« Je pense qu’il n’est pas encore à la hauteur de son potentiel » : Malgrés son titre européen l’entraîneur de Léon Marchand voit encore une marge de progression
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Léon Marchand a déjà gagné beaucoup en papillon, mais le plus intéressant est peut-être ailleurs : son entraîneur voit encore une marge dans un nage qu’il a presque reconstruite autour de ses qualités.
La comparaison avec Kristof Milak se limite souvent au palmarès, aux chronos ou à cette finale olympique du 200 m papillon où le Français avait renversé le Hongrois dans la dernière longueur. Pourtant, le duel raconte autre chose. Deux manières de nager. Deux corps. Deux logiques de performance.
Milak reste le spécialiste pur, puissant, tranchant, capable de faire parler ses bras et ses jambes avec une violence que peu de nageurs peuvent suivre. Marchand, lui, a pris une autre voie : celle du rythme, du placement et d’une technique adaptée à sa morphologie. C’est précisément ce qui rend son évolution dangereuse pour ses rivaux.
Marchand a changé son papillon sans perdre sa souplesse
Le papillon de Léon Marchand n’est plus tout à fait celui de ses débuts au plus haut niveau. Depuis sa première médaille mondiale en 2022, le Français a retouché plusieurs zones clés de sa nage. Pas pour devenir une copie de Milak. Plutôt pour rendre son propre profil plus efficace.
Bob Bowman a détaillé les changements : posture plus horizontale, respiration prise au bon moment, bras qui ne vont plus chercher trop loin devant, entrée dans l’eau alignée avec les épaules. Le mais est simple : éviter de monter trop haut, limiter les ruptures et garder la cadence.
Ce détail peut sembler technique, mais il compte énormément sur 200 m papillon. Plus le nageur se redresse, plus il casse sa vitesse. Marchand a donc cherché à rester plus plat, plus proche de la surface, avec une nage qui avance plutôt qu’une nage qui monte et redescend.
Franck Esposito insiste aussi sur une qualité plus rare : la prise d’eau. Selon l’ancien champion d’Europe du 200 m papillon, Marchand possède une souplesse articulaire naturelle au niveau du poignet, avec une main vite placée pour tirer et accélérer. Ce n’est pas seulement de la puissance brute. C’est une manière de sentir l’eau.
Face à Milak, le vrai duel oppose puissance et timing
Le contraste avec Kristof Milak est net. Le Hongrois est décrit comme plus puissant du haut du corps, capable de générer davantage de force avec les bras. Ses appuis et son mouvement de jambes restent des armes majeures, ce qui colle à son profil de papillonneur pur et de sprinteur redoutable.
Marchand fonctionne différemment. Bowman parle de rythme, de timing et d’une morphologie plus aérodynamique. Le Français cherche à avancer avec moins de contraintes, sans abîmer ce qui fait sa force : la souplesse, la fluidité et l’économie de mouvement.
Le meilleur exemple reste cette dernière longueur olympique de 2024 sur 200 m papillon. Marchand accusait encore 72 centièmes de retard au dernier virage, avant de faire basculer la course grâce à une coulée mesurée à 14,11 mètres et une vitesse de sortie de 1,82 mètre par seconde. Milak, lui, était annoncé à 11,11 mètres et 1,77 mètre par seconde sur cette séquence.
Ce n’est pas un détail isolé. Les coulées de Marchand sont devenues une signature. Esposito rappelle qu’il pousse presque jusqu’aux 15 mètres autorisés, ce qui peut représenter près de 60 mètres sous l’eau sur un 200 m papillon. Sur un parcours aussi exigeante, ce temps passé sous l’eau peut créer un écart énorme.
La marge de progression vient des détails, pas d’un changement total
La phrase de Bowman est forte parce qu’elle ne sonne pas comme une critique. Quand il estime que Marchand n’est pas encore à la hauteur de son potentiel, il parle d’un nageur déjà installé au sommet, mais pas encore arrivé au bout de son modèle technique.
La marge ne vient donc pas d’une révolution à venir. Elle se joue plutôt sur l’empilement de détails : une entrée de main pouces vers le bas, des bras plus tendus à la surface, un battement de jambes plus continu, une respiration mieux calée, une sortie coulée au bon moment.
Cas concret pour le lecteur : lors d’un prochain 200 m papillon, il suffit de regarder trois zones. D’abord la distance parcourue sous l’eau après chaque virage. Ensuite la hauteur de la tête au moment de respirer. Enfin la vitesse à laquelle Marchand remet les mains devant sans casser sa ligne. C’est là que son duel avec Milak devient lisible, même sans chronomètre détaillé.
Marchand n’a pas besoin de devenir le même nageur que Milak pour le menacer. Son danger vient justement de cette différence. Milak peut imposer sa puissance. Marchand peut répondre par un nage moins spectaculaire à l’œil nu, mais redoutable quand chaque appui, chaque coulée et chaque respiration sont calés.
Et si Bowman parle encore de potentiel, c’est que le 200 m papillon de Marchand n’a peut-être pas livré sa version la plus aboutie. Le Français a déjà gagné en puissance sans perdre sa nage en souplesse. Pour ses adversaires, c’est sans doute le signal le plus inquiétant.