Cyclisme

« Les pièces du puzzle manquantes » : Malgrés une préparation parfaite, Pauline Ferrand-Prévôt abandonne le Tour, et son staff doit trouver la pièce qui a lâché

Par Maxime Aulne
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Pauline Ferrand-Prévôt n’a pas seulement quitté le Tour de France femmes : elle laisse derrière elle une question sportive que son staff doit maintenant démonter pièce par pièce.

Son abandon avant le départ de la 8e étape, samedi matin, ne ressemble pas à une rupture brutale. Dans les mots de son manager et entraîneur Rutger Tijssen, c’est plutôt une dégradation progressive qui a fini par rendre la suite impossible.

L’image choisie par Tijssen est parlante : les « pièces du puzzle manquantes ». Pas une excuse simple. Pas un chiffre isolé. Mais un ensemble de détails à retrouver pour comprendre pourquoi une préparation décrite comme parfaite n’a pas produit l’effet attendu sur les routes du Tour de France femmes avec Zwift.

Des signaux sont apparus après la 3e étape

Rutger Tijssen situe les premiers signaux après la 3e étape. Pauline Ferrand-Prévôt ne se sentait pas bien, pas vraiment elle-même, pas capable de courir comme elle l’aurait voulu.

Le point important, ici, c’est que son entraîneur ne ramène pas le problème à une donnée brute. Il parle d’observation, d’attitude, de manière d’être sur le vélo. Le genre d’indices que le public ne voit pas toujours, mais qu’un staff lit au quotidien.

La bascule devient plus nette après la 5e étape. Tijssen explique alors qu’il n’était plus réaliste de parler de victoire finale. La formule est dure, mais elle dit bien la situation : le projet sportif initial avait déjà changé de nature.

Pour un lecteur qui suit le cyclisme sans entrer dans les capteurs et les watts, le scénario est assez concret. Une coureuse peut encore prendre le départ, tenir une étape, parler avec son staff, mais perdre peu à peu la marge nécessaire pour répondre aux accélérations décisives. Ce n’est pas forcément spectaculaire. C’est parfois là que le Tour devient le plus cruel.

Quand la forme n’est pas à 100 %, les étapes explosives coûtent plus cher

Tijssen pointe aussi le profil du début de Tour. Les étapes explosives et le contre-la-montre ont pesé, surtout si Ferrand-Prévôt n’était pas à son plein niveau.

Son explication est simple : lorsqu’un athlète court à 90 %, chaque zone qui correspond déjà à un point de difficulté devient plus lourde à absorber. Les parties explosives, justement, font partie de ces défis pour elle.

C’est là que l’engrenage se met en place. Une journée moins bonne peut encore se gérer. Plusieurs journées où le réservoir semble se vider, face à un peloton de plus en plus dense, changeant complètement l’équation.

Le staff ne décrit donc pas une seule cause visible. Il parle d’une approche globale, presque mécanique : quand toutes les pièces s’emboîtent, la performance peut suivre. Quand une pièce manque, le tableau ne tient plus pareil.

La vraie énigme commence après l’abandon

L’abandon ferme la course, mais il ouvre le dossier le plus important pour Ferrand-Prévôt et son entourage : comprendre ce qui s’est passé.

La récupération étape après étape n’est pas présentée comme le seul problème. Tijssen insiste sur un travail au jour le jour, avec des signaux qui arrivent doucement. Cette nuance compte, car elle évite de transformer l’échec en diagnostic trop rapide.

Il faudra notamment distinguer ce qui relève de la préparation, du profil des étapes, de l’état du moment et de la concurrence. Le cyclisme féminin avance vite, les écarts se jouent sur des détails, et une championne qui n’est pas à son niveau maximal peut se retrouver loin de son scénario idéal.

Interrogé sur ce que Ferrand-Prévôt aurait pu faire dans le Ventoux avec ses valeurs produites l’an passé au col de la Madeleine, Tijssen reste prudent. Il juge la comparaison difficile, chaque montée ayant ses propres caractéristiques, mais estime qu’elle aurait pu se situer avec Marlen Reusser et Demi Vollering.

Cette réponse résume tout le paradoxe. Le potentiel n’a pas disparu. Mais sur ce Tour, les pièces ne se sont pas assemblées au bon moment. Pour Ferrand-Prévôt, l’enjeu n’est donc pas seulement de tourner la page : c’est de comprendre quelle pièce a manqué en premier, et pourquoi le reste du puzzle à suivi.





Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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