Trail

«Honteux» : Jimmy Gressier attaque les primes de l’UTMB et relance le débat sur l’argent dans le trail

Par Maxime Aulne
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Jimmy Gressier a choisi un mot dur, « honteux », pour viser les primes de l’UTMB et poser une question qui dépasse Chamonix : que reste-t-il aux athlètes quand une course prestigieuse devient aussi un gros produit économique ?


La sortie est frontale. Après la victoire de l’Américain Ben Dhiman et de la Française Blandine L’Hirondel sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2026, Jimmy Gressier a déclaré le montant des gains promis aux vainqueurs.

Le sujet tient en un écart brutal : d’un côté, l’une des courses les plus prestigieuses de l’ultra-trail mondial ; de l’autre, une prime annoncée à 20 000 euros pour chacun des deux lauréats. Pour Gressier, ce chiffre ne colle pas avec l’effort demandé ni avec l’argent généré autour de l’événement.

« Honteux » : Jimmy Gressier étau le décalage entre exploit et redistribution

Sur Instagram, Jimmy Gressier a employé une formule qui résume tout son reproche : « Honteux quand tu vois combien ça rapporte aux organisateurs. La redistribution n’est pas efficace et équitable, car sans les athlètes, pas de course ».

Le champion français ne place pas le débat sur son propre cas. Il dit parler au nom des athlètes, en particulier ceux qui vivent de courses sur route ou de trail, avec des revenus très éloignés de l’image spectaculaire qui renvoient les grands événements.

Son argument est simple : les coureurs produisent la valeur sportive, l’émotion, les images et le récit. Si la redistribution reste limitée, le prestige de la course ne suffit plus à masquer la question centrale : qui profite vraiment de l’essor du trail ?

Le montant mis en avant rend le débat très concret. Les vainqueurs de l’UTMB 2026 doivent recevoir 20 000 euros chacun. Les primes, instaurées depuis 2018 avec une parité hommes-femmes, concernent les dix premiers du classement, avec une échelle allant de 20 000 euros à 1 500 euros.

20 000 euros pour gagner l’UTMB, mais une somme vite réduite

Jimmy Gressier insiste également sur ce qui se passe après l’annonce du prize money. En France, ces sont soumis à l’impôt sur le revenu. L’athlète évoque également les pourcentages inversés à l’entourage professionnel, notamment l’agent.

Son raisonnement vise donc le gain net, pas seulement le chiffre affiché. Dans sa vidéo, il rappelle que les vainqueurs ont couru plus de 18 heures sans dormir. À ses yeux, l’intensité mentale et physique d’un tel effort rend les 20 000 euros difficiles à défendre face au poids économique de l’événement.

La critique touche un point sensible du trail moderne. L’UTMB garde une aura sportive immense, avec Chamonix, le Mont-Blanc et une mythologie de l’endurance extrême. Mais cette aura attirer aussi des partenaires, des inscriptions, des audiences, des contenus et des entreprises privées capables de faire du trail un marché.

Ce n’est pas une attaque isolée d’un coureur extérieur au sujet. Jimmy Gressier parle depuis une position sportive forte : franceinfo le présente comme champion du monde sur 10 000 m et médaillé de bronze mondial sur 5 000 m. Sa parole est donnée parce qu’elle vient d’un athlète qui connaît la valeur sportive d’une performance de très haut niveau.

Le trail grandit vite, la question de l’argent aussi

Le chiffre cité autour du calendrier français donne l’échelle du phénomène : 5 900 parcours de trail et d’ultra-trail auraient été organisés en France cette année, avec des épreuves souvent complètes. Si ce volume doit être confirmé par une source officielle, il illustre bien le basculement décrit par Gressier.

Le trail n’est plus seulement une pratique de niche portée par des passionnés. Les grands formats attirent des marques, des collectivités, des diffuseurs, des créateurs de contenu et des organisateurs capables de vendre une expérience complète autour de la montagne, de l’effort et du dépassement.

C’est précisément là que la sortie de Gressier relance le débat. Le problème n’est pas de savoir si l’UTMB reste une course mythique : elle l’est. Le problème est de savoir si un parcours aussi valorisée peut continuer à rémunérer ses meilleurs athlètes avec des premiers jugés faibles au regard de ce qu’elle représente.

Sa critique ne règle pas la question économique. Les organisateurs ont aussi des coûts : sécurité, logistique, équipes, autorisations, dispositifs médicaux, production d’images. Mais Gressier met le doigt sur une tension durable : plus le sentier devient professionnel, moins la rémunération symbolique suffit aux athlètes.

Le mot « honteux » frappe parce qu’il transforme une discussion de grille de primes en débat de fond. Derrière les 20 000 euros promis aux vainqueurs de l’UTMB, c’est la place réelle des coureurs dans la richesse créée par leur sport qui revient au centre de la table.





Auteur

Maxime Aulne

Journaliste sportif, fondateur de MVZ Sports et directeur de la publication. Je couvre le cyclisme, le rugby et l'économie du sport, et je réponds de ce qui est publié sur le site.

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