé assez vite la dynamique d’accusation. À ses yeux, les responsables de l’équipe ont laissé la polémique prospérer alors que Célia Gery recevait déjà des insultes en ligne.

Cette affaire rappelle une vérité brutale du sport moderne : une phrase lâchée à chaud peut changer de nature quand elle arrive sur les réseaux sociaux. Sur la ligne d’arrivée, c’est une colère de coureuse. Sur internet, cela devient un procès public. Et quand un jeune équipière se retrouve nommément désignée, la pression peut vite dépasser le cadre sportif.

Pour Célia Gery, l’épisode restera comme une fin de Tour beaucoup plus lourde que prévu. Pour FDJ United-Suez, il s’agit désormais de défendre une coureuse exposée. Pour Canyon-SRAM et Kasia Niewiadoma, la question posée par Delcourt est simple : jusqu’où peut aller une accusation de course quand les images ne la confirment pas clairement ?





Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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