Cassandre Beaugrand a pulvérisé le record de France du 5000m en 14’40 »77 le 20 mai à Nice, devenant triple détentrice de records français sur les distances de course à pied.
Derrière ce chrono se cache un dilemme concret : les Championnats d’Europe d’athlétisme ou la saison de triathlon ?
Comment Cassandre Beaugrand a battu un record vieux de 22 ans sur le 5000m
Deux jours avant la course, Cassandre Beaugrand prévenait : « En toute honnêteté, je pense qu’il n’y aura pas de record de France » (Nice Matin, 18 mai 2026). Elle avait tort, et c’est tant mieux.
Le 20 mai 2026, au meeting de l’ASPTT Nice, la triathlète a bouclé son 5000m en 14’40 »77. Elle efface ainsi le record de Margaret Maury, qui tenait depuis 2004 avec un chrono de 14’43 »90. Vingt-deux ans de résistance, balayés en une soirée.
Ce qui rend la performance encore plus saisissante : c’était sa première course sur 5000m piste depuis le meeting de Montreuil en 2016. Dix ans d’absence sur cette distance. Trois lièvres et un système wavelight ont été mobilisés pour l’accompagner dans son effort.
« Je me suis vraiment surprise. J’étais très focalisée sur la lumière et les lièvres car je n’ai pas l’habitude de courir comme ça, il a fallu que j’adapte ma foulée. Mais il y avait tellement de gens qui m’encourageaient. Je ne pouvais pas les décevoir », a-t-elle confié.
Mais ce record du 5000m n’est que la dernière pièce d’une domination plus large de Beaugrand sur les distances de fond.
Triple record de France : la domination de Beaugrand sur les distances de fond
« Je voulais changer un peu ma routine pré-athlétique », expliquait Beaugrand avant de s’aligner à Nice. La routine, elle l’a transformée en collection de records nationaux.
En moins de deux ans, la Française a signé trois records de France sur les distances de fond. Le 5 km route d’abord, établi à Monaco en 2024 en 14’53 ». Le 10 km route ensuite, décroché à Lille en avril 2026 en 30’52 ». Le 5000m piste enfin, à Nice en mai 2026 en 14’40 »77.
Trois disciplines, trois records en moins de deux ans sans jamais s’être préparée spécifiquement pour l’athlétisme.
Le dilemme de Beaugrand : Championnats d’Europe ou saison de triathlon ?
Son chrono de 14’40 »77 frôle les minima fixés par la Fédération Française d’Athlétisme à 14’40 »00 pour les Championnats d’Europe, prévus du 10 au 16 août mais ne les remplit pas. 77 centièmes la séparent encore de la qualification officielle.
Sauf que Beaugrand a couru avec une douleur au bassin, gérée tout au long de la course. Sa motivation profonde n’était pas le record, ni même les Championnats d’Europe. « Je voulais me prouver à moi-même que je pouvais courir vite. J’ai réussi à repousser cette douleur qui me faisait peur. C’est encourageant pour la saison de triathlon », a-t-elle déclaré.
Le mot clé est là : triathlon. C’est sa discipline, son identité, son titre olympique. Et les Championnats d’Europe d’athlétisme tombent en plein cœur de la saison.
Elle pose elle-même le problème avec une clarté désarmante : « Si j’y vais, je m’assois quasiment sur ma saison de triathlon car je vais perdre trop de courses pour le classement ».
Son prochain objectif déclaré est le meeting de Monaco, épreuve de la Ligue de diamant, le 10 juillet. Un rendez-vous d’athlétisme de très haut niveau, mais qui s’inscrit dans un calendrier maîtrisé, sans sacrifier le reste.
Triple recordwoman de France sur les distances de fond, sans jamais avoir fait de l’athlétisme son métier : Beaugrand est désormais face à un choix que peu d’athlètes ont eu à faire. Son choix dans les prochaines semaines dira si une double carrière au plus haut niveau est tenable ou si les records resteront des parenthèses.
Si vous étiez Beaugrand, sacrifieriez-vous la saison de triathlon pour courir les Championnats d’Europe sachant que vous n’avez même pas encore les minima ?