Cyclisme

Trine Vingegaard juge le cyclisme « profondément démodé » sur un secteur précis, et ce n’est pas seulement une critique des stages en altitude

Par Maxime Aulne
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En critiquant les étapes en altitude à répétition, Trine Vingegaard Hansen a surtout le doigt sur une question plus large : jusqu’où le cyclisme peut-il pousser ses coureurs sans repenser leur équilibre de vie ?

La phrase est forte, et elle n’est pas lancée au hasard. Trine Vingegaard Hansen, épouse et agente de Jonas Vingegaard, juge le cyclisme « profondément démodé » dans sa manière de gérer l’humain derrière la performance. Le reproche vise les étapes en altitude, bien sûr. Mais pas seulement.

Son idée est plus directe : le cyclisme moderne sait mesurer les watts, contrôler la récupération, optimiser les calendriers et utiliser la technologie pour gagner quelques secondes. En revanche, il reste beaucoup plus prêté quand il s’agit de réduire le stress des voyages, d’adapter les méthodes au profil des coureurs et de préserver le plaisir de s’entraîner.

Les étapes en altitude, symbole d’un modèle qui pèse sur les coureurs

Dans le cyclisme de très haut niveau, les étapes en altitude sont devenues presque incontournables avant un Grand Tour ou une grande échéance. Ils permettent de préparer l’organisme, de travailler dans un cadre contrôlé et de sortir les coureurs de leur environnement habituel. Sur le papier, la logique sportive se tient.

Mais Trine Vingegaard Hansen insiste sur l’autre face de ce système : les déplacements répétés, les nuits loin de chez soi, les valises à refaire, les jours de voyage qui s’ajoutent aux jours de course. Pour un coureur déjà soumis à une saison dense, cette mécanique peut devenir lourde, surtout quand elle se répète année après année.

Elle avait déjà évoqué en 2025 la charge mentale des cyclistes de haut niveau, souvent absents quand ils ne sont pas en compétition. Elle précise désormais que son propos a parfois été mal compris. Le sujet ne serait pas seulement que Jonas Vingegaard doive être davantage à la maison avec sa famille. Elle parle aussi de son tempérament, de son côté introverti et de son rejet des journées passées à voyager.

Exemple concret : un coureur peut sortir d’un bloc de course éprouvant, rentrer quelques jours, puis repartir aussitôt vers une étape en altitude avant une autre grande échéance. Même si le plan d’entraînement est cohérent, la vie autour devient une succession de transitions. C’est ce point que Trine Vingegaard Hansen veut remettre dans la discussion.

Les chambres hypoxiques changent le débat sur la performance

La critique ne s’arrête pas à un constat. Trine Vingegaard Hansen cite une piste précise : les chambres d’altitude, aussi appelées chambres hypoxiques. L’idée est de simuler une exposition à l’altitude sans obliger le coureur à partir de plusieurs semaines en scène. Elle évoque même un réglage à 3 000 mètres pour rester chez soi tout en reproduisant certaines conditions recherchées en montagne.

Ce n’est pas une attaque contre la technologie. C’est même l’inverse. Sa remarque était plutôt un paradoxe : le cyclisme utilise énormément d’outils modernes pour optimiser l’effort, mais il exploiterait moins ces technologies quand elles peuvent améliorer le quotidien des coureurs.

C’est là que sa formule sur un secteur « profondément démodé » prend son sens. Elle ne dit pas que les équipes sont en retard sur la performance pure. Elle reproche au système de ne pas appliquer la même intelligence aux besoins individuels : fatigue mentale, stress logistique, rapport au voyage, équilibre personnel.

Le débat est sensé, car les étapes en altitude font partie de la culture du cyclisme professionnel. Ils structurent la préparation des dirigeants, renforcent parfois la cohésion d’équipe et rassurent les états-majors. Mais si une alternative permet de réduire certains déplacements sans casser la préparation, la question devient difficile à balayer.

Le cas Jonas Vingegaard pose une question plus large au cyclisme

Jonas Vingegaard est au centre de cette prise de parole, même si le sujet dépasse son seul cas. Le double vainqueur du Tour de France est présenté comme un coureur qui adore faire du vélo, mais qui doit aussi trouver un équilibre pour continuer à s’épanouir. Trine Vingegaard Hansen résume l’enjeu avec une phrase très claire : « L’entraînement ne devrait pas être une corvée pendant les 250 autres jours de l’année. »

Cette phrase touche un point rarement visible depuis l’extérieur. Le public voit les cols, les victoires, les abandons, les blessures et les conférences de presse. Il voit moins la masse de jours passés à préparer, voyager, récupérer, recommencer. Pour un champion, la performance ne se joue pas seulement sur trois semaines en juillet.

La sortie de Trine Vingegaard Hansen intervient également autour d’un Jonas Vingegaard dont la fin d’année reste incertaine après son abandon sur le Tour de France, consécutivement à une chute sur la 15e étape. Les rumeurs autour de son avenir et de son calendrier donnent encore plus de poids à ce débat, sans permettre d’en tirer des conclusions définitives.

Le fond du message est donc moins une plainte personnelle qu’une critique culturelle. Le cyclisme a appris à individualiser les plans d’entraînement, les données de puissance, la nutrition ou la récupération. Trine Vingegaard Hansen exige que cette individualisation aille plus loin, jusqu’à la manière de construire la vie quotidienne des coureurs.

Et si sa formule fait réagir, c’est parce qu’elle attaque une habitude bien installée. Les étapes en altitude ne sont pas seulement une méthode d’entraînement. Ils sont devenus un réflexe. Elle exige que ce réflexe reste toujours le meilleur choix, surtout quand des solutions existent pour réduire les déplacements et préserver un peu plus l’humain derrière le champion.





Auteur

Maxime Aulne

Runner de fond, ex-rédacteur tech chez Clubic. J'aborde le sport avec la vision d'un analyste. Je décortique l'actu et le business sportif sans jamais surjouer. Une plume directe qui analyse tout, de la tactique d'un match à l'économie d'un transfert.

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