Remplacer Uini Atonio oblige La Rochelle à tenter un pari que peu de clubs peuvent réussir
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Sur le papier, le Stade rochelais boucle son recrutement avec une dixième arrivée. Dans les faits, le club ouvre une succession que peu d’équipes peuvent absorber sans casse : celle d’un pilier droit devenu, au fil des saisons, une pièce de structure.
Sione Ahio arrive de Nouvelle-Zélande, en provenance des Chiefs. À 25 ans, la première ligne présente le profil physique attendu, avec 1,85 m pour 120 kg, et une expérience récente en Super Rugby. Mais La Rochelle ne lui demande pas seulement d’ajouter de la profondeur. Le contexte change tout.
Uini Atonio a été contraint de mettre un terme à sa carrière en cours de saison, après un accident cardiaque rapporté dans les éléments disponibles. Le club maritime devait donc répondre à une urgence sportive, dans un marché où les piliers droits capables de tenir le très haut niveau ne restent jamais longtemps disponibles.
Pourquoi remplacer Atonio n’est pas un recrutement comme les autres
Un pilier droit ne se remplace pas comme un ailier ou une troisième ligne. Le poste pèse directement sur la mêlée, l’usure, les sorties de camp, les fins de match et la capacité d’une équipe à imposer son tempo quand le score se resserre.
Avec Atonio, La Rochelle avait plus qu’un joueur puissant. Le club avait un repère. Un profil massif, expérimenté, installé dans les habitudes du pack et capable d’absorber une pression que peu de joueurs encaissent à droite de la mêlée.
C’est là que le choix Ahio devient intéressant. La Rochelle ne signe pas une star mondiale déjà validée sur toutes les scènes européennes. Le club mise sur un joueur encore jeune, formé dans un environnement néo-zélandais exigeant, mais dont le volume de matchs récents reste limité.
Selon les informations disponibles, Ahio a disputé huit matchs de Super Rugby cette saison avec les Chiefs. Sur les trois derniers exercices, il compte quinze rencontres, dont cinq comme titulaire. Ce n’est pas le CV d’un titulaire indiscutable déjà rodé à cinquante matchs de Top 14.
Mais il y a un détail qui compte : il a débuté l’intégralité de la phase finale avec les Chiefs. Il était également titulaire lors de la finale perdue contre les Hurricanes, sur un score très lourd de 60-5. Le résultat ne flatte personne, mais sa présence dans le XV de départ à ce moment de la saison dit au moins une chose : son staff l’a considéré comme fiable dans les matchs qui comptent.
Sione Ahio, un pari calculé plus qu’un coup de panique
La Rochelle s’est positionnée tardivement sur un marché tendu. Dans ces conditions, trouver un pilier droit disponible, encore jeune, avec une expérience de Super Rugby et une marge de progression réelle ressemble moins à un luxe qu’à une opportunité à saisir.
Ahio évoluait aux Chiefs depuis 2023. Le lien avec Jono Gibbes, entraîneur de la franchise néo-zélandaise et ancien homme fort du Stade rochelais entre 2018 et 2021, a pu faciliter les échanges. Pour un club qui doit limiter le risque, ce type de passerelle compte : il donne accès à un avis interne, à une lecture précise du joueur et à son potentiel d’adaptation.
Le pari reste pourtant réel. Le Top 14 n’a pas grand-chose à voir avec un simple changement de championnat. Les mêlées y sont scrutées, les piliers ciblés, les rotations violentes. Un joueur peut avoir du talent, du coffre et des références dans l’hémisphère Sud, puis découvrir en France une autre forme d’usure.
Exemple concret : imaginez un déplacement à Castres, Pau ou Bayonne, terrain lourd, score serré, mêlée défensive à cinq mètres à dix minutes de la fin. Dans ce moment-là, La Rochelle n’attendra pas d’Ahio une action spectaculaire. Elle attendra qu’il verrouille son côté, qu’il ne concède pas la pénalité qui renverse le match, qu’il tienne la pression quand tout le stade pousse. C’est ce genre de séquence qui dira si le recrutement est réussi.
La question n’est donc pas seulement de savoir s’il peut jouer. La vraie question est de savoir à quelle vitesse il peut devenir fiable dans l’écosystème rochelais. Entre le temps d’adaptation, la densité du calendrier et le niveau d’exigence du club, la marge d’erreur sera courte.
La Rochelle reconstruit sa droite de mêlée, pas seulement son banc
Ahio n’arrive pas seul dans un désert. La Rochelle dispose déjà d’options à droite avec Aleksandre Kuntelia, Karl Sorin, Upaleto Feao, ainsi que les jeunes Gaël Galvan et Zak Price. Le recrutement du Néo-Zélandais ne ferme donc pas le poste. Il organise une concurrence.
C’est sans doute la meilleure manière de lire ce dossier. Le Stade rochelais ne demande pas forcément à Ahio de devenir immédiatement le nouveau patron absolu de la mêlée. Le club cherche plutôt à reconstruire une hiérarchie, à répartir les charges et à éviter qu’un seul joueur porte tout le poids de l’après-Atonio.
Cette logique rejoint un sujet plus large du rugby français. Le profil de pilier droit de très haut niveau est rare, cher et difficile à former. Même autour du XV de France, la succession d’Atonio à droite de la mêlée nourrit déjà les débats, signe que le problème dépasse le seul cadre rochelais. Cette dimension doit être vérifiée via une source plus solide avant d’être appuyée davantage, mais elle éclaire le fond du dossier : le poste est stratégique partout.
Le recrutement rochelais s’inscrit également dans une intersaison très fournie. Ahio rejoint une liste déjà dense avec Théo McFarland, Salmaan Moerat, Thomas Adélaïde, Nathan Fraissenon, Sam Tuifua, Christophe Loustalot, Ben Healy, David Kriel et George Moala. Le club ne retouche donc pas seulement un poste. Il renouvelle une partie importante de son ossature.
Dans ce mouvement, Ahio sera l’un des dossiers de rugby les plus observés. Pas forcément parce qu’il arrive avec le plus grand nom. Plutôt parce que son poste, son timing et l’ombre laissée par Atonio rendent son intégration décisive.
La Rochelle a souvent su transformer des profils bien ciblés en joueurs majeurs. Pour réussir celui-ci, il faudra plus qu’une bonne fiche physique. Il faudra du temps, de l’accompagnement, une rotation intelligente et une montée en puissance assez rapide pour que la mêlée rochelaise garde son autorité. C’est exactement le type de pari que peu de clubs peuvent tenter, et encore moins réussir.